Articles

Les espèces souterraines au service de la pédagogie

Les milieux méconnus comme révélateur d'adaptation

Par Julie Trevily , le 09 mars 2015 | Dernière mise à jour de l'article le 08 avril 2015

Protée Anguillard (troglobie)

Si l'étude de certaines espèces vivantes est facile à réaliser, d'autres sont en position bien moins évidente. Dans leur cas, elle nécessite des méthodes et installations complexes et fortement consommatrices en enthousiasme et en temps.

La Terre recèle de nombreux trésors dont un certain nombre ont déjà été étudiés, notamment en surface. En revanche, certains de ses secrets persistent dans ses profondeurs et ses abysses. Leur étude s'avère intéressante pour la pédagogie autant que pour la science.

La biospéologie, une science récente

Même si les premiers spécimens de créatures des sous-sols sont remarqués dès le 17ème siècle, ils ne sont guère étudiés dans un premier temps. Les vertébrés cavernicoles sont notamment complexes à observer compte-tenu des spécificités de leur milieu. Au XXème siècle, les choses changent. Le professeur Jeannel et son ami océanographe Racovitza créent le premier institut de biospéléologie en 1948. Le terme va rapidement se raccourcir pour devenir biospéologie, plus agréable à l'oreille. D'autres chercheurs vont ensuite renforcer les connaissances au travers de multiples sujets d'expérimentation et d'observation sur les espèces des profondeurs, mettant en place des laboratoires souterrains, nécessaires pour maintenir les conditions naturelles. Il existe plusieurs de ces grottes-laboratoires dans le monde et en France, notamment dans le Jura et en Ariège, à Moulis.  

Les espèces cavernicoles

La diversité de la faune et de la flore souterraines sont véritablement étonnantes et de nombreux chercheurs y consacrent leur vie, amassant des informations variées. Les études autour des grottes ont ainsi révélé qu'il n'y a pas moins de trois classes d'animaux sous nos pieds. Nous en croisons certaines tandis que d'autres nous sont totalement étrangères.

La première classe nous est partiellement familière puisqu'elle concerne les trogloxènes, dont les ours et les chauve-souris font partie. Ces espèces sont de celles qui utilisent les conditions spécifiques des grottes et souterrains pour survivre à certaines périodes de leur vie. Ainsi, un ours pourra hiberner dans des conditions idéales là où il mourrait à la surface pendant l'hiver, privé de chaleur et de moyens de subsistance.

La seconde classe renvoie aux troglophiles, nés pour vivre dans les profondeurs: ils ne font pas qu'hiberner, avec des fonctions vitales ralenties, ils sont actifs en toutes saisons. Ils vivent sous terre à tout moment et peuvent survivre temporairement à l'extérieur. Ils ressemblent beaucoup à leurs cousins trogloxènes, sans modification physique extérieure apparente. Ce sont des intermédiaires entre les deux classes extrêmes : ils disposent des avantages des deux autres.

La dernière classe est celle des troglobies, celle des animaux souterrains en permanence. Ils ont subis de fortes mutations physiques pour s'adapter aux conditions d'obscurité et d'hygrométrie si particulières. Le protée anguillard en est un spécimen assez connu et déjà longuement étudié. Leur survie à l'extérieur est très réduite. Leur étude nécessite donc la création des grottes laboratoires qui reproduisent leur milieu naturel pour faciliter les observations. Nombre d'entre eux n'ont ainsi plus d'yeux ou de pigmentation, puisque la lumière est totalement absente. Ils laissent encore de nombreuses questions en suspens. 

L'intérêt pédagogique des animaux cavernicoles

Outre l'intérêt scientifique lié aux espèces cavernicoles, il en existe un autre du point de vue de la pédagogie. Ces espèces, prises dans l'environnement global des trois classes, démontrent d'une part l'adaptation des espèces, et d'autre part posent des questions sur la biodiversité.

Ainsi, s'intéresser à l'environnement dans lequel ils vivent permet aux apprenants de mieux comprendre les interaction d'un individu avec son milieu, ainsi que les conséquences génétiques qui peuvent en découler. Qu'il s'agisse des modifications biologiques pour la survie de l'espèce dans les profondeurs (ou au contraire à la surface) ou bien l'importance de déplacer le laboratoire dans le milieu ad hoc, la biospéologie propose des problématiques constructives de la vie en société.

Chercher dans l'inconnu, le caché, dans des conditions totalement différentes de celle de la vie de sa propre espèce pousse l'homme à se souvenir qu'il faut respecter l'autre pour mieux le comprendre et en tirer des informations pouvant se révéler fondamentales pour l'avenir de la planète.

Enfin, c'est la preuve qu'il ne faut pas se fier aux apparences et que des conditions hostiles ne signifient pas qu'il n'existe pas de vie. C'est d'ailleurs la philosophie qui pousse d'autres chercheurs à examiner les autres planètes du système solaire à la recherche d'éléments révélateurs de traces de vie.  

Crédit photo Guillaume Olivier CNRS-Moulis

Ressources

Futura Magazine : le protée anguillard 
http://www.futura-sciences.com/magazines/nature/infos/dico/d/zoologie-protee-anguillard-7491/

Jura spéléo, le site des spéléologues jurassiens 
http://juraspeleo.ffspeleo.fr/accueil.htm

La station d'écologie expérimentale de Moulis 
http://www.ecoex-moulis.cnrs.fr/spip.php?article111

Avez-vous apprécié cette page?

Voir plus d'articles de cet auteur

Accédez à des services exclusifs gratuitement

Inscrivez-vous et recevez des infolettres sur :

De plus, indexez vos ressources préférées dans vos propres dossiers et retrouvez votre historique de consultation.

M’abonner
Je suis déja abonné