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La sérendipité, ou l'art de trouver ce qu'on ne cherchait pas

Par Christine Vaufrey B , le 02 décembre 2009 | Dernière mise à jour de l'article le 02 juin 2015

Picasso disait "Je ne cherche pas, je trouve". Cette formule passée à la postérité a le mérite de traduire en quelques mots un constat qui n'est pas réservé aux génies : souvent, la recherche ne mène à aucune trouvaille, alors que la trouvaille vient parfois sans qu'on l'ait cherchée. Ou plutôt, sans qu'on ait cherché ce que l'on a finalement trouvé. Ce phénomène s'appelle la sérendipité. 

Les créateurs et découvreurs tirent depuis toujours parti de la sérendipité, dans des domaines aussi différents que les arts, les sciences ou la littérature. Les exemples abondent, qu'il s'agisse de la découverte des rayons X, des antibiotiques ou... de la découverte de l'Amérique.

Mais attention : si la curiosité apparaît comme indispensable à l'acceptation de la sérendipité et à la reconnaissance d'un résultat intéressant, elle ne suffit pas à faire de la découverte surprenante un "objet" utilisable. La découverte doit être suivie d'explications (car il y a nécessairement des causes à l'effet constaté) puis d'une interprétation donnant du sens à la découverte. Lors de cette étape, il faudra convoquer des connaissances solides pour lier la découverte à d'autres éléments et l'intégrer dans un ensemble. 

Car la trouvaille reconnue comme telle ne s'offre qu'à ceux qui y sont préparés. “La sérendipité met en valeur la sagacité ou perspicacité de celui qui tombe dessus. Si on n’est pas préparé, on ne voit pas le fait”, nous explique Danièle Bourcier. ” Plus on connait, plus on travaille, plus on possède une vision, plus on a de chance découvrir une fleur au bas côté de la rue”, renchérit Pek van Andel"(D. Bourcier et P. van Andel sont co-auteurs d'un livre sur la sérendipité, cités par Hubert Guillaud dans Internetactu). 

"Contentez-vous de penser"

Si de nombreux responsables d'entreprises se plaignent du manque de créativité de leurs salariés, ils ont parfois des difficultés à admettre que leur mode de management joue un rôle capital dans cet état de fait. Le dirigisme des petits chefs, la feuille de temps qui oblige à relier toutes ses activités de la journée à un projet clairement identifié, le manque de confiance dans la ligne hiérarchique qui plombe nombre de bureaux, ne favorisent guère la créativité. Les deux auteurs cités plus haut ont en revanche trouvé aux Pays-Bas un type d'organisation qui laisse respirer les salariés et, par là-même, leur donne l'occasion de trouver ce qu'ils ne cherchaient pas :

Aux Pays-Bas, il y a une tradition chez les chercheurs : le vendredi après-midi, ceux-ci disposent de la liberté d’accomplir des “recherches personnelles. Chaque chercheur a officiellement une marge de manœuvre, sans être obligé de justifier ses actions” (...)“c’est une question de management, mais aussi une question personnelle, car si on donne un temps de liberté à des gens qui n’ont rien à trouver, ils ne trouveront rien. C’est donc la conjonction d’un type de management plus flexible, qui donne confiance aux gens pour qu’ils puissent poursuivre ce qu’ils ont envie de faire et la capacité de celui qui se pense impliqué dans un projet d’innovation ou de recherche à prendre sa chance à un moment donné pour aller plus loin ou à côté de ce qu’on lui demandait de faire. Une certaine forme de désobéissance productive.”

Sérendipité contre conformisme, ou la bataille de l'internet contemporain

On n'a jamais autant parlé de sérendipité que depuis la généralisation de l'utilisation d'Internet. En effet, trouver ce que l'on n'a pas cherché console souvent de ne pas trouver ce que l'on cherchait sur la grande toile. Mais Francis Pisani constate que les réseaux sociaux ont en quelque sorte ramener le fléau de la balance du côté du conformisme : l'examen des échanges qui se déroulent dans les grands réseaux sociaux laissent en effet penser que le phénomène d'exposition permanente aux "amis" et autres "contacts" produit une uniformisation de l'expression, des goûts, des références. PLus encore, l'interconnectivité des réseaux entre eux fait que l'on retrouve partout les mêmes informations, le billet posté sur Facebook étant repris sur Twitter, et ici immédiatement transmis à des dizaines ou centaines de "suiveurs" en réseaux, qui se chargeront à leur tour d'en parler sur leurs blogues, avant de revenir sur Facebook... Où se niche alors l'inattendu, dans ce ballet de billets en miroirs ?

Fort heureusement, il reste les liens hypertextes, les flux RSS de sites auxquels on n'aurait a priori pas pensé, et des services comme Stumble Upon, qui vous propulse sur des pages recommandées par des internautes dont vous ignorez tout... mais qui vous font parfois de belles surprises en cadeau. 

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