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De l'alchimie à la chimie, la pierre philosophale du savoir

Par Mohamed Ouzahra , le 31 janvier 2011 | Dernière mise à jour de l'article le 01 juin 2011

La chimie moderne n’est pas née soudainement d’une réaction de laboratoire. Elle est le fruit d’une longue maturation où les avancées ont côtoyé idées loufoques ou rétrogrades. Le récit de ce parcours, que partagent les autres sciences du reste, est aussi l’occasion de voir comment a émergé petit à petit une vision moderne et scientifique des éléments, et comment cette vision a imprégné l’enseignement pour en faire un processus efficace de transmission des connaissances.

Révolution dans la révolution, les nouvelles technologies de l'information et de la communication ont de nouveau mis à plat notre perception de la chimie et ouvert des perspectives insoupçonnées en matière d’expérimentation. Explications.

De l’alchimie à la chimie de laboratoire

L’idée largement répandue dès qu’on s’intéresse à l’histoire des sciences expérimentales est de penser que la chimie moderne est devenue ce qu’elle est en se débarrassant des oripeaux ascientifiques de l’alchimie. Ce n’est pas tout à fait exact. Cette césure entre un moyen-âge de la pensée scientifique et une modernité qui serait apparue en Occident autour du XVe siècle est quelque peu réductrice. L’histoire révèle des faits beaucoup plus complexes, un parcours bien plus sinueux et enchevêtré. L’alchimie a incontestablement fait le lit de la chimie telle que nous la connaissons. Jabir Ibn Hayyan, grand penseur encyclopédique arabe du VIIe siècle, et un des plus grands alchimistes de son époque, a influencé la chimie actuelle jusque dans son vocabulaire. Le jargon scientifique de la chimie moderne est truffé de termes arabes ce qui atteste de cette filiation. Alchimie bien sûr mais aussi alambic, alcool, élixir, amalgame et beaucoup d’autres.

En fait, plus que la césure entre l’alchimie et la chimie, il faut rechercher du côté d’une délimitation des domaines d’application de la chimie le passage du présupposé à l’expérimentation scientifique. L’un des apports essentiels des savants arabes est d’avoir initié une liaison entre chimie et pharmacologie. Autrement dit d’avoir été les premiers à penser une utilisation concrète et pertinente des éléments chimiques, jusque-là cantonnés aux douteuses tentatives de transmutation des métaux ordinaires en or. Les savants arabes ont tôt fait de repérer les vertus des expériences chimiques en matière de préparations pharmacologiques. L’acte de se soigner se défaisait ainsi progressivement de sa dimension « magique » pour devenir un acte scientifique.

Comme ce fut le cas dans bien d’autres domaines, l’apport à la chimie de la science arabo-musulmane est considérable. De l’éthanol à l’arsenic en passant par l’antimoine, dont on connait l’importance dans les médicamentations de l’époque, les savants, Jabir Ibn Hayyan mais aussi l’immense Al-Razi, chimiste puis médecin d’origine persane, ont isolé autour de l’an mil de très nombreuses substances. Les acides sulfurique, nitrique ou chlorhydrique ont ainsi été connus grâce à leurs travaux.

Mais plus que par une énumération de leurs découvertes, le meilleur moyen de mesurer l’apport des chimistes arabes est encore de comprendre comment ils ont transformé notre compréhension de la chimie en faisant de l’expérimentation la clé de la connaissance intime des éléments. Avec l’apparition des nouvelles technologies de l'information, une nouvelle bifurcation est prise. Voici comment.

Et de l’expérimentation au laboratoire virtuel

L’importance d’un domaine scientifique se jauge à l’étendue des applications auxquelles il donne lieu mais aussi à sa capacité de renouveler ses méthodes d’investigation. De ce point de vue, la chimie est présente partout. Son évolution est jalonnée de révolutions conceptuelles, à commencer par le passage d’une chimie purement théorique aux applications dans d’innombrables secteurs, de l’industrie à la cosmétique, de l'alimentation à l'agriculture. Les chimistes arabes ont ainsi, durant l’âge d’or de la civilisation arabo-musulmane, mis au point les procédés aussi divers que la distillation (pour l’eau de rose) ou la fermentation (pour le vinaigre).

Aujourd’hui, avec le déploiement des technologies de l'information et l’Internet nous assistons à une nouvelle étape pour la transmission des connaissances de chimie. Les ressources disponibles sur la toile sont très nombreuses. A l’exemple de cet excellent portail collaboratif scientifique, récemment primé et qui consacre à la chimie de nombreux exercices interactifs.

L’intérêt de ces outils est bien sûr de pouvoir mettre la main à la pâte, y compris en l’absence de véritables laboratoires dûment équipés, ce qui est hélas le cas dans de nombreux pays africains.

L’autre avantage de l’expérimentation virtuelle est de limiter les risques d’accidents en cas de manipulation de substances dangereuses. Le net présente d’ailleurs aussi les précautions à prendre pour utiliser les produits chimiques en toute sécurité. Une lecture instructive assurément.

Contrairement à d’autres disciplines, la chimie, du moins dans son versant pratique, exerce souvent une réelle attractivité sur les jeunes esprits. Ce phénomène n’a évidemment pas échappé à l’industrie des jouets au point qu’une nouvelle branche est apparue : la chimie amusante et sans danger ! Aux pédagogues et didacticiens que nous sommes d’utiliser cet engouement pour redonner à nos élèves le goût pour la démarche scientifique et préparer les avancées de demain.

 

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