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Des cartes pour évaluer les temps de déplacement

La distance séparant un point d'un autre ne permet pas à elle seule de calculer le temps qu'il vous faudra pour vous y rendre. Des cartes spécialisées, de plus en plus précises, vous fournissent ce type d'information.

Par Christine Vaufrey , le 24 novembre 2014 | Dernière mise à jour de l'article le 16 mai 2016

La distance seule ne permet pas d'estimer le temps nécessaire pour se rendre d'un point à un autre. Selon les moyens de transport disponibles, l'état des voies de communication, la densité du trafic et beaucoup d'autres paramètres parfois très personnels (la rapidité du service dans les restaurants où vous vous arrêtez, la présence d'enfants dans votre véhicule ou d'amis le long de votre itinéraire...), vous avancerez comme une fusée ou comme un escargot. 

 

Des cartes pour évaluer les temps de déplacement

Les cartes isochroniques sont celles qui vous montrent la distance que vous pouvez espérer parcourir pendant un laps de temps donné. Regardez ces deux cartes isochroniques, qui indiquent où vous pouvez vous rendre au départ de Londres, en 5 jours... ou beaucoup plus. La première date de 1881. :

 

La seconde a été éditée en 1914 :

 

On constate qu'en un peu plus de 30 ans, les temps de voyage n'ont pas radicalement changé. En 1914, on peut se rendre en 5 jours de Londres à Saint Pétersbourg, à Alger ou à Istanbul. La catégorie "5 jours" n'existait pas en 1881. La carte de cette époque indiquait prudemment qu'on pouvait de rendre en ces lieux en "moins de 10 jours". Il fallait 10 à 20 jours pour se rendre de Londres jusqu'à la côte est des Etats-Unis, il en faut moitié moins en 1914. Le cœur de l'Afrique, de l'Amérique latine ou de l'Australie, tout comme le nord du Canada figurent parmi les destinations les plus inaccessibles : il faut plus de 40 jours pour s'y rendre. Clairement, tout ce qui est accessible par voie maritime est privilégié vis à vis des terres continentales reculées.

Regardons maintenant la carte isochronique réalisée par l'Union européenne et la Banque mondiale en 2008 :

 

Les points les plus reculés se situent sensiblement dans les mêmes régions que 100 ans plus tôt. Mais les temps de transport ont considérablement diminué : 10 % de la surface du globe seulement se trouve à plus de 48 heures de voyage des principales métropoles. Et il faut bien moins d'une journée pour atteindre les principales villes d'Europe, d'Amérique du Nord mais aussi d'Inde, d'Asie du Sud Est, du Maghreb et de toute la côte est de l'Amérique latine... 

 

L'open date au service des voyageurs

L'accessibilité a donc fait d'énorme progrès, du moins au niveau macro. Au niveau micro, les choses sont largement perfectibles. Les villes sont congestionnées et les campagnes, sous-équipées en matière de transports publics ou de voies de communication. Dans les grandes villes du monde développé, on trouve des réseaux de transports publics plus ou moins performants. D'où l'intérêt d'une carte comme celle que propose Stefan Wehrmeyer sur Mapnificent.net : se basant sur les données mises à disposition par les sociétés locales de transport, elle vous permet de visualiser la distance que vous pourrez parcourir en un temps donné, laissé à votre choix. Le fonctionnement de l'application est on ne peut plus simple : une fois sur la carte de la ville qui vous intéresse, vous entrez une adresse et choisissez un temps de transport. Aussitôt, une bulle aux contours irréguliers apparaît, qui vous montre tout ce qui est accessible pendant ce laps de temps au travers des transports publics. 

Vous constaterez ci-dessous qu'en partant de la gare Montparnasse au sud de Paris, vous pourrez atteindre en moins de 30 mn des villes périphériques comme Antony ou même Saint Ouen, au nord de la capitale, alors que les arrondissements de l'est de la ville ne seront pas à votre portée. 

Les cartes isochroniques ont largement gagné en précision depuis que leurs concepteurs peuvent utiliser le big data, les données mises à disposition par les compagnies de transport, les municipalités qui les recueillent au travers d'enquêtes régulières et d'instruments de mesure, etc. Il reste à souhaiter que toutes ces entités donnent accès à leurs données pour qu'une initiative telle que Mapnificent puisse être systématisée et touche un plus grand nombre de villes. On regrettera d'ailleurs que l'auteur de Mapnificent n'utilise pas les fonds de cartes libres d'OpenStreetMap, ce qui lui permettrait sans doute de bénéficier des travaux mutualisés de ceux qui s'intéressent comme lui à l'exploitation du big data pour le calcul des temps de transport. 

Références :

Imgur. "Isochronic Passage Chart for Travelers (global map of travel time departing from London) Francis Galton, 1881. [1145×749]." Consulté le 24 novembre 2014. http://imgur.com/r/mapporn/9F8bEBq.

Maps on the Web. "Travel Times From London in 1914 From An Atlas of..." Consulté le 24 novembre 2014. http://mapsontheweb.zoom-maps.com/post/99565394130/travel-times-from-london-in-1914-from-an-atlas-of.

European Commission - Land Resource Management Unit. "Travel time to major cities : a global map of accessibility." Consulté le 24 novembre 2014. http://forobs.jrc.ec.europa.eu/products/gam/.

Mapnificent.net : http://www.mapnificent.net/ 



Illustration : Eric Ravilious, The Public Domain Review

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