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Robin Williams, incarnation du prof idéal

Professeur, qui êtes-vous ?

Par Élodie Lestonat , le 14 septembre 2014 | Dernière mise à jour de l'article le 15 septembre 2014

Le cercle des poètes disparus, film de Peter Weir (oscar du meilleur scénario en 1990) retrace l’apparition d’un professeur d’un genre nouveau, marquant par sa démarche enseignante le cadre traditionnel de l’enseignement dans un collège américain en 1959. Sa méthode pédagogique explorait les possibilités interdisciplinaires entre poésie et sport, analyse et déplacement dans l’espace, théâtre classique et cinéma moderne, latin et observation documentaire, etc.

Au-delà de l’intérêt que peut susciter le film sur la ludification des apprentissages proposée par ce professeur, il y a un point qu’il convient d’éclairer. En effet, la psychologie d’un professeur y est pointée, ce qui est rare au cinéma. En effet, l’état émotionnel du corps professoral est mal connu et peu mis en scène dans un contexte réel par le cinéma. Le film, servi par l’excellent jeu d’acteur de Robin William, évoque pourtant très finement les interrogations, les émotions et la solitude professorale, de leur difficulté à se préserver et à se soucier d’eux-mêmes.

Le reflet de l’enseignant à travers le cinéma est-il conforme à la réalité ?

Ainsi Mr Keating, professeur charismatique de ce collège, n’a-t-il pas hésité devant l’insistance des élèves à leur révéler le secret du « Cercle des Poètes disparus », groupe expérimentant une littérature libre et féconde. N’a-t-il pas cédé devant l’enthousiasme de ses étudiants, voire devant sa propre vanité, conscient cependant des risques qu’il encourait eu égard à la politique austère de l’établissement ? Quelle place a-t-il accordé alors aux conséquences prévisibles qu'il devrait assumer vis-à-vis de sa direction et de sa communauté de pairs ? 

L’étude introspective des sentiments de ce groupe social est, dans la création cinématographique, peu l'objet de scénarisation. L’image véhiculée est le plus souvent celle d’êtres désincarnés, voués au ridicule et aux clichés potaches. Citons puisqu’elles existent les productions récentes du cinéma français ou américain qui nous proposent invariablement une image de joyeux bouffons à l’instar  de « Les P .R.O.F.S », "Le plus beau métier du monde" ou « Bad teacher » ou d’êtres mentalement en marge tel que le personnage d’Henri Barthes dans « Detachment » (terme anglo-saxon emprunté à la psychiatrie signifiant une rupture voulue ou non des liens sociaux par le patient). Le cinéma met donc en scène assez souvent des personnages qui sont loin de refléter la réalité d’une profession mal connue du grand public. Mais gagnerait-on à bousculer les mythes et légendes du corps enseignant ? Peut-on sans dommage avancer que l'enseignant doit songer autant à lui-même qu'aux autres ?

Le souci de soi et la peur de l’échec dans le monde enseignant, un tabou à lever ?

Le souci de soi et l’art de se préserver sont pourtant au cœur des problématiques des hommes. Pénibilité, tensions, évolution de l’environnement de travail, chape législative et réglementaire, impact du numérique dans les méthodes de travail, solitude professionnelle participent à modifier la profession enseignante. Les dispositifs visant à accompagner les profs existent mais ne sont pas assez nombreux et peu propices à l’échange, à une expression libre et décomplexée. La difficulté est de favoriser un temps de parole qui serait pourtant bienvenu. Si l’on accorde désormais la parole aux entrepreneurs qui connaissent difficultés, impasses et échecs alors qu’ils sont les clés de notre économie (Voir l'article de Christine Vaufrey sur les "Fail conferences "), alors pourquoi ne pas accorder une place au ressenti émotionnel, à l’échange des expériences plus ou moins réussies voire désastreuses des professeurs qui constituent la base de notre système éducatif (rappellons à ce sujet que la part consacrée à  l’éducation, à la recherche et à l’enseignement supérieur est la plus importante du budget de l’Etat français).

Vers des modules de formation à la difficulté d’enseigner ?

L’échec tant personnel que pédagogique ne doit pas être un traumatisme mais un point de rebond et l’occasion de mutualiser les expériences, les remédiations, les innovations et les outils. Dans cette perspective, la formation professionnelle des enseignants gagnerait aussi à proposer des modules de résolution de problèmes pédagogiques, didactiques et disciplinaires à partir de cas réels et des confrontations de situations vécues. Citons le retour d'expérience difficule proposé par Marie Jo Tollini et Ghislaine Chatté qui illustre cette nécessité.

L’exercice ne serait cependant pas nouveau car la formation professionnelle propose déjà ce genre de module dans de nombreux secteurs et professions. Apprendre à se déculpabiliser face aux difficultés pourrait être une thématique utile à certains enseignants. Accepter ainsi d’être perfectible, rend alors possible le souci de soi et l’équilibre émotionnel et psychologique de tout undividu. Une porte ouverte pour mettre en pratique la locution latine "Carpe Diem" ?

 

Références

Marie Jo Tollini et Ghislaine Chatté, « La classe jaune : sur la difficulté d’enseigner », Éduquer [En ligne], 15 | 2007. Date de publication 16 octobre 2008.  http://rechercheseducations.revues.org/264

Vaufrey, Christine. "Accepter de se lancer sans avoir toutes les réponses." Thot Cursus. date de publication 7 février 2011. http://cursus.edu/dossiers-articles/articles/10067/accepter-lancer-sans-avoir-toutes-les/#.VBRcBBZ22RM.

Duverger, Quentin. "Les profs du cinéma." VousNousIls. Date de publication 1 décembre 2011. http://www.vousnousils.fr/2011/12/01/les-personnages-de-professeurs-dans-les-films-516171.

Illustration : Robin Williams, 2006. Everett Collection, Shutterstock.com

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