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Méthodes pratiques pour développer l’éducation et la préserver de la logique mercantile***

Partager les coûts pour ne pas être contraint de céder à la logique mercantile

Par Denys Lamontagne , le 16 mars 2004 | Dernière mise à jour de l'article le 08 mars 2013

Des penseurs ont le don de créer les concepts intégrateurs, ceux qui font apparaître les éléments manquants (les plus difficiles à repérer). L’un de ceux-ci est Jean-Michel Cornu, de la Fing et auteur de trois ouvrages sur la coopération et l’économie internet.

De sa pensée nous avons dérivé ces conclusions appliquées à l’éducation. (ref.:

La Coopération, nouvelles approches;

Internet : les Technologies de demain;

Internet : Services et usages de demain

Démonstration

L’économie a été conçue et développée en réponse aux problèmes de gestion de la rareté et de l’utilisation optimale (et rentable) de ressources limitées.

La réponse du modèle économique, face à la rareté, est l’individu ou la corporation considérée comme entité individuelle. Le modèle économique concentre la responsabilité entre les mains de quelques uns. Les structures qu’il propose sont une hiérarchie de responsabilités inclusives, de plus en plus concentrées. La masse des individus est le plus souvent dépouillée de responsabilités. Plusieurs expériences démontrent clairement qu’une logique individuelle massive mène au choix de la pire solution économique dans un contexte de rareté. D’où cette exigence fondamentale du modèle économique.

Son plus grand succès est d’avoir développé une capacité à diffuser massivement des choses rares, convoitées et compliquées à créer, comme des ordinateurs, des vaccins ou des armes. Idéalement le système économique est capable de répartir une rareté et même de la minimiser à son optimum économique (presque l’abondance) en drainant d’autres ressources là où elles sont le plus en demande.

La coopérative, le gouvernement, les groupes sociaux ou la communauté sont fondamentalement considérés comme des éléments étrangers à son modèle; elle doit compter avec ces éléments, certes, mais elle n’en est pas le promoteur.

Par opposition, la communauté et la gestion communautaire sont les réponses aux problèmes de gestion de l’abondance. Les structures de la communauté sont multiples, décentralisées et les responsabilités sont diffuses et partagées, le plus souvent individuelles. La «responsabilité sociale» est rarement définie en termes «économiques». Son succès réside dans la préservation de l’abondance et de son accès à chacun selon ses besoins.

Ces modèles ne sont pas opposés; ils constituent les meilleures réponses selon les contextes.

Là où cela se gâte c’est lorsque le modèle économique rencontre l’abondance : il la fait disparaître puisqu’elle brise ou rend impossible le marché : trop de tomates, de lait, de pétrole ou de ressources ? On réduit la production, on ferme les robinets, on détruit les surplus, on établit le zonage, on fixe des quotas, etc. De l’autre coté, le modèle communautaire a de la difficulté à se déployer dans un contexte de rareté. Chacun s’empare au plus vite de la ressource limitée; il y en va de sa survie individuelle.

Les seules choses que l’économie veut que l’on gère collectivement et qu’elle ne tente pas de raréfier, ce sont les déchets, la pollution et les choses qui ne représentent pas de valeur pour elle. Maintenant que l’eau devient rare, elle devient un enjeu économique.

Dans le monde de l’éducation, l’éducation des masses ignorantes n’a jamais intéressé le monde économique; la formation de l’élite, si.

De la rareté à l’abondance en éducation

Du coté de Thot nous affirmons depuis plusieurs années que le monde de l’éducation passe d’une ère de rareté et de limitations (un manuel, un prof, une école, un parcours, un programme) à une ère d’abondance et de possibles. Cependant, nous continuons à opérer dans une pensée de rareté et les risques d’obésité et de pathologies informatives nous guettent ! En plus de la mercantilisation qui se pointe.

Face au défi de la gestion de l’abondance (abondance d’information, abondance de références, abondance de ressources éducatives, de logiciels, de systèmes, etc.) l’éducation peut rapidement échapper à l’emprise économique en favorisant par tous ses moyens, qui sont importants ne l’oublions pas, l’implantation, la diffusion et l’utilisation des outils de mise en réseau et de coopération.

Il est très difficile de gérer de façon centralisée une abondance, surtout lorsqu’elle réclame de l’attention. Ce que quelques personnes ne peuvent pas faire, une communauté le peut.

La structure de coopération permet à une communauté de s’organiser, de créer et de gérer par elle-même l’abondance et contrecarrer ainsi toute tentative économique de provoquer ou de maintenir la rareté, d’empêcher l’abondance.

La gestion de l’abondance (et sa création - duplication dans le cas de l’éducation) est très différente de celle de la rareté. L’économie aura toujours sa place dans la gestion de ce qui demeure encore rare, mais pour le reste, allons-y avec les modèles de gestion communautaire qui n’opèrent pas selon les principes économiques de la rareté.

Actions

Face aux défis de l’abondance en éducation Thot suggère donc :

  • la mise en réseau de tous les acteurs; l’accessibilité d’Internet et de ses ressources
  • la diffusion des outils de coopération et de leur mode d’utilisation - ( dépôts de ressources, outils de partage, outils de communication, de coordination, etc.)
  • les logiciels à code ouvert
  • le copyleft
  • la responsabilisation des individus à tous les niveaux : étudiants, professeurs administrateurs. En d‘autres termes plus de responsabilités pour les acteurs pour tout ce qui est abondant.

Ce qui est payé par l’état et par les citoyens leur revient de plein droit : en rendant possible la diffusion massive et l’accès aux ressources éducatives, cela provoque leur abondance effective et préserve l’éducation de la logique mercantile.

Thot était gratuit tant que la responsabilité était partagée par un organisme public. Maintenant, une rareté créée (les articles réservés) nous permet d’attirer des revenus depuis que la responsabilité nous a été remise. Nous cherchons encore les moyens de repartager cette responsabilité.

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