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Les tendances en matière de réformes éducatives

Une nouvelle publication de l'OCDE, présentée lors du Forum mondial pour l'éducation à Londres, revient sur sept ans de réformes éducatives à travers le monde : tendances, bilan.

Par Federica Minichiello , le 10 février 2015 | Dernière mise à jour de l'article le 11 mars 2015

L'OCDE a présenté, en janvier, son nouveau rapport : "Perspectives des politiques de l'éducation 2015 : Réussir les reformes" (.pdf). L'ambition est forte : fournir un document-guide et "promouvoir l'apprentissage par les pairs" pour les décideurs politiques.  

Lorsqu'on agrège les données, on parle de 2 500 milliards d'euros par an pour l'OCDE en éducation, soit environ 13% du total des dépenses publiques. 450 réformes, mises en œuvre dans les pays OCDE entre 2008 et 2014, qui nous donnent les tendances en cours, en termes de politique éducative.

Les constats du rapport

Malgré des contextes "pays" fort différents, on constate une convergence des réformes autour de défis communs : l'accès à l'éducation de la population défavorisée, l'éducation et l'accueil des jeunes enfants, la formation professionnelle et la transition vers l'emploi, la formation des enseignants et l'évaluation des systèmes éducatifs.

29% des reformes visent à préparer les élèves au monde de demain, notamment par l'amélioration des systèmes d'éducation et de formation professionnelle. Une importance considérable est aussi donnée à la promotion d'environnements plus favorables à l'apprentissage : le rapport insiste sur la rupture du modèle enseignant/classe en faveur de mécanismes d'interaction plus complexes, une utilisation plus flexible du temps d'apprentissage, des emplois de temps personnalisés.

Les politiques passées en revue sont nombreuses et nous entraînent dans un petit tour de monde des pratiques éducatives: en Hongrie et au Japon, des révisions des programmes scolaires incluent désormais des matières comme l'aptitude à la communication et le bien-être des élèves.  Du côté de l'insertion sur le marché du travail, en Irlande, le programme Springboard permet aux personnes au chômage de bénéficier d'une formation supérieure gratuite jusqu'à 12 mois. L'agence suédoise pour l'éducation conduit un vaste programme d'enseignement en langue maternelle avec Tema Modersmål, un site multilingue et multiculturel proposant des ressources en plus de trente langues, etc...

Quel bilan ?

L'effet vertueux de la transmission de bonnes pratiques, leitmotiv de nombreuses publications institutionnelles, est indéniable. Si l'on parcourt les 400 pages du rapport, on y trouve des idées, des discours politiques qui convergent. Mais la force du document est dans le constat du manque de suivi de toutes ces actions.

L'OCDE révèle que seulement 1 politique sur 10 fait l'objet d'une étude d'impact. Cela se résume ainsi : les décideurs doivent fournir vite des résultats, avec des ressources limitées, dans des contextes politiques instables. Cela conduit à une sous-estimation systématique des ressources, du temps et de la formation nécessaires pour impulser des changements dans les méthodes pédagogiques.

Les politiques élaboreraient des réformes, sans disposer de données fiables. Dans ce monde envahi par les données, cela semble difficile à croire : tout discours politique est ponctué d'évaluations, de bilans, des chiffres statistiques à l'appui... Mais il faut bien préciser ce qu'on entend par "impact".
Le MOOC Gestion de projet nous propose une petite définition : "ensemble des changements significatifs et durables, positifs et négatifs, prévus ou imprévus, sur les personnes, les groupes et leur environnement, ayant un lien de causalité avec l’action".

L'évaluation d'impact

L'évaluation d'impact peut être ex-ante (on anticipe dans l'incertitude), à mi-parcours (on ajuste en cours de route) et/ou ex-post (on dresse un bilan). Les critères d'évaluation sont essentiellement trois : on compare les résultats avec les objectifs qu'on s'est donnés, les ressources engagées et on vérifie que notre action est durable. Vu de l'angle efficacité-efficience-pérennité,  le manque de données semble moins impossible.

L'OCDE affirme que l'évaluation d'impact reste le défi à relever, pour réussir vraiment les réformes et préconise que les mécanismes d'évaluation soient intégrés le plus en amont possible dans les  politiques. Il nous semble, en effet, que de nombreux enjeux se situent dans "l'amont" : par l'expérimentation sociale, par exemple, on évalue les effets d'une innovation à petite échelle, avant d'envisager de la généraliser. Des collectifs comme Regards citoyens, en France, travaillent sur la diffusion de l'information politique et proposent un suivi rapproché des initiatives avant qu'elles ne deviennent des réformes, avec le projet "La fabrique de la Loi".  

On termine par l'une des phrases en conclusion du rapport : "Pour autant,  l'enseignement est également l'art d'adapter les connaissances aux situations et aux possibilités locales, et il en va de même pour l'élaboration des politiques".

 

Références

1. OCDE. Perspectives des politiques de l'éducation 2015 : Réussir les reformes. Janvier 2015. http://www.oecd.org/fr/edu/perspectives.htm

2. Pour en savoir plus sur l'évaluation d'impact :
MOOC Gestion de projet. Evaluation de projet et étude d'impact : http://gestiondeprojet.pm/evaluation-de-projet-et-etude-dimpact/ (consulté le 10 février 2015).
Le réseau F3E : http://f3e.asso.fr/

3.Jean-Marc Altwegg. L’expérimentation sociale, ou l'art d'évaluer les innovations. Mars 2014. http://www.youphil.com/fr/article/07338-experimentation-sociale-agence-nouvelle-solidarites-actives-ansa?ypcli=ano (consulté le 10 février 2015)

4. Regards Citoyens. La Fabrique de la Loi : http://www.lafabriquedelaloi.fr/

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