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Bienvenue chez les zombies!

Découvrez le travail d'un artiste et chercheur, Karim Charredib, sur les zombies au cinéma

Par Evelyne Jardin , le 21 avril 2015 | Dernière mise à jour de l'article le 22 avril 2015

Photo-montage Par Karim Charredib

Des marches aux jeux vidéo en passant par des BD, des séries, des films dont certains devenus cultes comme La Nuit des morts vivants (1968), les zombies sont partout!

Karim Charredib en a même fait un sujet de recherche pour sa thèse en arts et sciences de l'art intitulée "Les zombies et le visible : ce qu'il en reste".

Rencontre avec cet artiste et enseignant-chercheur à l'université Rennes 2.

Thot Cursus : Dans votre thèse, vous montrez que la figure du zombie s'est transformée au cinéma dans les années 60 et avec le film culte de George Romero, La Nuit des morts vivants.

 

Karim Charredib : J'aime attaquer l'histoire du cinéma par les marges, les marginaux, les laissés pour compte. Dans la catégorie des monstres, les zombies forment une sorte de lumpenproletariat. Ce sont des anti héros qui n'ont pas de conscience, à la différence des vampires. Errants, parfois seuls, souvent en groupe, ce sont autant des méchants que des victimes. D'ailleurs, sans conscience, sans morale, peut on être méchant? On les voit tendre leurs bras, contaminant ainsi les humains mais aussi pour être enlacés, à l'image de la petite fille dans La Nuit des morts vivants, qui tend ses bras vers sa mère.

Dans l'histoire du cinéma américain, les zombies apparaissent dans les années trente, et sont présentés selon la tradition vaudou qui fait du zombie un esclave, fascinant à l'époque les Etats-Unis. Puis, dans les années soixante, la représentation des zombies s'émancipe de cette tradition : ils deviennent anthropophages, en même temps que les figures héroïques du cinema défaillent, en pleine période de crise américaine qui caractérise la fin des années soixante et le début des années soixante dix.

Dans ma thèse, je fais le parallèle entre les images d'actualité (comme celles de la guerre du Vietnam) et les images de zombies dans les films de cette époque, par des esthétiques similaires (notamment avec le style documentaire de La Nuit des morts vivants); mais aussi entre les images de zombies et celles des road movies, des films de guerre,  etc. C'est une période où les héros ralentissent, traînent la patte, ne sont plus raccords avec leur environnement ou encore, meurent avant la fin du film. 

Depuis les années 2000, les zombies ont fait leur retour sur grand et petit écrans dans une forme plus moderne : ils sont plus actifs, plus agressifs, plus rapides... à l'image peut être de notre société qui est dans le néo, l'hyper, l'excès,  dont l'excès de consommation. Mais leur façon de mettre à mal les frontières, le communautarisme, les barrières, les portes, interpelle nos tendances à cloisonner de plus en plus, que ce soit des territoires ou des individus. Les zombies, figure emblématique de ce XXIe siècle, sont aussi une figure de la libération, du mouvement. 

Thot Cursus : Votre thèse comporte une partie artistique, comme vos photo-montages d'images de film.

Karim Charredib : Parallèlement à mon travail de recherche, j'ai commencé à créer ces photo-montages. J'ai choisi des scènes de films cultes et j'y ai incrusté des zombies. C'est un travail de réappropriation de scènes cinématographiques en les détournant. Bien sûr, les couleurs, le grain de l'image, le plan doivent correspondre. Au premier plan, tout semble bien aller mais le fond de l'image est envahi par des zombies. Cette juxtaposition crée un trouble et un comique de situation car le personnage principal paraît ignorer ce qui se passe à l'arrière plan.

Exemple de photo-montage avec le film La Mort aux trousses d'Alfred Hitchcock.

Les zombies sont des sortes d'oubliés du cinéma, toujours dans le fond, comme des figurants qui n'ont jamais droit au premier plan. Ils envahissent l'image quasiment toujours par l'arrière plan. J'aime cette idée de révolte de l'arrière-plan, de ceux que l'on confond presque avec le décor, dans le flou de la faible profondeur de champ qui met en valeur les stars. C'est là, il me semble, qu'il y a un projet politique dans les films de zombies, par cette mise à mort de la hiérarchie des plans.

J'ai tenté, dans ma thèse, de tisser une histoire de la représentation de la foule, des masses - premier sujet du sujet d'ailleurs avec La Sortie des usines Lumières en 1895 - à l'aune des films de zombies, comme s'il n'y avait que les morts qui arrivaient encore à se rassembler. Et dans ma pratique artistique, je mets en scène les restes d'une manifestation échouée, morte, corrompue mais, qui continue de se dérouler, de film en film.

Sur Karim Charredib

  • Thèse téléchargeable sur Theses.fr
  • Un blog alimenté pendant sa thèse
  • Ses séries photos sont visibles sur son site : www.karimcharredib.com
  • Les traces d'une installation à la Villa Savoye en 2007
  • Des oeuvres exposées en France, à New York et à Istanbul
  • Une autre interview par David Christoffel sur Radio thésard, France culture Plus

 

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