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La classe inversée. Episode 3 - Retour d'expériences en présentiel

La classe inversée, une solution que tentent certains enseignants du primaire à l'universitaire

Par Élodie Lestonat , le 09 mars 2015 | Dernière mise à jour de l'article le 08 avril 2015

Mettre en place une démarche de classe inversée est un processus passionnant mais complexe.  Aussi l’enseignant doit-il bien réfléchir avant de se lancer car ce doit être une réponse à un besoin pédagogique nouveau du groupe d’apprenants, auquel les méthodes pédagogiques traditionnelles ne répondent plus.

La classe inversée n’est pas une solution pédagogique miracle

S’approprier cette démarche implique de la part de l'enseignant une réelle motivation et une croyance dans son bien fondé et sa mise en œuvre. Car les détracteurs de la classe inversée sont nombreux et sont prompts à établir des raccourcis réducteurs. La classe inversée ne résoudra pas à elle seule les problèmes éducatifs, scolaires et pédagogiques; nulle part nous ne trouvons de pédagogie miracle. La classe inversée se veut une proposition de réflexion et d’action pédagogique mais en aucun cas un modèle unique.

La classe inversée met au centre du dispositif l’apprenant. Et l’élève … reste un élève ! Il faut donc  intégrer la problématique de l’incertitude pédagogique. Il est donc tout aussi prévisible que certains n’auront pas visionné les vidéos, fait les tests ou lu les documents. Car la classe inversée ne modifiera pas nos élèves qui continueront de faire leurs devoirs « à l’arraché » et pour qui le « j’ai géré » ne signifie pas pour autant qu’ils ont assimilé savoirs, savoir-faire et savoir-être. Il faudra alors, comme dans les méthodes plus traditionnelles conjuguer avec ces aléas et s’adapter, s’assurer des pré-requis ou du degré d’assimilation avant d’aller plus loin.

A ceci s’ajoute que la communauté éducative, les institutions et les familles connaissent mal cette démarche qu’ils n’ont qu’entre aperçu dans quelques reportages à la télévision et qu’elle bouscule certains principes de l’école et de la société. Là encore, même si l’enseignant est en droit d’expérimenter une démarche qu’il considère bénéfique aux apprentissages, il devra argumenter en sa faveur.

Les TICE, entre remède et poison

La classe inversée repose sur une utilisation régulière des TICE mais ce ne sont que des médias. Les supports qu’ils soient audiovisuels ou écrits sont à concevoir, à adapter selon le groupe d’élèves et leur rythme d’apprentissage.

Dans un article publié dans la revue Sciences Humaines, intitulé " école et numérique : de quoi parle-t-on ? " André  Tricot souligne

" chaque fois que l’on développe une technologie en se disant qu’elle a un gros potentiel en terme d’apprentissage, on ne doit pas oublier que pour exporter cette technologie vers les salles de classe, il faut que la technologie soit compatible avec les élèves de cette classe, avec son enseignant(e), ses tâches, son temps, son espace, ses habitudes de travail, les matériels, ressources, outils disponibles."

La classe inversée ne signifie pas mettre à disposition des quantités  importantes de ressources mais les sélectionner afin que les élèves puissent en prendre connaissance.  Et le regard critique de l’enseignant prend ici toute sa place car dans son œuvre de scénarisation des séquences d’apprentissages, le pédagogue qui ne peut générer lui-même toutes les capsules vidéo et supports, devra sélectionner celles qui servent l’acte d’apprendre et ne pas céder au flot de vidéos qui circulent sur Internet et dont la qualité est discutable même sur des sites dévolu à la pédagogie. Il devra aussi intégrer celles issues de la recherche des élèves qu’il faudra impérativement éduquer aux médias, aux réseaux sociaux et à la veille informationnelle.

La classe inversée par ceux qui l’ont expérimentée

La classe inversée se pratique au primaire comme vous pouvez le découvrir brièvement dans la vidéo ci-dessous.

 


Mais c’est véritablement au collège que les expériences et les retours d’expériences sont les plus nombreux. Nous avons sélectionné ces quelques vidéo présentant à la fois les pratiques mais aussi les interrogations des professeurs qui l’ont mise en place. Tout d'abord, voici l’exemple de Marie Soulié (professeur de français au collège Daniel Argote d'Orthez).

 

Et l'exemple du collège Sainte Marie de Saint-Brieuc et du professeur de Physique-Chimie Pascal Bihoué.

 

 

La classe inversée attire aussi les professeurs à l’Université qui au-delà de l’expérience mènent des travaux d’étude dans ce domaine. Voici l'exemple de  David Vallat (IUT Lyon 1)  qui complète l'expérience menée par André Aoun dont nous vous avons parlé dans les épisodes précédents de cette série. 

 

 

Enfin des expériences variées sont tentées à l’étranger. Les pays anglo-saxons comme le Canada et Etats-Unis expérimentent cette démarche depuis de nombreuses années, d’où des ressources nombreuses tant en matière de réflexion que de témoignages et retours d’usages tels ceux proposés par le site classeinversée.com. Ceci permet  à la fois de nous interroger sur nos propres pratiques et notre fameuse spécificité française et d’analyser les éléments positifs tout comme les obstacles rencontrés.

A titre d’illustration, le site de l’Université de Sherbrooke nous propose le retour d’expérience intéressant d’ Isabelle Nizet et Florian Meyer, professeurs à la Faculté d’éducation de Sherbrooke au Québec  (Canada),qui ont testé cette démarche pédagogique. L’expérience a duré 3 semaines. Voici le constat d'Isabelle Nizet : " Par la qualité des travaux des étudiants, j’ai vraiment senti une amélioration de leur autonomie. C’est sûr qu’il y a eu des gains et qu’ils se traduisent dans leur réussite, surtout du point de vue des apprentissages pratiques, car la base conceptuelle était plus solide ", dit Isabelle Nizet. Leur intérêt s’est déplacé de " ce que je vais gagner avec des points " à  "voilà ce que j’ai gagné dans mon processus d’apprentissage ".

Illustration  racorn, Shutterstock.com

Références

Lozac'h, Anthony. "Quand Des Professeurs D’histoire-géographie Renversent Leur Classe 2/2 | L'ÉCOLE DE DEMAIN." L'E‰COLE DE DEMAIN. Date de publication 31 janvier 2013. https://ecolededemain.wordpress.com/2013/01/31/quand-des-professeurs-dhistoire-geographie-renversent-leur-classe-22/.

Saïdi, Sarah. "Réfléchir Avant D’inverser La Classe - Faculté D'éducation." Université De Sherbrooke. Date de publication 22 avril 2014. http://www.usherbrooke.ca/education/accueil/nouvelles/affiche/article/25355/#.U1kCXabETl4.twitter.

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