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Publié le 15 février 2015 Mis à jour le 26 mai 2016

Des déchets toxiques qui valent de l'or en Afrique

Les rebus électroniques envoyés en Afrique pourraient faire du continent un pôle d'innovation dans le mouvement des "makers"

Agbogbloshie est un des quartiers de la capitale du Ghana, Accra. Le décor y est stupéfiant. Pas parce qu'il est composé de trésors architecturaux ou de parcs majestueux. Au contraire, le panorama de cette partie d'Accra regorge de carcasses d'ordinateurs, tablettes et autres déchets électroniques. Les enfants jouent au travers des amas de débris et des vapeurs toxiques. L'eau y est extrêmement polluée. Une situation dénoncée depuis des années par les militants environnementaux comme Greenpeace.

Bien sûr, la réaction initiale est de crier à un bannissement de l'exportation des déchets électroniques (dit e-waste) au Ghana. Et pourtant, selon certains, le drame actuel d'Agbogbloshie aurait le potentiel d'aider à reconstruire ce quartier. En fait, les Ghanéens pourraient très bien utiliser le modèle d'un de leurs voisins : le Togo.

Le Togo à l'avant-plan

Le Togo, qui avait lui aussi une masse importante de déchets électroniques sur ses terres, a décidé de tourner la situation à son avantage. En effet,  le pays a acquis une solide réputation dans les dernières années, devenant pour certains la capitale africaine du mouvement « Do it yourself ». Ils ont été les premiers à posséder une imprimante 3D sur le continent. Ils ont conçu un immense « fablab » appelé « Woelab » qui sert à développer des gazelles qui peuvent répondre aux besoins de la population togolaise. Un laboratoire où se fabriquent aussi des ordinateurs à partir de jerrycan, un phénomène dont nous avions déjà parlé ici.

Ce succès qu'est le « Woelab » a fait dire aux représentants du Togo lors du Sommet sur l'innovation africaine que les déchets électroniques ne sont pas nécessairement « un problème ». Ils le sont si les pays laissent l'Occident les traiter de grosses poubelles à ciel ouvert sans réagir. Toutefois, avec le recyclage et le mouvement « Do it yourself », il est possible de récupérer de ces amas de détritus des composants pratiques qui peuvent produire des machines bon marché et, en partie, écologiques ou simplement d'en faire des oeuvres d'art.

En fait, les déchets électroniques pourraient bien être un « trésor » dont les Africains seraient fous de se priver. De cette façon, le continent pourrait même être en avance sur les autres pays en matière de collecte sélective des matières provenant de l'informatique. Une expertise qui sera forcément demandée dans les prochaines décennies. Évidemment, cela exige toutefois l'implantation de plus d'infrastructures de recyclage sécuritaires pour les employés.

La solution ghanéenne

Ainsi, à Agbogbloshie, il y a déjà des centaines de travailleurs ghanéens qui recyclent les détritus électroniques. Au point où on parle d'un second paradis pour les makers africains ou d'ailleurs, tant il y a des possibilités de fabriquer des objets avec les « e-waste ». Évidemment, comme le rappelle le cofondateur de l'AMP (Agbobloshie Makerspace Platform), il n'est pas possible d'assurer à 100 % la sécurité de tous ceux qui travaillent dans la réutilisation des rebuts. Il s'agit quand même de manipulations avec des produits souvent toxiques.

Mais beaucoup de ceux qui s'engagent dans l'AMP y vont pour le travail et, surtout, les potentiels économiques que peut apporter cette pratique à Accra et même au Ghana dans son ensemble. Une économie nouvelle qui débarrasse peu à peu des montagnes de détritus dans le quartier et qui aidera la santé publique de leurs concitoyens. Bien qu'elle en a souffert, le continent africain peut désormais profiter des tonnes de déchets électroniques qui encombrent ses terres. Le Togo trace la voie avec son « Woelab ». Inspirera-t-il ses voisins?  

Illustration : Sean Gladwell, shutterstock

Références :

Abdelkrim, Samir. "Le Togo, Capitale Africaine Du Mouvement "Maker"." Les Echos Business. Dernière mise à jour : 6 février 2014. http://m.business.lesechos.fr/entrepreneurs/innovation-recherche/le-togo-capitale-africaine-du-mouvement-maker-107132.php#.

Goutier, Nele. "Agbogbloshie: A Local Solution For A Global Tragedy." The Accra Report. Dernière mise à jour : 27 septembre 2014. http://accrareport.com/feature/agbogbloshie-a-local-solution-for-a-global-tragedy/.

Kalan, Jonathan. "Is E-waste an Untapped Treasure?" BBC Future. Dernière mise à jour : 19 février 2014. http://www.bbc.com/future/story/20140218-why-your-old-tech-holds-treasure.

"Makers’ Paradise and the Jerry!" Qamp. Dernière mise à jour : 15 juillet 2014. http://qamp.net/2014/07/15/makers-paradise-and-the-jerry/.

Mesquida, Sébastien, and Yann Le Gléau. "Ghana : Le Cimetière Digital." ARTE. Dernière mise à jour : 24 octobre 2009. http://www.arte.tv/fr/2902232,CmC=2902234.html.

Pasquesoone, Valentine. "Jerrycan Computers for African Villagers." The Straits Times. Dernière mise à jour : 20 septembre 2014. http://www.straitstimes.com/the-big-story/impact-journalism-2014/story/jerrycan-computers-african-villagers-20140920.


Mots-clés: Afrique Recyclage Déchets Électroniques Recyclage d'ordinateurs DIY fablab Makerspaces Capitale Décor Quartiers Accra

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