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Un marché global de politiques locales

Par Michel Berhin , le 21 mai 2003 | Dernière mise à jour de l'article le 24 avril 2009

«

La globalisation, c’est un mouvement auquel on ne peut se permettre de ne pas participer. C’est un défi permanent, car quelqu’un quelque part dans le monde va trouver une meilleure solution à votre problème. La recherche de qualité oblige tout enseignant à bouger

».

On aurait pu s’attendre à une empoignade digne des sommets de Porto Allegre, Seattle, Gènes ou Bruxelles. On aura assisté à un très «distinguished debate» entre deux intervenants courtois, et à un sondage d’opinion de l’avis du public via un questionnaire papier interposé. Rien qui n’autorise le glissement vers des échanges plus animés (1). Et pourtant, l’affiche des protagonistes et l’intitulé de présentation annonçaient une joute qui aurait pu être serrée. Tout au plus aura-t-on assisté à une levée argumentaire dont le développement n’a pas été poursuivi.

Du côté des tenants de la globalisation, le Prof. Michael GIBBONS de l’association des universités du Commonwealth (UK) se voulait ardent défenseur du concept d’ouverture à la dimension mondiale, promesse -selon lui- d’une « diversité créative de pratiques et de contenus ». Mais son argumentation n’aura pas convaincu. Des promesses, il y en a eu certes, qui disaient : «

c’est la voie à suivre, elle sera sans aucun doute prometteuse

». Mais le prophète en est resté, il le reconnaissait lui-même, à «

la vision de la vision de la vision

».

De l’autre côté, le critique de cette politique globalisante, le Dr. Roberto CARNEIRO, ancien Ministre de l’Education (Portugal), pas du doute d’accord avec cet optimisme mondialisant, a commencé par poser des questions pour lui essentielles :

  • l’Education est-elle un bien privé ou public ?
  • comment concilier un conception de l’enseignement où le savoir est de plus en plus dématérialisé avec celle de la globalisation où certains tentent de le commercialiser comme un produit de consommation ?
  • l’enseignement est-il d’abord affaire de qualité comme on tente de le faire passer dans les discours sur la mondialisation ? Ne faut-il pas d’abord identifier d’autres priorités quand on parle de la formation de notre jeunesse et du monde de demain ? (Et l’on retrouvait ici en écho les préoccupations mises en avant par la Commissaire Viviane Reding, à l’ouverture du Wem, ce mardi matin).

La poursuite de l’argumentation contre la globalisation s’est faite en comparant les risques de la globalisation de l’enseignement avec les tendances d’homogénéisation qui sont manifestes dans d’autres secteurs économiques importants : ceux de la grande distribution et des produits médiatiques. Dr. R. CARNEIRO l’affirme, «

L’ouverture des marchés ne débouche pas automatiquement sur la diversification des productions

».

On aurait toutefois trouvé normal que l’argumentation illustre plus en détail combien les séries télévisées par exemple, sont toutes produites sur les mêmes schémas et pour entretenir le même type de représentation. Mais la parole est repassée en face. Et quand le tenant de la globalisation a soutenu que la diversité des produits est le résultat de l’ouverture des marchés, puisque «

nous avons au moins le choix entre 14 grille-pains dans la plupart de nos grandes surfaces

», on aurait aimé que les fabricants de ces électro-ménagers soient bien identifiés comme n’appartenant qu’à deux ou trois multinationales différentes, n’ayant aucune difficulté à imposer leurs modèles et leurs prix de ventes.

Mais le débat n’a finalement pas décollé et le sondage du public n’aura pas produit le test (voire l’électro-choc) attendu puisque le dépouillement est encore à faire. Les véritables échanges se sont donc faits dès la sortie, entre les participants de tous ordres qui, reprenant la teneur des échanges, complètent à leur façon l’argumentaire. C’est cela aussi, le WEM : des interventions publiques et des apartés lors desquelles on se promet bien de refaire le monde, une fois rentré pas toujours selon les pistes proposées par les orateurs. Mais bien plus concrètement en lien avec les situations de terrain que chacun rencontre. Car il faut reconnaître que beaucoup de choses ne sont pas -ou peu- débattues au WEM.

Comme le disait Dr. R. CARNEIRO, le Rapport de Jacques DELORS sur l’Ecole en Europe mentionnait quatre pistes toutes aussi importantes l’une que l’autre :

  • Apprendre pour faire
  • Apprendre pour savoir
  • Apprendre à vivre ensemble
  • Apprendre à être.

Ces deux dernières sont encore déficitaires dans les échanges lisboètes de cette année. Gageons que plusieurs acteurs insistent sur ce constat et que l’édition de l’an prochain intègre plus cet enjeu de société.

(1) On a pu pourtant croire un moment que les choses allaient s’enflammer quand un intervenant kenyan a osé poser la question de savoir si «la globalisation n’était pas un terme poli pour signifier domination ?" Mais rien n’a débordé.

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