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L’Education en Afrique : état des lieux

Un bilan mitigé, des points durs qui ne cèdent pas, mais quelques belles avancées tout de même.

Par Philippe Menkoué , le 15 septembre 2014

En ce début d’année scolaire, l’éducation est à l’honneur. L’occasion est ainsi donnée aux responsables des différents ministères en charge des questions d’éducation nationale d’inonder les ondes radio de leur verbe, de prendre en otage les caméras des télévisions pour des interviews ou de se répandre dans la presse, tant sur le papier que sur le web, pour présenter les ambitieux programmes de leurs gouvernements en matière d’éducation. Car, s’il est une chose admise de tous, c’est que le monde de l’éducation dans nombre de pays africains se porte mal. Très mal même.

Bref état des lieux

Difficultés d’accès à l’éducation pour les jeunes filles, qualité limitée des enseignements, médiocrité des formations des enseignants et mauvais encadrement de ces derniers, précarité et insuffisances des infrastructures et surtout, rareté de statistiques, pour ne citer que ceux-là, de vieux problèmes connus de tous et qui ne semblent toujours pas figurer au rang des priorités de certains gouvernements. Une situation qui a certainement poussé l’Association pour le développement de l’éducation en Afrique (ADEA), à tirer la sonnette en publiant Projet de Perspectives de l’Éducation en Afrique, 2014, un rapport dans lequel elle dresse un bilan des progrès accomplis aux niveaux national, régional et continental en matière d’éducation (du primaire au supérieur), dans les huit principaux domaines prioritaires du Plan d’Action de la deuxième décennie (2006-2015) pour l’Éducation en Afrique. Un plan adopté par l’Union africaine lors de sa sixième session à Khartoum (au Soudan) les 23 et 24 janvier 2006, et dont les huit domaines prioritaires sont :

            - le Genre et la Culture

            - les Systèmes d’information sur la gestion de l’éducation (SIGE)

            - le Développement professionnel des enseignants

            - l’Enseignement supérieur

            -l’Enseignement et la formation technique et professionnelle

            - l’élaboration des programmes, des matériels d’enseignement et d’apprentissage

            - La Gestion de la qualité

            - le Développement de la petite enfance.

 

Produit initialement pour le compte du Département des ressources humaines, de la science et de la technologie (HRST) de l’Union africaine (UA), pour la session de 2014 de la Conférence des ministres africains de l’Éducation de l’Union africaine (COMEDAF), qui s’est tenue à Yaoundé (au Cameroun) en avril dernier, ce document présente, chiffres à l’appui, les progrès enregistrés dans les différents pays et sous-régions du continent depuis l’année 2006. L’on notera ainsi par exemple qu’en 2012 « il y avait sept pays en Afrique où la moitié seulement des apprenants atteignait la dernière année du cycle primaire », que 22 pays (dont le Burkina Faso, le Cameroun, la Côte d’Ivoire et le Sénégal) font face à un important déficit d’enseignants dans le primaire, ce qui réduit considérablement les possibilités d’atteindre l’objectif d’universalité de l’école primaire en Afrique, souhaitée d’ici 2015. Et surtout, bien qu’en ce qui concerne les universités, les taux d’inscriptions aient quasiment triplé au cours des quinze dernières années, elles « demeurent des institutions d’enseignement plutôt que des centres de recherche dont l’Afrique a cruellement besoin pour être compétitive au niveau mondial », par exemple.

De belles perspectives à l’horizon tout de même

Si l’objectif de l’Éducation primaire universelle (EPU) ne sera pas atteint d’ici 2015, comme le soulignait déjà le rapport mondial (2013-2014) de suivi de l’Éducation Pour Tous (EPT), il importe tout de même pour les États concernés, de bien préparer l’après-2015, comme en témoignent les initiatives mises en place par certains. Le rapport souligne ainsi que « dans l’ensemble, les pays africains investissent une part relativement importante de leur budget dans le secteur de l’éducation, en dépit de leur PIB par habitant relativement faible ». De même, nombre de pays et d’ensembles économiques régionaux entreprennent déjà « des réformes pour redynamiser leur système d’EFTP (enseignement et formation technique et Professionnelle, ndlr) », tout comme des réformes sont envisagées au niveau des formations, afin que les systèmes d’enseignement et de formation répondent aux nouveaux défis, en formant notamment des enseignants qualifiés et compétents. Et le meilleur reste certainement à venir. Du moins, nous l’espérons.

Un document qui peut servir de base pour engager un véritable plaidoyer auprès des institutions concernées, ceci en vue de faire de l’école, une institution véritablement au service du développement humain, à travers notamment une éducation de qualité, facteur essentiel de l’émergence à laquelle aspirent nombre de pays africains.

Car, bien au-delà des slogans et des beaux discours, il faut agir (!) avant que l’apparente médiocrité ambiante (qui semble caractériser la majorité) ne finisse par noyer complètement les belles initiatives observées çà et là, tout de même. Et le temps presse !

 

Référence :

- Projet de Perspectives de l’Éducation en Afrique – Rapport sur l’éducation continentale 2014, une publication de l’Association pour le développement de l’éducation en Afrique (ADEA). Avril 2014, 94 pages. Lien : http://www.adeanet.org/portalv2/sites/default/files/au_outlook_continental_french_2014_w.pdf

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