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Publié le 29 septembre 2014 Mis à jour le 29 octobre 2014

Brésil : danser pour retrouver le chemin de l'école

Edisca, une école sociale née de la danse

Comment faire renouer avec l’éducation ceux qui la délaissent ? « Que faire des enfants des pauves ? ». Les quartiers défavorisés au Brésil ne laissent que peu d’échappatoires aux enfants qui sont livrés à eux-mêmes ou qui ont délaissé le système éducatif pour des raisons principalement liées à des nécessités économiques (pour assurer une part du revenu de leur famille, les enfants doivent travailler, bien souvent ce sont de petites activités qu’ils exercent dans la rue). De ce fait, les enfants sont confrontés dès leur jeune âge aux dangers de la rue. Pour les aider et accompagner les familles qui sont prêtes à donner une place à la scolarité, le ballet Edisca offre une nouvelle chance aux laissés pour compte des favelas à travers la danse. Le projet, impulsé par la danseuse étoile Dora Andrade en 1992 et un groupe de danseurs, a été relayé à ce jour par des organisations internationales telles que l’Unesco mais aussi par des entreprises privées comme la célèbre firme Repetto.

Un programme social global

Le projet Edisca est avant tout social. La danse se met au service d’une action qui ne se limite pas à l’étude de la discipline artistique. C’est une démarche de projet global qui va puiser dans la créativité et l’engagement personnel de l’élève et l’amener à travers un savant mélange de discipline liée à l’apprentissage soutenu de la danse classique (le choix n’est d’ailleurs pas anodin), de potentialités stimulées par l’enseignement, d’apprentissage sanitaire (la nutrition et les soins médicaux sont un volet important du dispositif) et d’écoute. Des piliers indispensables pour assurer construction de l’enfant et intégration sociale.

Le projet porté par les danseurs professionnel est une réponse aux inégalités sociales qui existent dans les favelas à Fortaleza, (grande ville du Nordeste brésilien, région pauvre du pays) où les enfants issus des couches sociales les plus démunies n’ont que peu d’occasion de faire valoir leurs potentiel. Aujourd’hui, cette école accueille près de 500 élèves venus des 600 favelas de la ville.

 

A la fin de leur formation, certains élèves deviennent éducateurs ou danseurs professionnels. « Grâce à Edisca, ils ont tous acquis un sens profond de la discipline qui leur permet de faire face aux dures réalités de leur environnement et de la culture de la rue ».

L’approche pédagogique

L’idée est d’appliquer la discipline du ballet et de la danse auprès des enfants qui ont perdus les repères favorisant l’intégration au sein de la société. La démarche considère que l’art est au service de l’humain et que sa fonction sociale doit amener au développement d’habilités personnelles. Au départ, Edisca ne proposait que des programmes majoritairement axés sur les champs disciplinaires que sont l’art, la danse, la chorale et le théâtre. Son action ne pouvait cependant se développer pleinement qu’en prenant en compte les besoins primaires tels que se nourrir et être en bonne santé. Aujourd’hui, le programme "Apprentissage social renforcé" se développe autour d’enseignements diversifiés qui vise avant tout l'intégration sociale.

Le dispositif pédagogique est le fruit d’étapes de réflexions, d’analyse et d’expérimentation. La démarche permet de réduire les déséquilibres entre classes sociales. Et ça marche : le taux d'échec scolaire est infiniment plus bas que la moyenne nationale parmi les enfants qui suivent le programme(4.2% en 2012 alors que le taux est de 21% au Brésil) et que la scolarisation de ces élèves se poursuit au collège, voire à l’Université. Des chiffres qui permettent de rompre avec l’illettrisme répandu dans les favelas, qui se transmet de génération en génération.

L’enfant au cœur d’un processus par étapes

Le dispositif proposé est certes global mais il est proposé aux enfants par étapes. L’entrée se fait par la danse, les sensations et le plaisir éprouvé à travers l’expression du corps. La danse classique donne cependant les règles à cet espace d’expression focalise l’attention des élèves et leur inculque des éléments Il recentre leur attention et donne un cadre formel aux gestes.

L’implication éloigne peu à peu les enfants de la rue. Dans un second temps, le cycle d’éducation est proposé afin de transmettre les bases de la lecture et de l’écriture  et inclue un repas (souvent le seul de la journée) et un suivi psychologique pour les enfants les plus traumatisés par l’expérience et la violence de la rue.

L’intégration passe aussi par une reconnaissance de l’enfant comme membre d’un groupe. L’uniforme imposé ainsi que la coiffure (un collant et un T. Shirt au sigle d’Edisca et un chignon pour les filles) est un signe d’appartenance mais aussi de fierté pour ces enfants défavorisés auxquels la société ne prête que peu d’attention. Loin de gommer l‘individualité, c’est un élément structurant dans la représentation de soi-même.

 Un programme étendu aux parents

« Edisca élargit maintenant son programme pour impliquer les parents vivant loin de leurs enfants ou qui ont perdu contact avec eux depuis des années. L’objectif est d’amener ces parents, particulièrement les jeunes mères, à s’investir dans le maximum d’activités possibles »

Les fonds récoltés par Edisca grâce à une reconnaissance par l’UNESCO, des tournées mondiales et le partenariat avec Repetto permettent aujourd’hui élargir le champ des objectifs sociaux du projet. Car l’enfant reste membre de sa famille et de sa communauté. Il ne s’agit pas de le déraciner mais davantage de l’éloigner des dangers de la rue et de rompre avec l’isolement en terme d’intégration et d’élévation dans l’échelle sociale. 

Le dispositif proposé par Edisca mérite une attention particulière car le projet rappelle un principe fondamental : l’ambition de l’Ecole est bien sociale. Dès lors les vecteurs d’apprentissages sont nombreux à pouvoir fonctionner de la sorte, mus par une approche globale de la problématique d’intégration et de la formation. Un modèle pour de nouvelles structures d’Education ?

 

Illustration : ayakovlevcom, shutterstock.com 

Références

Unesco. "Brésil - Edisca | Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture." UNESCO | Building peace in the minds of men and women. Date de consultation 29 septembre  2014. http://www.unesco.org/new/fr/social-and-human-sciences/themes/fight-against-discrimination/education-of-children-in-need/projects-by-region/latin-america-and-the-caribbean/brazil-edisca/.

Foundation for Community Dance. "Foundation for Community Dance :: EDISCA, dance and social transformation in northeastern Brazil." Date de consultation 29 septembre 2014. http://www.communitydance.org.uk/DB/animated-library/edisca-dance-and-social-transformation-in-northeas.html?ed=31348.

"EDISCA." Date de consultation 29 septembre 2014. http://www.edisca.org.br/br/

Gosselin, Anne-Sophie : "La danse à l'école des pauvres". Thèse de doctorat en Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives. Date de publication 18 novembre 2011. https://bdr.u-paris10.fr/theses/internet/2011PA100155.pdf


Mots-clés: Amérique Du Sud Éducation À La Santé Enfants Amérique latine apprentissage social danse classique Populations défavorisées

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