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MOOCs latinos : un marché de 600 millions de personnes

En Amérique latine, les mooqueurs se comptent déjà par millions. L'enjeu véritable est bien sur celui de la certification.

Par Christine Vaufrey , le 30 septembre 2014

Nous l'avons vu dans un récent article à propos des MOOCs au Japon, l'anglais ne règne pas en seul maître dans le monde des cours massifs en ligne. Il existe des plateformes de MOOCs en de nombreuses langues, du chinois au turc en passant par l'arabe, le français, l'espagnol et le portugais.

Certaines de ces plateformes sont destinées à accueillir des apprenants et des concepteurs de cours de différents horizons, réunis sur la base de leur communauté linguistique. C'est notamment le cas de MiriadaX, la plateforme de MOOCs espagnole, née des efforts conjugués de la Banco Santander, de l'opérateur téléphonique Telefonica, en s'appuyant sur le monde académique espagnol et le réseau universitaire ibéro-américain Universia. L'investissement initial a été de 4 millions d'euros.

 

MiriadaX, la sage plateforme espagnole

MiriadaX s'adresse aux 700 millions de personnes qui parlent espagnol ou portugais dans le monde. Parmi celles-ci, une vaste majorité vit sur le continent américain, au sud et au centre bien sûr, mais aussi au nord. On compte en effet plus de 37 millions d'hispanophones aux Etats-Unis

MiriadaX ambitionne également de fédérer les universités conceptrices de MOOCs dans l'ensemble de l'espace ibéroaméricain, d'où l'implication du réseau Universia, qui regroupe 1242 universités dans 23 pays, pour un total de 9 millions d'étudiants. 

Actuellement, 39 institutions universitaires proposent des MOOCs sur MiriadaX. Parmi celles-ci 13 sont des universités d'Amérique centrale et du Sud. La Colombie et l'Argentine figurent parmi les champions sud-américains puisque 4 universités de chacun de ces pays proposent des MOOCs. 

Le nombre d'universités sud-américaines présentes sur MiriadaX augmente régulièrement. Les cours sont actuellement distribués exclusivement en espagnol. Mais les Présidents de Banco Santander et Telefonica se sont récemment rendus au Brésil pour encourager la participation des universités lusophones. 

Près d'un million d'inscrits sur MiriadaX à ce jour, 130 MOOCs disponibles... MiriadaX tient bien sa place dans le monde hispanique et surtout en Europe, puisque 35 % des MOOCs européens sont distribués sur cette plate-forme !

MiriadaX jouit donc d'une belle santé mais reste finalement une plateforme de MOOCs assez conventionnelle, sur laquelle les universités peuvent distribuer quelques cours massifs.

 

Veduca, l'enfant terrible du Brésil

Veduca, la plateforme brésilienne, se présente différemment : comme un projet de rupture, qui développe des opportunités éducatives indépendantes des propositions faites par le système éducatif national.

Les Brésiliens figurent en effet parmi les plus assidus sur les plateformes de MOOCs américaines, juste derrière les Américains eux-mêmes et les Indiens. Mais 2 % seulement de la population brésilienne parle anglais couramment. Veduca est faite pour tous les autres.

Veduca, financée par des fondations privées (1,2 millions de dollars), a ouvert en 2012. Elle propose des cours en ligne produits par des universités prestigieuses (majoritairement aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne), traduits en portugais et intégrés à une plateforme aux fonctionnalités astucieuses. Le succès a été foudroyant : Veduca a déjà accueilli plus de 3 millions de visiteurs uniques, ce qui en fait la deuxième plateforme de MOOCs du monde, derrière Coursera mais largement devant EdX et MiriadaX. Les cours sont en accès libre mais Veduca a développé très vite un dispositif de certifications payantes, agréées par le Ministère de l'éducation brésilien. 

Et Carlos Souza, le concepteur de Veduca, n'en est pas resté là : la plateforme propose désormais deux MBA, qui se préparent en 12 à 18 mois. Ceux qui voudront obtenir le diplôme devront débourser 3 000 dollars et passer les examens dans les centres d'état. Voici la bande annonce du MBA "Ingénierie et innovation" (en portugais sous-titré en anglais) : 

 

Il prévoit maintenant d'améliorer encore les fonctionnalités de la plateforme et de proposer des services annexes, tels que le tutorat personnalisé.

MiriadaX et Veduca, voici donc deux plateformes de MOOC aux origines et fonctionnements bien différents. Toutes deux sont financées sur fonds privés mais la première conserve une forte coloration de service public, tandis que la seconde a été créée par un "édupreneur" qui veut concilier rentabilité économique et accès du plus grand nombre à des contenus de qualité. Le savoir-faire des universités locales est valorisé sur MiriadaX, alors qu'il est quasiment absent de Veduca, qui propose une majorité de contenus anglo-saxons, même si la proportion de contenus locaux augmente. Dans les deux cas on constate pourtant la volonté de proposer des cours directement opérationnels. L'ingénierie, les finances, l'entrepreneuriat, la gestion de l'énergie, les professions sociales... y sont largement représentés. Une manière d'ancrer solidement les cours massifs et ouverts dans leurs environnements. 

Références : 

MiriadaX : https://www.miriadax.net/home

Veduca : http://www.veduca.com.br/

Trillo, Manuel. "Nace MiriadaX, la mayor plataforma educativa online en español y portugués .es." ABC. 28 juillet 2014. http://www.abc.es/sociedad/20140728/abci-miriadax-plataforma-educativa-online-201407272212.html.

Else, Holly. "Brazil’s home-grown Mooc, Veduca, has high hopes." Times Higher Education. 16 janvier 2014. http://www.timeshighereducation.co.uk/news/brazils-home-grown-mooc-veduca-has-high-hopes/2010440.article.

swissnex Brazil. "Interview with Carlos Souza, co-founder of Brazil’s largest MOOC platform Veduca." 21 août 2014. http://www.swissnexbrazil.org/blog/lets-first-bake-the-cake-and-then-put-cherry-on-top/.

International Education News l The PIE News l. "Spanish, Portuguese MOOC platform rolled out in Latin America." 27 août 2014. http://thepienews.com/news/spanish-portuguese-mooc-platform-rolled-latin-america/

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