Articles

Dawn Quill, mentor à l'ARTLAB + : les ados apprennent au musée

Choix pédagogique fort, pratiques adaptées au public, large espace d'autonomie : les ados adorent l'ARTLAB+

Par Francine Clément , le 24 septembre 2014 | Dernière mise à jour de l'article le 23 septembre 2014

Compte Flickr Du ARTLAB+

Série de rencontres avec des acteurs de la muséologie 2.0 dans des institutions muséales de Washington, notamment dans les musées nationaux de la Smithsonian Institution. Ces rencontres ont pour but de dresser un portrait actuel, sinon exhaustif, du travail qu'effectuent les responsables des projets numériques dans le développement, la gestion ou la production de ces projets de muséologie virtuelle.

Portrait #5 : Dawn Quill et l'ARTLAB+, Hirshhorn Museum

Dawn Quill est mentor (animatrice) à l'ARTLAB+, un atelier de formation et de création numérique destiné aux adolescents. Presque trop bien dissimulé au regard des visiteurs du National Mall, le studio, ouvert à tous les jeunes de 13 à 19 ans, jouxte le jardin de sculptures du musée d’art contemporain de la Smithsonian Institution, le Hirshhorn.

Avant de travailler comme mentor à l'ARTLAB+, Dawn Quill a étudié en pédagogie et a enseigné les arts dans une école primaire de l’Ohio, jusqu'à ce que les budgets pour l’éducation en art n’y soient coupés. Elle a ensuite complété une maîtrise spécialisée en éducation muséale, ce qui constituait, selon elle, une base parfaite pour amorcer son travail au labo du Hirshhorn. Elle a aussi des habiletés en photographie, sa spécialité. Mais, tout comme les autres mentors du studio, elle a appris certains aspects de son travail en le faisant, notamment en ce qui a trait à ses composantes technologiques et à la méthode de formation utilisée, qui emprunte à la théorie du connected learning.  

Espace et apprentissages connectés

L’approche utilisée à l'ARTLAB+ est en effet basée sur cette théorie selon laquelle l’apprentissage est constitué d’un ensemble d’expériences et de projets qui se poursuivent tout au long de la vie pour l’apprenant, dans une diversité de lieux, les apprentissages étant davantage favorisés de nos jours par l’abondance de l’information et des réseaux sociaux créés grâce aux nouveaux médias numériques. L’espace du studio et les activités offertes sont pensés sur le modèle HOMAGO : Hanging Out, Messing Around, Geeking Out et une part importante du processus d’apprentissage au LAB est d’apprendre de manière continue et d’apprendre avec les autres  (continuously learning and learning together).

Entre 15 et 17 heures, tout de suite après la classe, c’est l’open studio, un moment qui permet aux ados d’être tout simplement là, de socialiser ou de décompresser en jouant à des jeux vidéos, d’être présents sur les médias sociaux, une période libre durant laquelle ils peuvent utiliser l’espace et l’équipement du LAB comme ils le souhaitent.  Pour les mentors, la période libre permet d’interagir avec les ados, de voir à quoi ils s’intéressent,  ce qui les guide dans le développement d’une programmation centrée sur les intérêts des jeunes usagers. Le studio fonctionne comme une bibliothèque ; il n'est pas nécessaire de s'inscrire à chaque activité ou à chaque fois que l'on vient. Une cyber navigator accueille les jeunes participants, contrôle la sortie d’équipement et coordonne la circulation et la réservation des studios d’enregistrement.

Outils, équipements

En effet, le studio dispose d’équipements assez impressionnants : trois imprimantes 3D, de nombreux postes informatiques, un écran grand format, un studio d’enregistrement vidéo et audio. parmi les logiciels utilisés au studio, on trouve Photoshop et Lightroom pour le traitement photo, iMovie et Final Cut pro pour le montage vidéo, Scratch et Unity pour la programmation, Garageband et Pro Tools pour le traitement des fichiers sonores, et Tinkercad, un outil en ligne qui permet de créer des modèles 3D prêts à imprimer. L’originalité est encouragée et les ados du studio créent leurs propres modèles qu’ils impriment eux-mêmes.

Pour ados seulement

Dawn Quill explique que ce sont en grande majorité des jeunes en provenance des quartiers démunis du sud de Washington (par exemple d’Anacostia, qui, par ailleurs, est doté d’un essentiel musée communautaire) qui viennent apprendre à l'ARTLAB. Le studio est dit Safe Space, strictement interdit aux plus de 19 ans, professeurs et parents compris. Les ados viennent au labo après la classe, avec les tickets de métro et d’autobus aller-retour qu’on leur fournit à la sortie, afin qu’ils puissent y revenir sans frais de transport à assumer, en empruntant la ligne de bus directe qui relie leur quartier au musée. Le studio à la programmation entièrement gratuite leur appartient en quelque sorte. C’est un espace où ils ont la possibilité d'aborder de nouveaux horizons en réalisant des projets, des expérimentations et en se formant à l’utilisation des outils technologiques.  

De 17 à 19 h, durant le artist studio, des ateliers informels sont menés par les mentors, sur des sujets aussi divers que l’impression 3D, la sérigraphie, la poésie, le design de jeux vidéos, etc. On peut consulter les créations des ados et suivre les activités du LAB sur les comptes Facebook, Twitter (@artlabplus), Flickr, Youtube et SoundCloud du studio, et sur les News du site internet. Une des activités consiste, pour les jeunes participants,  à s’inspirer des œuvres exposées dans les salles du Hirshhorn pour créer une nouvelle œuvre originale, qu’ils partagent avec les visiteurs du musée et qui sert de point de départ à une discussion virtuelle autour de leur propre oeuvre et de celle qui l’a inspirée.

Ados dans le vent, animateurs au top

Comme les intérêts des ados « change with the wind » (se modifient en permanence), l’éducatrice mentionne que les mentors ont parfois le sentiment d’avoir à se réinventer constamment. Cette difficulté fait pourtant partie de leur raison même d’exister, qui est de rester à jour et de suivre les besoins et les intérêts des participants. À cause de cela, la recherche et le développement professionnel s’avèrent très importants pour le personnel du LAB, qui doivent obligatoirement assister à des conférences spécialisées, au moins une fois l’an, et participer à des réseaux professionnels. Ils sont aussi encouragés à présenter le travail effectué à l'ARTLAB lors de ces mêmes conférences, comme Museums and the Web ou Digital Media Learning. Dawn Quill mentionne que la direction du lab laissent vraiment les mentors décider de la programmation et considèrent que les échecs font partie du travail. S’ils surviennent, on corrige, on adapte et on avance.

Mais la principale source d’apprentissage se retrouve selon Dawn Quill, dans le labo lui-même, à  trouver des solutions avec les jeunes et entre mentors.

Communication à l'interne

Outre les courriels et les réunions hebdomadaires en présence du personnel du studio et du département des programmes publics au sein du Hirshhorn, les mentors ont formé un groupe Facebook privé où ils consignent et échangent des ressources utiles à leur travail. Les mentors possèdent aussi des comptes personnels sur FB et Twitter dont ils se servent comme outil de réseautage et de développement professionnel, pour rester en contact avec des collègues qui oeuvrent dans des organismes, nationaux et internationaux, qui ont des missions semblables à celle du Lab.

Malgré la forte présence de l'ARTLAB+ sur les médias sociaux, une présence renouvelée quotidiennement par la cyber navigator, les ados, y compris lorsqu’ils sont dans l’espace physique du studio, réagissent très peu aux publications du studio. Ils sont plutôt sur leurs propres pages. Il y a beaucoup d’interactions, de commentaires, de retweets, de likes mais ils sont le fait d’un public plus âgé : parents, enseignants, éducateurs, et personnes intéressées aux espaces d’apprentissage informel.

ARTLAB+, la suite

Le labo devient très populaire, fonctionne à pleine capacité presque tous les soirs et on commence à manquer d’espace. Dawn Quill considère que le studio a le potentiel de se développer au niveau national afin de rejoindre des publics extérieurs à Washington. Elle pense plus particulièrement à d’éventuelles formations à distance accessibles de partout aux États-Unis, sous forme de MOOCs ou de classes synchrones durant lesquelles un mentor pourrait discuter avec les élèves d’une ville éloignée, répondre à des questions, etc. Pour des raisons techniques (bande passante peu performante, pare-feu institutionnel, wifi inadéquat en raison de la localisation sous le niveau de la rue), cette offre d’activités à distance ne pourra pas se réaliser facilement ni à court terme. D’autre part, elle mentionne que le LAB a reçu de nombreuses demandes de formation par des éducateurs qui veulent faire démarrer des projets semblables, à petite échelle comme à l'ARTLAB+. À la formation au numérique avec les ados pourrait s’ajouter celle des mentors eux-mêmes. Comme un ado aux jambes et aux bras trop longs, l'ARTLAB est en pleine croissance.

Remerciements à Nancy Proctor, responsable des projets mobiles à la Smithsonian Institution au moment des rencontres, et à Valeria Gasparotti, stagiaire, Initiatives et stratégies mobiles, d’avoir grandement facilité l’organisation des entrevues.

Merci à Cégep International, pour l’aide financière accordée à cette recherche et aux responsables des projets numériques qui ont donné de leur temps et participé aux rencontres ; leurs propos, livrés dans le cadre de cette recherche, repris dans la présente série, l’ont été à titre personnel et n’engagent qu’eux seuls.

Sources 

ARTLAB+, Hirshhorn Museum : http://artlabplus.si.edu/

Connected Learning Research Network: http://clrn.dmlhub.net/people/mimi-ito

YOUmedia, Reimagining learning in the 21st century : http://www.youmedia.org/

Blogue ARTLAB+ NEWS

ARTLAB+ sur Twitter @artlabplus

ARTLAB+ sur Facebook

ARTLAB+ sur Flickr

Chaine video ARTLAB+ Youtube : Artlab Hirshhorn

ARTLAB+ SoundCloud : Artlab Plus

Source des images :  Captures d’écran du compte Flickr du ArtStudio+ et Dawn Quill photographiée par Francine Clément (CC BY-NC-ND 4.0).

 

 

Avez-vous apprécié cette page?

Voir plus d'articles de cet auteur

Accédez à des services exclusifs gratuitement

Inscrivez-vous et recevez des infolettres sur :

De plus, indexez vos ressources préférées dans vos propres dossiers et retrouvez votre historique de consultation.

M’abonner
Je suis déja abonné