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Laboratoire festif au musée

FESTI'O'MUSE ou quand des étudiants se réunissent pour mieux apprendre

Par Francine Clément , le 10 février 2015 | Dernière mise à jour de l'article le 11 février 2015

Logo FESTI'O'MUSE, Graphisme Damien Étienne

À la deuxième journée de cet événement festif et formateur, qui regroupait les 7 et 8 février 2015, au Musée québécois de culture populaire, à Trois-Rivières, des étudiants de tous les niveaux d’enseignement de la muséologie au Québec, nous avons rencontré des participants et les deux fondatrices et coordonnatrices de Festiomuse, toutes deux étudiantes à la maîtrise en muséologie. Christine Gaudet, (ci-dessous, à gauche) d’abord formée à l’anthropologie, s’intéresse  particulièrement à la muséologie participative et à la gestion des processus créatifs dans des contextes muséaux. Quant à Noémie La Rue Lapierre (à droite sur la photo), qui a fait des études en animation culturelle puis en développement durable, sa recherche de maîtrise porte sur le musée comme acteur social, sur la place du musée dans la communauté. Participation, communauté : deux ingrédients essentiels de Festiomuse.

Genèse du labo festif

L’idée de Festiomuse est née à la suite d’un cours intensif donné à l’université d’été annuelle du CELAT en 2013, à l’Université Laval, (Culture(s), musée(s) et société(s)), une session d’une semaine qui était ouverte aux étudiants des différents programmes universitaires, du premier au troisième cycle. Les conférences et, surtout, les entrevues et le dialogue avec les professionnels des musées, sur le terrain, avaient été fort appréciés. Durant les deux ou trois heures qui les ramenaient de Québec à Montréal, les fondatrices et d’autres participants  avaient exprimé le besoin de poursuivre ces échanges entre étudiants et avec les professionnels, afin de mettre en pratique leurs connaissances et créer un véritable réseau de pratique des futurs professionnels de la muséologie.

Noémie La Rue Lapierre cite également sa participation à Muséomix 2013 comme un des éléments déclencheurs de Festiomuse. Elle y avait organisé la participation des étudiants de muséologie comme béta-testeurs, dont le rôle était d’évaluer les prototypes créés par les muséomixeurs professionnels.

La décision a été prise ainsi de créer un événement annuel, ludique et participatif, durant lequel les étudiants auraient une part plus active, empruntant au modèle de Muséomix, la cocréation, et qui ferait le lien entre la théorie et la pratique, les connaissances et l’inspiration, les aspects pédagogiques et professionnels de la muséologie.

Étudiants, éclaireurs, repéreurs

Fort d’un comité organisateur d’une quinzaine d’étudiants, le Festiomuse première édition a eu lieu en 2014 à Pointe-à-Callière, musée d’histoire et d’archéologie de Montréal, et la deuxième mouture le week-end dernier, au Musée québécois de culture populaire, dont le directeur, Yvon Noël, a proposé la candidature comme musée-hôte aux deux coordonnatrices.

Les participants étudiants à Festiomuse sont choisis sur la base du premier arrivé premier servi, à partir du premier jour d'inscription, en ligne. Ils sont 25 cette année, qui forment les équipes diversifiées et multidisciplinaires des chantiers au musée, avec un représentant de chaque institution pour chacune des équipes. Pour les organisatrices Christine Gaudet et Noémie La Rue Lapierre, Festiomuse est un peu à l’image des jeux organisés dans d’autres disciplines, comme le génie civil par exemple, des événements rassembleurs où règne une saine compétition et où les étudiants relèvent des défis et mettent en pratique les connaissances acquises sur les bancs d’école, une mise en pratique qui fait parfois défaut dans l’enseignement supérieur en muséologie.

Les étudiants peuvent compter sur les conseils de six éclaireurs durant les chantiers, qui durent un peu plus de deux jours. Ce sont six professeurs et représentants des différents programmes d’enseignement de la muséologie au Québec : Michel Huard (programme technique, Collège Montmorency), Elise Dubuc et Jennifer Carter (maîtrise, Université de Montréal/UQAM), Éric Langlois (certificat et maîtrise, UQO), Maryse Paquin (certificat, UQTR) et Dominique Gélinas (DESS, Université Laval). Lors de la première journée de travail, les équipes soumettent les premières versions de leurs projets à ces éclaireurs qui peuvent par la suite les guider dans le développement des projets, au besoin.

L’équipe des repéreurs, quant à eux, sont des professionnels du musée-hôte qui ont défini, avec le comité organisateur, les thèmes sur lesquels les étudiants allaient travailler pendant les deux journées de Festiomuse. Ils sont également présents durant l’événement pour informer plus précisément les participants sur le contexte du musée et leur fournir les outils de travail. Ces repéreurs proviennent des secteurs de la conservation, de la médiation et de l’administration du MQCP.

Les chantiers

Cinq chantiers ont été investis par autant d’équipes d’étudiants, sur des thèmes choisis par le musée-hôte : repenser l’aménagement extérieur du musée – perçu comme peu convivial par les visiteurs- afin de le rendre plus attrayant, concevoir une visite autonome pour la Vieille prison qui jouxte le musée, mettre en œuvre la sauvegarde et la mise en valeur des bâtiments agricoles qui se trouvent dans la cour du musée (qui ont  d'ailleurs été déneigés pour l'occasion), concevoir un espace de découverte pour les jeunes visiteurs, développer la philanthropie au musée.  Une des équipes a par exemple conçu un atelier de création pour enfants dans le cadre d’une exposition participative et immersive sur le thème du conte. Un autre groupe  a développé une campagne de socio-financement qui inclurait notamment l’ « emprisonnement » de deux personnalités publiques, pour attirer l’attention des médias et des donateurs.

À l’aide d’affiches et de vidéos, les équipes présentent le résultat de leur travail à la fin des deux journées à l’ensemble des participants, représentants du musée et des établissements scolaires. Une compilation des travaux est remise au musée-hôte qui s’en inspirera pour développer les projets.  Cette compilation des projets sera par ailleurs mise en ligne et accessible sur le site web de l’événement.

Créativité, liberté et réseautage

Pour les étudiants, Festiomuse est une occasion de s’essayer au processus créatif, sans consigne, et de s’exercer à la prise de décision, disent les organisatrices, sans compter le réseautage et les contacts qu’ils s’y font. Savoir qu’il y aura de vraies retombées dans le musée est motivant et valorisant pour les participants étudiants.

Pour Ariane Paquet, qui étudie à la maîtrise en muséologie à l’UQAM, Festiomuse représente un intéressant terrain de jeu, un laboratoire où travailler en toute liberté, un lieu où se retrouvent des personnes motivées, qui veulent apprendre et partager leurs savoirs.

Dans son équipe, le bon filon a été long à trouver : elle a apprécié les conseils des professionnels et, tout particulièrment, le fait de les rencontrer, puisqu’elle ne les connaissait auparavant qu’à titre d’auteurs, ayant lu leurs textes dans le cadre de ses cours. Elle souligne l’intérêt de se frotter à la réalité des musées, de voir le point de vue des techniciens, de confronter ses idées à la nécessité de protéger les objets de collection. Les deux journées sont intenses et fatigantes, dit-elle, mais la contrainte de temps est stimulante. Elle mentionne en outre que le fait d’avoir participé à ce projet concret l’aidera sans doute à décrocher un premier emploi.

Pour Jérémy Brosseau, du programme de Techniques de muséologie au Collège Montmorency, Festiomuse permet d’observer les multiples aspects de la muséologie, d’en voir la réalité, autre que technique. Il y voit aussi l’occasion de faire des contacts avec des personnes motivées et passionnées. Fier du travail accompli en si peu de temps, il a particulièrement apprécié l’ouverture d’esprit des participants qui proviennent pourtant de milieux différents. Pour ce participant, Festiomuse permettra de briser les barrières entre les différentes professions de la muséologie et, selon lui, de développer un vrai respect mutuel entre professionnels.

Chose certaine, les musées ne peuvent que s’en porter mieux. À l’image de ses fondatrices et des participants étudiants, Festiomuse est une initiative pleine de promesses.

 

Sources

[consultées le 9 février 2015]

FESTI’O’MUSE: https://festiomuse.wordpress.com/mission-et-objectifs/

FESTI’O’MUSE sur Twitter: @festiomuse, #FOM2015, #FOMlovers

FESTI’O’MUSE sur Instagram : http://instagram.com/festiomuse/

FESTI’O’MUSE sur Facebook : https://www.facebook.com/festiomuse?fref=ts

Musée québécois de culture populaire : http://www.culturepop.qc.ca/

Museomix : http://www.museomix.org/

Centre interuniversitaire d'études sur les lettres, les arts et les traditions

(CELAT), Université Laval : http://www.celat.ulaval.ca/ecole-dete/ecole-dete-2015/


Programmes d’enseignement de la muséologie au Québec :

Techniques de muséologie, Collège Montmorency 

Certificat, mineure, majeure et maîtrise en muséologie et patrimoine, UQO 

Programme court de 2e cycle en interprétation et médiation culturelle, UQTR 

Certificat en muséologie et diffusion de l’art et baccalauréat (histoire de l’art concentration muséologie et diffusion de l’art), UQAM

Maîtrise en muséologie, UQAM

Maîtrise en muséologie, Université de Montréal

Diplôme d’études supérieures spécialisées en muséologie, Université Laval

Doctorat en muséologie, médiation, patrimoine, UQAM

Photographies : Francine Clément, cc 2014

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