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La classe inversée. Episode 2 - La réorganisation de l’espace temps et le positionnement de l’enseignant

La classe inversée nécessite de reconsidérer les notions d’espace et de temps ainsi que de questionner la place de l’enseignant.

Par Élodie Lestonat , le 01 mars 2015 | Dernière mise à jour de l'article le 17 mai 2016

Si l’on prend en compte les changements nécessaires de l'apprentissage induits par les mutations de la société, il apparait qu’une ouverture vers des méthodes collaboratives s'impose par nécessité.

La transmission du savoir ne peut se satisfaire du seul enseignement traditionnel de masse mais évolue vers un mode hybride qui permet une assimilation des savoirs grâce aux interactions entre pairs et avec l’enseignant. L’assimilation s’opère davantage lorsque la transmission se fait en petits groupes.

Berthet propose alors l’idée suivante : « le précieux temps de classe serait mieux utilisé si on s’en servait pour interagir et travailler ensemble plutôt que de laisser une seule personne parler ». André Aoun et Michel Jacob considèrent « Les cours magistraux doivent disparaître au profit de la diversification des situations d’apprentissages ».

La clé de la réussite d’une classe inversée est de créer un climat relationnel favorable entre pairs. La relation y est plus détendue et le recours au professeur est vécu comme un accompagnement dans un cadre de travail collaboratif.

Repenser l’espace en classe inversée

Initialement le concept de classe inversée supposait que les parties théoriques du cours (lectures, en anglais) soient dispensées à la maison ou en tout cas hors des murs de la classe. Les outils numériques permettent effectivement l’accès à des ressources en ligne que ce soit des vidéos, des documents partagés, des visites virtuelles,… en dehors du strict environnement de classe qui devient alors le lieu où se réalisent les devoirs d’application.  La simple bascule classe-maison n’est pas en soit innovante mais offre l'occasion de mettre en place les travaux de groupe, les échanges, les situations-problèmes, la construction collaborative des habiletés et la production de supports qui remplacent alors les simples applications.

Une réflexion approfondie sur les espaces de travail devient à l'ordre du jour. En effet, en ce qui concerne la classe, elle doit être aménagée pour favoriser le travail de groupe et les interactions. L’aménagement en ilot s'avère indispensable mais si l’autonomie des élèves est recherchée, il est cependant utile pour l’enseignant de s’assurer d’une réelle mise au travail et d’une collaboration productive.

Ne nous leurrons pas : des élèves qui ne sont pas habitués à la classe inversée ont tôt fait d’en faire un espace récréatif et peu orienté sur l’apprentissage. L’enseignant doit alors voir une bonne visibilité de ces ilots dans l’espace et pouvoir circuler entre les différents groupes. Ceci est d’autant plus nécessaire que le concept de classe inversée suppose que les élèves communiquent aisément. Mais certains, tout au moins au début, auront les mêmes difficultés à solliciter le professeur et à communiquer avec leurs pairs. C’est là que l’enseignant doit être en éveil afin de repérer les plus timides ou les plus en retrait qui peuvent souffrir de ce mode d’apprentissage.

La classe inversée n’a pas pour vocation de laisser sur le bord de la route ceux que l’interaction humaine effraie. Un conseil : évitez que les plus timides soient perdus dans un groupe hétérogène. Un groupe intégrant deux timides peut lever bien des obstacles pour la suite.

Ajoutons à ceci que l’enseignant doit aussi se permettre de faire évoluer ces ilots tant dans leur aménagement que sur leur nombre et leur fréquence. Un certain flottement dans la mise en place de ces nouveaux espaces ainsi que la sensation de stagnation au cours d’une séance ne signifie par pour autant échec.

L’enseignant doit partir du postulat que dans la démarche de classe inversée il accompagne les élèves et que leur apprentissage ne suit pas la même ligne. Comme nous l’explique le site classeinversée.com,

« Les avantages de ce modèle sont multiples, mais le principal est la liberté qu’il procure. Il est libérateur pour les élèves car ils ne sont plus contraints à rester assis en silence durant des heures, ils peuvent désormais “vivre” en classe et avoir des échanges riches avec le professeur et les autres élèves.[…] C’est aussi plus gratifiant car les élèves le[professeur] considèrent maintenant comme un pair toujours prêt à les aider plutôt que comme une figure autoritaire. Les relations sont donc plus détendues et les résultats scolaires s’en trouvent améliorés. »

Il est indispensable que l’enseignant s’autorise lui aussi à expérimenter et laisser une place au temps même contraint par l’ampleur des contenus des programmes. Là encore laissez les élèves s’organiser dans l’espace classe et acceptez que les raclements de tables et de chaises participent à l’intégration de la démarche par les élèves eux-mêmes et que le silence reposant de l’étude laisse place aux discussions bruyantes et aux fous rires qu’il faudra temporiser. Cette nouvelle démarche est aussi à relayer auprès des collègues et de la direction afin qu'elle soit mieux perçue et comprise.

Définir le temps du paradigme d’apprentissage

Le temps est un élément important de la démarche d’apprentissage en classe inversée car elle offre l'occasion à chaque élève de suivre une progression selon son rythme. Ainsi l’élève peut en dehors de la classe voir et revoir une vidéo, relire un document, réécouter un podcast, faire des pauses dans un jeu sérieux, sélectionner les points qu’il souhaite approfondir en les notant, sélectionner un élément et le développer. Cela ne signifie pas que l’élève dispose d’une totale liberté pour avancer sur son parcours. L’enseignant devra donner des limites au temps dévolu à un thème, séquencer le module afin que l’élève puisse lors du retour en classe interagir efficacement avec ses pairs. Car c’est cette articulation entre travail entre et hors la classe qui permet un apprentissage efficace.

Pour l’enseignant, ce temps de classe disponible est le temps qui leur manquait pour s’assurer de la compréhension d’une notion par l’élève. Et ce temps accordé à chacun permet de développer une relation moins angoissée et confiante entre apprenant et enseignant.

C’est pour cela que l’accent doit être mis sur une scénarisation pédagogique poussée permettant d’englober une pluralité des parcours tout en s’assurant que curriculum et programmes sont respectés. Il ne s’agit pas de laisser les élèves chercher eux mêmes leurs ressources. C’est à l’enseignant de les leurs proposer selon un canevas murement élaboré, capable d’évoluer et ponctué d’une évaluation protéiforme (qui change de forme très fréquemment).

Reconsidérer le travail de l’enseignant

Le recours à la démarche de classe inversée est un choix de l’enseignant. Lui seul est habilité à pouvoir prendre en compte l’ensemble des facteurs permettant son intégration dans son enseignement. Ceci est aussi valable pour les formateurs qui interviennent en milieu professionnel car rappelons-le, le concept de classe inversée peut tout autant s’appliquer dans l’enseignement primaire que secondaire et universitaire mais aussi professionnel, en formation initiale, continue, en alternance, en présentiel, en mode hybride et à distance.

Certains principes de la classe inversée peuvent être synthétisés par l’acronyme FLIPFlexible Environment (environnement flexible), Learning Culture (culture d’apprentissage), Intentional Content (contenu présélectionné) et Professional Educators (enseignants professionnels), d’Hamdan, McKnight, McKnight et Arfstrom (2013).

Or tous ces acronymes renvoient au rôle majeur que remplit l’enseignant. Si la démarche est centrée autour de l’élève, elle ne peut être mise en œuvre et se développer qu’avec une intervention et une réflexion du pédagogue sur l’acte d’apprendre et ses modalités d’organisation tant matérielles que spatio-temporelles. Il convient de préciser que la démarche de classe inversée accompagne valablement un apprentissage construit autour des situations-problèmes.

La classe inversée (flipped classroom) nécessite une pluralité de questionnements tant dans la conception que dans la mise en place de la démarche.

Dans le prochain article nous nous intéresserons davantage à la mise en œuvre de la classe inversée dans un cadre de l’enseignement en présentiel. Ceci sera l’occasion d'aborder les expériences menées tant au primaire, au secondaire, à l'universitaire et au niveau professionnel. Enfin de la pratique à observer !

Illustration :  Monkey Business Images, Shutterstock.com

Références

Aoun, André, et Michel Jacob. "La Classe Inversée Ou La Réorganisation De L’espace-temps Dans La Dualité Des Paradigmes "Enseigner - Apprendre" / André Aoun, Michel Jacob - Université Toulouse Jean Jaurès (Toulouse II-le Mirail) - Vidéo." Canal-U. Date de publication 13 juin 2013. http://www.canal-u.tv/video/universite_toulouse_ii_le_mirail/la_classe_inversee_ou_la_reorganisation_de_l_espace_temps_dans_la_dualite_des_paradigmes_enseigner_apprendre_andre_aoun_michel_jacob.12890."Espace

Pédagogique : Numérique Et Enseignement - La Classe Inversée." Espace Pédagogique - Informations Et Ressources. Date de consultation 23 février 2015. http://www.pedagogie.ac-nantes.fr/numerique-et-enseignement/bibliotheque/la-classe-inversee-822625.kjsp?RH=PEDA.

"Présentation | Classe Inversée." Classe Inversée. Date de consultation 23 février 2015. http://www.classeinversee.com/presentation/.

Roy, Normand. "La Classe Inversée : Une Pédagogie Renversante ? Une Réflexion De NORMAND ROY , Professeur à L’UQTR, Fiche Du Tableau De L'université Du Québec." Innovation Pédagogique. Date de publication 13 juillet 2014. http://www.innovation-pedagogique.fr/article75.html.

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