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Collections : les bonnes raisons de s’encombrer

Découvrir les différences dans ce qui se ressemble.

Par Denys Lamontagne , le 15 décembre 2014 | Dernière mise à jour de l'article le 16 décembre 2014

Vous n'êtes pas collectionneur ? Nous sommes plusieurs à n'avoir ni l'intérêt ni la place pour s'encombrer de ramasse-poussière.  Mais à bien y penser, on a tous quelques compilations à notre actif qui peuvent s’apparenter à une collection de ce qui rencontre nos préférences en lecture, en musique, en cinéma ou autre intérêt. 

Thot Cursus et la plupart des publications régulières sont fondées sur un intérêt focalisé, mais on est bien loin de l’esprit du collectionneur qui vise une forme d’exhaustivité : posséder au moins un représentant de tous les éléments caractéristiques d’un domaine plus ou moins défini.

 

La collection comme moyen de connaissance, de valorisation et prétexte d'échange

Collections de roches, d’insectes, d’autocollants, de monnaie, quel enfant n’a pas entrepris une de ces collections ?  

Comme mode de découverte du monde, une collection constitue un outil de premier choix puisqu’on y apprend à rechercher les différences dans les similitudes. Comme l’intelligence est constitué de la faculté de discernement, faire une collection la mobilise; on apprend à observer et distinguer les détails. À cela s’ajoute le concept de valeur : ce qui est plus rare en possède évidemment plus, mais aussi ce qui est le plus recherché, qui se démarque, qui a une valeur sociale, historique, symbolique.

En sciences, on assiste à peu près au même phénomène : face à un mystère on commence par monter une collection. La paléontologie, la botanique, la virologie, la médecine et la plupart des sciences ont commencé par une collection d’artéfacts et de phénomènes que l’on a essayé tant bien que mal de classifier, de dater, et d’ordonner pour essayer d’en trouver la logique. Les cabinets de curiosités de la Renaissance en témoignent.

Quand le premier crâne de tricératops est apparu en 1889, puis un second, il a bien fallu se rendre à l’évidence que ces animaux n’étaient pas dans l’arche de Noé. Mais où donc se plaçaient-ils dans notre histoire ? Les collections de fossiles ont alors commencé à prendre de l'importance et de la valeur.

Dans les années 1910, quand les installations électriques ont commencé à pénétrer la société, les électrocutions sont devenus un réel problème pour la médecine. Que fait-on face à une brulure électrique ? On a alors compilé des milliers de cas dans toute l’Europe pour finalement s’apercevoir que les brulures électriques étaient stériles, ce qui permettait de modifier avantageusement les méthodes de traitement. On en a aussi déduit des principes de sécurité.

Pour un chercheur, un artiste, un historien, pouvoir se référer à une collection d’artéfacts constitue un avantage et un gain de temps immense : au lieu d’avoir à courir le monde, quelqu’un l’a déjà fait, souvent plusieurs personnes sur plusieurs vies.

On en arrive ainsi à des collections prestigieuses.  Il existe sur terre des collections de graines de semence, de carottes de glace, de météorites, de microbes, de levures et de bien d’autres choses qui provoquent l'admiration ou l’envie pour l’institution que les possèdent. On vient de loin pour les consulter.

La masse critique d’objets apparentés permet de découvrir certains rapports qui autrement seraient demeurés invisibles. De plus, le pouvoir d’attraction d’un grande quantité d’objets rares et apparentés constitue souvent la raison d’être principale des «expositions» publiques : elles attirent la curiosité et… le financement. La collection a aussi une valeur sociale, elle fournit un prétexte d'échange.

 

Aux motivations névrotiques

Les enchères autour d’une veste d’Elvis ou de celle que portait Johnny Hallyday lors de son 2 000ème concert nous rappellent que les collections sont aussi un miroir social. Il n'y a qu'un fan pour emplir d’une valeur symbolique le soulier défraîchi qu’un costumier diligent aura récupéré à la fin de la tournée... et des dizaines d'autres pour se l'arracher.

Si la motivation affective est à la source de bien des collections de poupées ou de trains électriques, le leurre monétaire est aussi à l’oeuvre.  Combien de passionnés n’ont-ils pas investi l’essentiel de leurs économies dans leur collection de voitures, de cartes de sport, de médailles ou de timbres pour en arriver finalement à les remettre en circulation à une fraction de leur valeur d’acquisition ? Car il y a toute une industrie à faire vivre autour : commissaires priseurs, courtiers et intermédiaires de toutes sortes, y compris des faussaires, prêts à tout pour satisfaire et exacerber la passion du collectionneur.

Le monde des collectionneurs d’oeuvres d’art ajoute une couche de prestige ou de snobisme au fait d’acquérir une oeuvre à un certain prix. Récemment, une sculpture de chien (Balloon Dog) s’est vendu plus de 58 millions de dollars (43 millions d’euros). On peut discuter longtemps du concept derrière l’oeuvre, somme toute originale, mais on peut parier que ce que l’on en retiendra le plus est son prix.

Finalement, on en revient à la base : au delà de la valeur affective personnelle, une belle collection qui intéresse beaucoup de monde aura une grande valeur, y compris affective si là est sa valeur partagée et appréciée. La clé de la collection réussie étant évidemment l’intérêt qu’elle est capable de susciter.

Illustration : yurok - ShutterStock

Références

Collectionner, pourquoi faire ? - Musée des sciences et des technologies du Canada
http://www.sciencetech.technomuses.ca/francais/collection/collectingfr.cfm

Marché du timbre - Communauté d'échange
http://www.lemarchedutimbre.com

Collectionner des insectes - Espace pour la vie
http://espacepourlavie.ca/collectionner-des-insectes

Jeff Koons - http://www.jeffkoons.com

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