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La culture du Griot pour revaloriser les dyslexiques.

L'oral comme outil de valorisation

Par Nicolas Le Luherne , le 17 février 2015 | Dernière mise à jour de l'article le 18 mars 2015

Http://www.shlomomusic.com/banjoancestors_griotlutesorigin.htm

L’idée est née de la lecture d’un article de télérama du 9 juillet 2014 : De griot en griot, l’histoire chantée de Soundiata Keita. Il y est évoqué l’histoire de ce grand roi qui naquit avec un handicap.

Sujet à de multiples humiliations, il prend les choses en main quand la première épouse du mari de sa mère lui refuse des feuilles de baobab sous prétexte que c’est à son fils d’aller les chercher alors « le jeune Soundiata réclama qu’on lui forgeât un bâton de fer et parvint enfin à se lever. Enfin debout, mû par une force soudaine, il alla déraciner un baobab et revint le jeter aux pieds de sa mère, qui le glorifia aussitôt de quelques chants de louanges. »

L’histoire de Soundiata : une métaphore du parcours scolaire du dyslexique.

Quel rapport avec entre cette histoire et la dyslexie ? Il convient tout d’abord de définir. La dyslexie c’est une altération de la lecture (dyslexie) et/ou de la production d’écrit et de l’orthographe (dysorthographie) selon la Fédération Française des Dys. Elle se traduit, entre autre, par des difficultés à déchiffrer, écrire et à lire. La principale conséquence pour la personne est la disqualification de soi. Ainsi, l’enfant victime de dyslexie, comme tous ceux victimes de dys, souffre d’un double handicap scolaire qui devient social dans un monde où le rapport à l’écriture est socialement prépondérant.

Pour rassurer : le fond plutôt que la forme.

Que faire pour des participants adolescents ou adultes ? Si nous ne sommes pas des praticiens ou orthophonistes, il nous faut élaborer des stratégies pour constituer leur « bâton de fer ». Encore une fois, l’article est une ressource précieuse. Quel est notre objectif pédagogique ? Qu’attendons-nous de la production du participant ? Qu’est ce qui nous semble le plus important le fond ou la forme. La première mission de l’enseignant est de rassurer l’élève sur capacité à réussir. Un élève dyslexique se voit souvent comme un être manquant d’intelligence. C’est là  où la culture du griot nous est utile. La transmission du message est à l’oral. Les versions divergent parfois parce qu’il apporte sa touche, sa créativité. Le plus important est le sens et la cohérence du message. Pour restaurer le statut de l’apprenant, il faut qu’il se sente compétent.

Les plateformes de travail en ligne : le bâton en fer de Soundiata.

Lorsque l’on parle de privilégier le fond à la forme. Il n’est aucunement question d’abandonner l’un pour l’autre. Il s’agit de séquencer le processus d’apprentissage pour le rendre efficient. Les plateformes de travail en ligne nous offrent la possibilité de valoriser l’oral. Aujourd’hui, avec les CMS (Content Management system) nous avons des outils pour aider le participant à restaurer son statut d’apprenant.

En effet, ils sont souvent munis d’un enregistreur numérique.  Ils permettent de mettre en place un système de construction de la production de l’apprenant par étape : l’élève propose, le formateur amende et lui propose d’améliorer sa production.

Il ne s’agit pas de renoncer à l’écrit mais de le mettre en synergie avec l’activité orale. L’apprenant se lance dans une activité quand il voit que le ratio coût/bénéfice lui semble équilibré.  Il aura toujours moins de mal à se mettre en danger s’il sait que sa production est considérée comme le fruit d’un processus et qu’une alternative encourageante est présente. Il s’agit de mettre en valeur la réussite des élèves et donc de travailler sur l’estime de soi. Comme le griot, l’élève nous conte son devoir.

Chanter pour mieux retenir.

C’est quand l’activité est souffrance que les stratégies d’évitements se mettent en place. Le plaisir est un facteur important de l’épanouissement au travail.

C’est là où le griot nous montre le chemin : le chant. Le but est de redonner le goût d’apprendre en dédramatisant l’acte d’apprendre. Il ne s’agit pas de chanter pour chanter comme utiliser le numérique pour le numérique. Une chanson, elle se répète, elle peut être apprise avec les autres. Les répétitions sont autant de jets acceptables pour régler chaque détail en équipe.

Le fait que ce soit une activité ludique enlève de l’enjeu et donc de la pression à l’apprenant dyslexique. Même si chanter est une mise en danger de l’image de soi, l’objectif n’est pas de chanter juste mais simplement de faire de son mieux. Comme les griots les paroles peuvent évoluer au cours de l’apprentissage. L’essentiel est le sens global du chant et finalement l’erreur peut parfois être le témoin de la créativité.

Chanter c’est donc mettre en place un réflexe méthodique qu’est le brouillon. Nous sommes proches de la démarche d’investigation où  l’erreur est intégrée au processus de réussite. Cet apprentissage dépasse donc largement les élèves dyslexiques pour bénéficier à tous les élèves de la classe. Il devient donc un parmi les autres. Comme le griot, il pourra être chargé de transmettre l’histoire parce que l’obstacle de l’écrit sera dépassé.

Illustration : Shlomo Pestcoe

Sources

De griot en griot, l'histoire chantée de Soundiata Keita - Anne Bertho - Télérama
http://www.telerama.fr/musique/de-griot-en-griot-l-histoire-chantee-de-soundiata-keita,114778.php

Dyslexie et dysorthographie - Fédération français des Dys
http://www.ffdys.com/troubles-dys/dyslexie-et-dysorthographie.htm

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