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Le métissage pédagogique. Découvrez l'auto-socio-construction

La solution du couteau suisse pédagogique

Par Nicolas Le Luherne , le 03 mars 2015 | Dernière mise à jour de l'article le 01 avril 2015

Il peut paraître bien étrange de parler de métissage pédagogique à l’heure où la vogue est à la pédagogie inversée et au travail collaboratif. Pourtant, des voix s’élèvent pour mettre en garde contre une forme de dogmatisme en gestation.

Ainsi, Xavier de la Porte cite Susan Cane dans son article du 23 janvier 2012 intitulé le risque de l’idéologie de groupe dans internet actu.net «La solitude n’est plus à la mode, commence Susan Cain. (…) La plupart d’entre nous travaillent en équipes, dans des open-spaces, pour des chefs qui valorisent au-dessus de tout l’intelligence collective. Les génies solitaires sont bannis. Seul vaut le collaboratif ».

C. Fritz dans son blog catalyseur d’innovation tempère cette affirmation  en déclarant dès le titre de son article : les introvertis et extravertis sont complémentaires. Elle nous y explique pourquoi il est important de bien profiler les apprenants sans renoncer à les amener sur des sentiers plus ardus pour eux. L’affirmation puis la modération est bien au centre de nos préoccupations : quelles méthodes pour plus d’efficience pédagogique ?

Un formateur manageur

Le formateur est un manageur qui tient compte du contexte d’apprentissage en temps réel pour réussir les objectifs d’apprentissage qu’il s’est fixé. Il doit en permanence adapter son message et donc sa pédagogie aux destinataires. Dans Le Manager agile : agir autrement pour la survie des entreprises, Jérôme Barrand évoque cette problématique « Il faut changer le management plutôt que manager le changement ». Le professeur proactif garde donc en tête qu’il faut agir plutôt que subir. Il ne se fixe pas sur une méthode mais se constitue une palette de couleurs pédagogiques pour pouvoir différencier voir individualiser chaque parcours d’apprenant.

Le métissage : la multi-pédagogie au service de la réussite

C’est pourquoi il semble qu’il faille parler de métissage quand on parle de méthodes pédagogiques. En effet, apprendre à apprendre c’est adopter une attitude polymorphique qui permette à chacun des apprenants de trouver sa place dans le parcours d’apprentissage.

Parfois, lorsque le groupe de participants est important ; le désir de réponse aux besoins personnels de chacun peut constituer un piège. En effet, le péril serait une approche exhaustive en construisant un parcours d’apprentissage complexe et donc repoussoir. Il s’agirait plutôt de concevoir des parcours simples avec des objectifs réalistes. La simplicité du montage pédagogique permettant de comparer les données d’apprentissage de l’élève afin mieux singulariser le parcours de chacun.

Varier pour ne pas lasser

L’objectif est aussi d’éviter de lasser les apprenants par un systématisme pédagogique qui ritualiserait à l’extrême le parcours de l’élève. L’alternance est un des leviers qui permet d’éviter le décrochage. Quand on parle de classe inversée : on n’actionne pas un procédé pédagogique mais des procédés pédagogiques.

C’est une poupée gigogne où l’on découvre que les méthodes se répondent les unes aux autres. Il faut veiller à ne pas tomber dans un syndrome de Stockholm pédagogique qui par une automatisation du geste pédagogique enlèverait tout esprit critique et d’alerte de l’enseignant comme de l’apprenant. Le métissage pédagogique évite le taylorisme de l’apprentissage.

Le métissage pédagogique : une poupée gigogne ou un couteau suisse ?

Quand l’élève travaille seul le soir devant son ordinateur. Il découvre la notion émet sa première hypothèse de travail. Il peut poser une question à son tuteur/formateur sans la pression du groupe. Il est légitime. Lors de la séance en classe, il expérimente en coopération avec ses camarades. Il confronte son avis car travailler ensemble c’est poursuivre un objectif commun, affirmer son opinion mais aussi être capable de consensus.

C’est une situation authentique. Quand les élèves se sentent en sécurité, ils sont prêts à déposer le fruit de leurs expériences dans un espace commun à tous. L’objectif de groupe devient l’objectif de la classe ou de la session. Ils acquièrent un certain nombre de réflexes, de trucs et d’astuces. Ils se constituent donc grâce au parcours un couteau suisse méthodique.

Un montage simple s’appuyant sur une pédagogie complexe.

Si l’on ne remarque pas tout de suite, le formateur est un chef d’orchestre qui met en cohérence les méthodes pédagogiques pour que la symphonie de l’apprentissage fasse sens pour l’apprenant.

Si la pédagogie est la première poupée gigogne, la seconde est l’auto-socio construction des savoirs. L’élève découvre la situation problème seul puis expérimente en groupe. L’évaluation de sa production est donc  d’abord personnelle puis interpersonnelle. Il confronte son avis aux autres membres du groupe lors du travail coopératif et l’évaluation est infra au groupe. Dans l’article favoriser la coopération comment et jusqu’où, Frédéric Duriez nous explique « On apprend davantage par le débat, en confrontant ses idées à celle des autres, en s'obligeant à justifier nos intuitions. »

Enfin, le groupe partage avec la classe le fruit de son expérimentation. L’évaluation est collective. C’est un peu l’esprit wikipédia qui domine : répondre à l’impossible exhaustivité par un travail commun en archipel. On répond, ici, d’ailleurs aux besoins des élèves introvertis et extravertis pour les lancer dans l’activité. Ils s’approchent le plus possible de la zone proximale de développement afin d’aller contre leurs premières dispositions pour apprendre à agir seul comme en groupe. Il s’agit d’optimiser le «bouche à oreilles» pour l’élève : «écouter, (ré) agir et contrôler» Le numérique ne remplace pas le bouche à oreille «traditionnel». La simplicité ne fait donc pas à renoncer à la complexité.

Des méthodes pédagogiques nouvelles ?

Il ne s’agit pas ici de dire que toutes ses méthodes sont nouvelles. Depuis longtemps, le professeur de lettres donne à ses élèves un ensemble de textes ou l’œuvre à lire en avance afin qu’ils arrivent avec la connaissance minimale du sujet.

Janusz Korczak récompensait déjà les orphelins par des cartes quand un de ceux-ci adoptait la bonne attitude ou qu’il réussissait une action. On ne serait, ici, pas si loin de l’évaluation par badge. Le numérique n’a pas été une révolution mais une évolution qui a permis de penser autrement, d’augmenter et de réorganiser les méthodes pédagogiques afin de répondre aux besoins des apprenants.

La pédagogie : une culture de l’agilité.

Il peut paraître étrange quand on parle de pédagogie de parler en tout premier lieu de l’enseignant, surtout quand celle-ci centrée sur l’élève. Pourtant, c’est son engagement pédagogique et donc ses choix qui mettront l’élève en situation de responsabilité et d’apprentissage.

Ainsi, on peut lire dans L’agilité est devenue un actif immatériel des entreprises, Marc Sabatier et Alain Thibault, La Tribune, La clé de l’efficacité d’une formation "repose donc sur l'agilité, établie sur ses trois piliers : agilité business, agilité de la structure et de l'organisation, agilité des collaborateurs ».

Il faudrait remplacer, ici, agilité du business par pédagogie. Pour assurer son leadership, le formateur doit anticiper les contextes, alterner les méthodes pour assurer au mieux la transmission des savoirs.

Illustration : Wikimedia - First Matryoshka Museum Doll

Sources :

Le risque de l’idéologie du groupe - Xavier de la Porte - Internet Actu http://www.internetactu.net/2012/01/23/le-risque-de-lideologie-du-groupe/

Intelligence collective: Les Introvertis et extravertis sont complémentaires - Christelle Fritz
https://cfritzinnovation.wordpress.com/2012/01/30/intelligence-collective-les-introverties-et-extraverties-sont-complementaire/

Le Manager agile : agir autrement pour la survie des entreprises, Jérôme Barrand, Dunod, 2012,

Auto-socio-construction - Définition - Groupe français d'éducation nouvelle
http://www.gfen.asso.fr/fr/definition_d_auto_socio_construction

Favoriser la coopération, comment et jusqu'où ? - Frédéric Duriez - Thot Cursus
http://cursus.edu/article/24844/favoriser-cooperation-comment-jusqu

« Le numérique ne remplace pas le bouche à oreille « traditionnel » - Influencia
http://www.influencia.net/fr/actualites/in,tendances,numerique-remplace-pas-bouche-oreille-traditionnel,4778.html

Sur les traces de la pensée pédagogique de Janusz Korczak - Alexandre Lewin - Groupe français d'éducation nouvelle
http://www.gfen.asso.fr/fr/pensee_pedagogique_de_j._korczak

L'agilité est devenue un actif immatériel des entreprises - Marc Sabatier et Alain Thibault - La tribune
http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20150120trib83a3914eb/l-agilite-est-devenue-un-actif-immateriel-des-entreprises.html

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