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Les nouveaux espaces «underground»

Au delà de la surveillance, la confiance.

Par Denys Lamontagne , le 09 mars 2015 | Dernière mise à jour de l'article le 18 mai 2016

Quand une personne se perçoit ou est perçue comme différente, elle n’obtient habituellement aucune réelle compréhension ni soutien dans son milieu. Il ne lui reste qu’à se faire discrète et trouver ailleurs les conditions de son épanouissement.

Combien d’artistes n’ont pu s’exprimer sans retenue que dans des endroits où les conventions sont autres. L’«underground» n’est pas un endroit sans règles, on y applique plutôt des règles différentes sans les risques de déplaire aux éteignoirs bien pensants.

Des catacombes aux sous-sols de bistrots, les espaces «underground» ont toujours existé. Même en science, l’underground est présent. Galilé, Kepler et bien d’autres ont travaillé discrètement, tout comme d’autres aujourd’hui, loin des espaces officiels ; rien de tel pour terminer abruptement une carrière que de s’éloigner un peu trop des courants communément admis.

De l’air !

Aujourd’hui la surveillance est décuplée, la détection est devenue hypersensible et l’analyse de données permet d’identifier des éléments précis autrefois imperceptibles. Les espaces «undergound» changent de forme. À tout vouloir contrôler, il ne reste finalement que des espaces invisibles pour ceux qui ont besoin d’explorer sans avoir à supporter les critères de normalité ou les limites de fonctionnement convenues.

Du fait des réseaux sociaux, ce qui est underground ne le reste maintenant jamais très longtemps. En réponse, se créent des espaces/événements éphémères, dont le lieu ou l’activité ne sont connus que quelques heures avant leur tenue, ce qui contribue à leur attrait et en limite la portée officielle tout à la fois. Musique indie, création artistique et même commerce éphémère (pop up stores) obéissent à la même logique de l’imprévisibilité dans un monde hypernormé.

Mais ceci n’est plus qu’un reliquat de l’underground de nos parents. Le véritable underground se situe aujourd’hui sur Internet. L’Internet sombre (DarkNet) en est une manifestation. Les médias le décrivent comme un monstre hideux comprenant à peu près tout ce qui peut être considéré comme illégal, subversif ou dangereux.

Mais si ces aspects existent, ils n’en sont qu’une partie, l’autre partie, en croissance, est celle des communications «entre pairs», à l’abri de la surveillance étatique, commerciale, sociale, institutionnelle ou autre et des risques réels ou supposés qu’ils représentent dans une société paranoïde.

À l’école

L’école vise à former de bons citoyens. Pour certains «bons citoyens» peut signifier l’équivalent de moutons dociles, que l’on peut tenir dans l’ignorance et exploiter à volonté dans la mesure où ils sont bien guidés, protégés et nourris. Pour les plus éclairés, «bons citoyens» implique des gens en mesure de comprendre les enjeux du contrôle de l’information et capables de défendre certaines valeurs, dont la liberté d’expression, de communication, de mouvement et d’innovation. On peut se faire confiance et on peut créer des espaces de confiance sans avoir à être supervisé, même par un œil bienveillant. L'autonomie et la responsabilité sont à ce prix.

Aussi, il est approprié dans certains contextes de révéler comment se prémunir des indiscrets et comment les données, que les jeunes d’aujourd’hui répandent si généreusement dans Internet, peuvent être utilisées à nos dépends.

Des moyens

Anonymisation et cryptage sont les moyens génériques utilisés dans l’underground Internet. Idéalement, on se sert des deux.

Par exemple, en ce qui concerne les adresses IP, le but à atteindre est de brouiller le chemin emprunté pour le rendre pratiquement intraçable ou à tout le moins éphémère. Comme une vague qui efface les pas sur le sable entre deux marées.

En fait, tout ce qui tendra à pérenniser ou systématiser une connexion peut être considéré comme une tentative de corrompre le système, ce que n’ont pas manqué de faire les gouvernements avec Tor (.onion), un système d’anonymisation du routage.

Voici quelques initiatives systèmes et logiciels à apprendre à utiliser si besoin est.


Freenet
https://freenetproject.org/

GNUNet
https://www.gnunet.org/

I2P (Invisible Internet Project) *
https://geti2p.net/fr/

RetroShare - Communication entre pairs autorisés - Communications cryptées
http://retroshare.sourceforge.net/index_fr.html

Syndie - Forums et communications *
https://www.syndie.de/

Tails - Amnesic Incognito Live System - Système d’exploitation *
https://tails.boum.org/

Tor Browser *
https://www.torproject.org/projects/torbrowser.html.en

BitMessage *
https://bitmessage.ch/

DuckDuckGo - Moteur de recherche neutre *
https://duckduckgo.com/

* Systèmes utilisant Tor.

Illustration : Yentafern  - ShutterStock

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