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La tablette, facteur d'équité intergénérationnelle

La tablette trouve un nouveau public avide de participer lui aussi au développement du numérique

Par Élodie Lestonat , le 03 novembre 2014 | Dernière mise à jour de l'article le 04 novembre 2014

Les outils numériques ont conquis la sphère tant convoitée des enfants. Qu’ils soient utilisés dans un cadre privé ou dans un cadre personnel, les outils se sont adaptés aux besoins et habiletés des plus jeunes et ont pris en compte la diversité de développement psychomoteur selon chaque tranche d’âge.

Cependant, l’accès reste plus restreint pour les personnes âgées. Bien que des avancées soient à noter, on regrette le manque d’équité dans ce domaine, d’autant que l’accès à la formation est aujourd’hui étroitement lié au numérique. Alors, pourquoi les obstacles à l’intégration des tablettes et technologies numériques par les seniors restent-ils si importants ?

Les raisons sont multiples.

 Le numérique, un phénomène social et technologique générateur de fracture générationnelle

La nouveauté est à la fois fascinante mais aussi facteur de risques tels que la remise en cause d’habitudes et d’un confort lentement construit autour de l’expérience. Or la société a profondément été bouleversée par l’arrivée de ces outils technologiques numériques qui modifient le rapport aux autres et la compréhension d’un environnement en constante mutation. L’expérience que nos « vieux » avaient acquise au cours de leur vie passée est aujourd’hui mise à mal. Non pas que leur rôle soit dénigré mais ils ne sont plus à même de participer à la formation des plus jeunes à l'utilisation des outils. Si autrefois, le traçage sur une planche à dessin industriel s’améliorait grâce au partage de la pratique et du savoir-faire par les plus anciens, aujourd’hui, ce sont les jeunes formés aux dernières applications de modélisation qui détiennent des compétences à forte valeur ajoutée. De quoi créer une facture entre les initiés au numérique et ceux d’avant cette ère qui ont alors bien du mal à accepter cette perte d’identité liée à l’utilité sociale.

 Favoriser l’équité dans l’accès au numérique par des dispositifs adaptés

Le tendre témoignage de Jonathan Trudel concernant la découverte et l’usage d’une tablette par sa grand-mère illustre la tentative plus ou moins réussie de nombreuses personnes âgées de s’approprier cet outil. Car la tablette a bien la cote parmi les seniors. L’article d’Alexandre Roberge de Thot Cursus avait déjà mis en évidence les raisons pour lesquelles la tablette est plébiscitée par cette population : « plus intuitive que l'ordinateur, pas de souris à manipuler, pas de fils à brancher ou débrancher, de moins en moins chère, donne accès à tout ce que l'on souhaite via des icônes de grande taille ».

 

Cependant si les avantages liés à l'utilisation des tablettes sont reconnus, il n’en reste pas moins que l’adaptation peut être lente et nécessite un accompagnement. En dépit de la forte densité intuitive liée à l’acquisition d’habiletés sur tablette, l’identification d’un référent ou d’un interlocuteur en cas de difficultés, de groupes d’expérimentation et de retours d’expérience est un plus dans la marche vers un accès facilité pour tous vers le numérique.

 Ergonomie et applications, quelles nouveautés ?

La préhension du matériel n’est pas toujours évidente. L’exemple cité par Jonathan Trudel part du constat que sa grand-mère avait parfois des difficultés à effleurer l’écran et que l’usage d’un seul doigt pouvait ne pas être évident. Comme l’indiquent les conclusions d’une étude réalisée par l’Atelier du groupe BNP-Paribas, « un grand nombre de personnes interrogées soulignent une trop grande sensibilité de l'écran, qui interdit tout effleurage involontaire ». Cette difficulté tient au fait que les os se calcifient et que les muscles de la main se nouent avec l’âge. L’ergonomie doit être davantage pensée dans ce sens par les constructeurs. Et cette contrainte pourrait même devenir source d’opportunités car le vieillissement de la population entrainant des nouveaux besoins, ce sont des niches à occuper par de nombreuses entreprises. Des entreprise telles que Hakisa proposent désormais support et applications adaptés.

Une autre problématique est la prise en compte conjointe de diverses difficultés physiques, comme la perte auditive ou visuelle. La vieillesse du corps humain n’est pas sélective et de nombreuses facultés se dégradent en même temps.

Claudio Vandi, chercheur pour le Lutin Lab, souligne que "les tablettes se doivent d'être en adéquation avec les capacités réelles de personnes âgées, ce qui n'est pas encore totalement le cas à l'heure actuelle". N'oublions pas : vieux, nous le serons tous un jour, et nous n'allons pas arrêter de profiter de la vie, y compris digitale, pour cela.

Références

Trudel, Jonathan. "Ma grand-mère et son iPad." L'actualité. 27 octobre 2014. http://www.lactualite.com/societe/ma-grand-mere-et-son-ipad/.

Roberge, Alexandre. "La tablette a la cote chez les seniors." Thot Cursus. 1er février 2014. http://cursus.edu/dossiers-articles/articles/21402/tablette-cote-chez-les-seniors/#.VFfkLBZbORN.

L'Atelier Paris - BNP Paribas. "Les seniors, plus à l'aise avec les tablettes qu'avec les ordinateurs ?" L'Atelier: Disruptive innovation. 16 septembre 2011. http://www.atelier.net/trends/articles/seniors-plus-laise-tablettes-quavec-ordinateurs.

Hakisa : http://www.hakisa.com

Illustration : Irina Fischer, Shutterstock.com

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