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Collections, collaborations

Quand conservateurs et communautés collaborent pour documenter les oeuvres ou créer les expositions, cela s'appelle l'open authority.

Par Francine Clément , le 16 décembre 2014 | Dernière mise à jour de l'article le 05 février 2015

Capture D'écran Carnegie Museum Of Art, Exhibitions And Events

Dans une présentation de la conférence MCN 2014 tenue en novembre dernier à Dallas, intitulée (Re) Defining Open Authority in the Museum, et qu’on peut visionner sur la chaîne Youtube de la conférence, Lori Phillips, coordonnatrice du contenu digital au Children’s Museum d’Indianapolis, tente de cerner et de redéfinir, avec ses copanélistes, la transformation des relations entre le musée gardien des collections et la communauté des visiteurs les plus intéressés.  Elle voit l'open authority comme la somme (le produit ?) de l’expertise sur les collections présentées dans les musées et des contributions en provenance des communautés aux voix multiples qu’ils desservent.

Une autorité ouverte se situerait à cette intersection où le professionnel de musée, l’expert de l’objet de collection, aurait pour rôle de faciliter l’engagement du visiteur vu comme un collaborateur et un acteur dans l’interprétation et la création de contenu autour des collections. Pour Lori Phillips, ces partenariats experts-publics encore à définir empruntent plusieurs formes et plusieurs modèles qui amplifient le dialogue et les interactions entre le musée, ses collections et les visiteurs-collaborateurs.

 

Contributions, collaborations

Le crowdsourcing en est un exemple. Ces projets font appel aux visiteurs afin d'enrichir les données et les connaissances sur les collections et où le public est par exemple invité à indexer le contenu (tag), à transcrire des données analogiques en numériques, à identifier des objets, des représentations, à voter pour ses contenus préférés dans les collections, etc. On pense par exemple à ArtMaps (Tate), au Centre de transcription de la Smithsonian Institution ou au What is a museum ?, le projet de l’artiste Sam Durant au Getty Museum.

Certains projets de collaboration autour des collections impliquent d’une manière plus proche les membres de communautés spécifiques dans la conception d’un projet muséal, par exemple dans des projets utilisant Wikipedia, des blogues communautaires, des espaces virtuels de partage de souvenirs, etc.

Co-création

Dans d'autres projets autour des collections, le public prend part au processus de création en collaboration avec les experts des musées. C’est le cas du projet OH SNAP!, décrit par Jeffrey Inscho (@StaticMade), ancien gestionnaire des médias numériques et du web au Carnegie Museum of Art de Pittsburgh. Dans une expérience menée en 2013 avec les visiteurs, sans conservateur, on a accroché treize nouvelles acquisitions (des oeuvres photographiques) dans une salle du musée, et demandé aux visiteurs de créer eux-mêmes des photographies en s’en inspirant, avec leurs téléphones, tablettes, etc. Les réponses digitales des visiteurs ont été archivées en ligne et exposées in situ, dans la salle d’exposition du musée, autour des œuvres qui les ont inspirées. L’expérience a été un succès : plus de 1400 photos ont été soumises en deux mois par un groupe de photographes enthousiastes.

Le projet incluait également des événements au musée avec les participants, notamment des discussions avec certains des photographes ayant créé les œuvres qui servaient de point de départ à l'exposition. Jeffrey Inscho précise que le projet a servi de cadre expérimental pour réfléchir à ce que pouvait être un nouveau modèle de programmation au musée, un incubateur pour un projet à plus long terme et subventionné qui a vu le jour (Hillman Photography Initiative) et qui porte sur l’innovation et la recherche en matière d’image photographique, sur le cycle de vie d’une photographie (création, exposition, conservation).

Pour le projet A People’s History of Pittsburgh du même CMOA, des centaines de participants partagent leurs souvenirs, les indexent dans une archive en ligne afin qu’ils soient disponibles à la recherche par mots-clés, notamment par années ou par quartier. Un fait intéressant sur ce projet du Carnegie Museum of Art est que des numériseurs sont mis à disposition du public, au musée, pendant une journée, (Scanning Day), durant lesquels les intéressés peuvent aller scanner leurs images en vue de leur participation au projet, qui fera par ailleurs l’objet d’une publication papier à l'initiative du CMOA.

Jeffrey Inscho attribue le succès de ces deux projets de collaboration à la convergence entre les activités en ligne et les événements en présence dans les salles du musée. Pour lui, il ne suffit pas d’ouvrir la porte du musée, il faut littéralement inviter les gens à entrer et avoir une mission à partager avec la communauté.

 

Musées inclusifs

Porchia Moore (@PorchiaMuseM), candidate au doctorat en sciences de l’information et en gestion muséale à l’Université de Caroline du Sud, panéliste à la présentation sur l’open authority, étudie les questions raciales dans le domaine du patrimoine. Dans l’une de ses recherches, elle a constaté qu’une infime proportion seulement des étudiants africains-américains avait mentionné avoir visité un musée au cours des cinq années précédentes alors que l’étude se faisait au sein d’une université où se trouvent trois grands institutions muséales. Pour la chercheure, ces résultats et d’autres statistiques allant dans le même sens sont troublants, et les projets de partenariats et de co-création autour des collections muséales avec ces communautés pour qui les musées ne sont encore que des public white spaces, sont particulièrement importants.

Elizabeth Bollwerk, du musée Burke de l’Université de Washington, a souligné quant à elle l’importance d’inclure les communautés pour les musées qui possèdent des collections d’objets en provenance des cultures autochtones et a donné l’exemple de mukurtu, un système de gestion de contenu (CMS) réalisé par des archéologues et des membres de la communauté aborigène Warumungu à Tennant Creek, en Australie, et repris par la suite par des musées comme le NMAI de Washington. Dans ce projet de co-création, le système de gestion de données sur les collections a été élaboré à partir des protocoles culturels de la communauté et on y retrouve des superusers, les aînés de la communauté, qui sont les seuls à avoir le contrôle sur tout le contenu en lien avec les collections dans la banque de données.

Le musée, gardien des collections patrimoniales, devrait-il être un temple ou un forum ? Les deux, a-t-on conclu à la fin de la discussion qui suivait la présentation. 

 

Sources

Présentation MCN 2014 : (Re) Defining Open Authority in the Museum [consulté le 15 décembre 2014]

Twitter : #openauthor

Lori Byrd Phillips : @LoriLeeByrd

Jeffrey Inscho : @StaticMade

Porchia Moore :@PorchiaMuseM

Elizabeth Bollwerk @ebollwer

 

 

 

 

 

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