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Pratiques multimédias : les ados sont des gens normaux

Par Christine Vaufrey B , le 13 octobre 2009

Les jeunes ont sensiblement les mêmes habitudes de consommation des médias que leurs parents aujourd'hui, et non pas que leurs parents au même âge. C'est la grande leçon du dernier rapport publié par Nielsen en juin dernier sur les usages des médias par les jeunes Américains âgés de 11 à 17 ans.

Le rapport, intitulé "How Teens Use Media" cherche ouvertement à contrer par des faits des idées bien installées mais fausses. Par exemple, le sens commun aujourd'hui affirme que la plupart des jeunes utilisent simultanément plusieurs médias, et l'image correspondante montre un jeune qui fait ses devoirs tout en chattant sur Internet, le balladeur MP3 sur les oreilles, et éventuellement en jetant un coup d'oeil de temps en temps à la télé allumée. Ceci est une pure vue de l'esprit : en fait, 77 % des jeunes n'utilisent qu'un média à la fois, contre 69 % des adultes. Ce qui, dans l'autre sens, revient à dire que 23 % des jeunes utilisent au moins deux médias simultanément, contre 31 % des adultes.

Voici les idées reçues qui sont le plus mises à mal dans ce rapport :

- Les jeunes ne regardent plus la télévision : faux, ils la regardent même de plus en plus.

- Ils passent leur vie sur Internet : faux, ils y passent beaucoup moins de temps que les adultes ! Même s'ils sont bien équipés, les jeunes n'ont pas la maîtrise de leur temps : en classe, où ils passent 5 à 8 heures par jour, ils n'utilisent pratiquement pas Internet. Alors que de nombreux adultes y ont accès sur leur lieu de travail et sont connectés toute la journée...

- Ils regardent beaucoup de vidéos sur Internet : c'est vrai mais là encore, ils regardent moins de vidéos que la moyenne de la population américaine. En revanche, ils se souviennent beaucoup mieux des publicités insérées dans ces vidéos que de celles qui coupent les émissions de télévision.

- Ils ont horreur des journaux : encore une idée fausse. 25 % des jeunes Américains lisent un quotidien, et 33 % lisent un journal en fin de semaine. C'est probablement ici que se révèle la spécificité américaine : la presse quotidienne y est encore très vivante, en dépit de la concurrence d'Internet. Il serait étonnant qu'on retrouve des chiffres aussi hauts dans nombre de pays d'Europe, par exemple.

- Ils sont accros aux jeux vidéos violents : faux ! Ce n'est pas dans cette tranche d'âge qu'on trouve les gros joueurs... De plus, ils aiment autant les jeux musicaux et de voiture que les jeux violents.

- La culture jeune est très différente de celle de leurs parents : eh bien non... Ils placent en première position les mêmes émissions de télévision et les mêmes sites Internet que leurs parents... Soit, pour Internet, Google et You Tube.

Plus mobiles et plus créatifs

Alors, où se situe l'originalité des ados, en matière de consommation de médias ? 

Principalement dans leur usage des technologies mobiles; ils sont de plus en plus nombreux à être équipés d'un téléphone portable connecté à Internet et y visionnent volontiers des vidéos musicales. Ceci dit, les plus gros utilisateurs de l'Internet mobile ne sont pas les jeunes Américains ( 37 %), mais les jeunes Chinois (50 %).

Egalement dans leurs usages des réseaux sociaux : ils y publient beaucoup plus que les autres catégories de population et sont très attentifs aux conseils et recommandations émises par leurs amis. 

Pour le reste... Les auteurs du rapport soulignent que les ados sont évidemment très touchés par la révolution d'accès aux contenus provoquée par Internet et la numérisation, mais comme tout le monde. Certes, ils écoutent plus de musique via leur balladeur et le streaming sur Internet qu'à la radio, mais les adultes aussi. Il faut donc arrêter de considérer les ados comme une catégorie à part, qui vivrait dans un monde radicalement différent de celui de leurs parents. Du moins, pas plus et pas moins que pour les autres générations; en critiquant les pratiques multimédia des jeunes, les adultes ont tendance à faire référence à un pseudo âge d'or où n'existait ni Internet, ni le MP3, ni le téléphone portable et ses SMS. Ils oublient les scènes de famille qui avaient lieu lorsqu'ils venaient dîner avec le transistor collé à l'oreille pour ne rien manquer du match. Ils oublient également à quel point leurs propres pratiques de consommation des médias ont changé ces dernières années. 

How Teens Use Media, Nielsen Company, June 2009, pdf (en anglais)

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