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L'élève perturbateur : une valeur-ajoutée pour la classe

Eduquer c'est valoriser chacun

Par Nicolas Le Luherne , le 22 mars 2015 | Dernière mise à jour de l'article le 22 avril 2015

L’élève perturbateur, la valeur ajoutée de la classe

Il est intéressant de s’interroger sur la valeur des effets que provoquent les élèves perturbateurs sur leurs performances et celles de la classe. La valeur-ajoutée selon l’INSEE c’est le : « Solde du compte de production. Elle est égale à la valeur de la production diminuée de la consommation intermédiaire ».

Ce serait, dans le cadre de la classe,  la performance globale au regard des stratégies mises en place pour arriver au résultat. Dans un premier temps, il serait aisé de se dire qu’effectivement un élève perturbateur est un frein à la réussite et donc un obstacle à la croissance de la valeur. Cependant, on ne peut se contenter d’une réflexion comptable quand on parle de l’apprenant. La réussite est une valeur portée par la société, que se passe-t-il quand cette valeur semble lui être inaccessible. En effet, la valeur est une norme que la société partage et promeut. Que fait-on quand on ne partage plus l’essentiel ? Notre place est-elle toujours légitime quand on se sent déviant ?

Un équilibre fragile

Un groupe d’apprentissage se compare à une voiture de compétition pour laquelle il est difficile de trouver le bon équilibre, le bon réglage. Il s’agit de valoriser le potentiel en adoptant une démarche prospective: essayer de voir demain en tenant compte d’aujourd’hui. C’est donc inscrire l’élève dans un projet à long terme en relativisant les échecs et en valorisant les victoires du quotidien. Réussir c’est un processus. L’élève difficile permet au formateur de s’interroger sa pratique et donc sur des éléments de résolution de conflit. Mais avant d’en arriver là...

Aux sources du Chaos : le désengagement

L’idée n’est pas, ici, de construire une typologie des sources du « désordre » mais plutôt d’en pointer une en particulier. Dans (Se) Motiver à apprendre, Etienne Bourgeois et Benoît Galand évoquent le problème d’engagement des élèves dans la formation.

« Ce lien étroit entre engagement et performance d’apprentissage engendre souvent une spirale infernale pour l’apprenant : le non-engagement augmente le risque d’échec et l’échec contribue évidemment en retour au désengagement ».

Il n’y a donc pas d’élève difficile mais plutôt un apprenant en difficulté dans une situation complexe à résoudre. Ces obstacles ont des conséquences sur son comportement. Il ne voit plus la valeur de sa présence dans la formation comme sa propre valeur pour la progression de celle-ci. Il se cache derrière cette idée la notion de sens de la présence en classe.

Combattre le non-sens

Les conséquences de ce manque de sens: c’est l’adoption de comportements déviants qui vont de l’inattention, au refus de travail et parfois aux violences physiques comme verbales. Un élève perturbateur c’est d’abord une personne qui souffre, un citoyen qui ne trouve pas sa place. C’est souvent un élève qui se dévalorise, qui ne voit pas tout son potentiel. C’est celui qui va se dire nul.

Il convient donc de faire preuve d’empathie et de bienveillance sans confondre cela avec du laxisme. En effet, la classe est un écosystème dans lequel le vivre ensemble est fragile. Si, ces comportements ont un effet sur l’enseignant, ils en ont un aussi sur le groupe. Par capillarité, les comportements et le malaise peuvent se diffuser. La performance de tous et le « contrat social » sont en danger. C’est pourquoi, il faut restaurer le sentiment de sécurité pédagogique. Comment transformer ce cercle infernal en cercle vertueux ?

L’élève perturbateur un conflit cognitif pour l’enseignant

L’élève qui dysfonctionne nous interroge sur nos pratiques. On peut lire dans Les mots clés de la didactique des sciences :

« Un conflit cognitif se développe lorsqu’apparaît, chez un individu, une contradiction ou une incompatibilité entre ses idées, ses représentations, ses actions. Cette incompatibilité, perçue comme telle ou, au contraire, d’abord inconsciente, devient la source d’une tension qui peut jouer un rôle moteur dans l’élaboration de nouvelles structures cognitives ».

Il convient de réfléchir à une structure pédagogique pour résoudre le conflit. C’est faire appel à nos qualités d’ingénierie pédagogique bien-sûr mais aussi s’appuyer sur nos pairs. Si, je me pose ces questions, mon collègue aussi. C’est là où le travail d’équipe prend tout son sens.

Une solution : l’équipe

En équipe, il s’agit de réfléchir à de nouvelles règles de jeu mais aussi de nouvelles stratégies pour intégrer l’individu au groupe. Il ne s’agit pas de faire rentrer dans le rang mais de montrer à quel point il a tout sa place avec sa différence dans le processus d’apprentissage. La notion de « nudge » prend toute sa place.  Inciter à prendre les bonnes décisions, mettre en place des ruses pédagogiques pour qu’il adhère au projet commun. C’est remettre de l’ordre dans le désordre. Cela passe, parfois, par la sanction mais surtout par la réflexion et l’innovation pédagogiques.

C’est trouver une solution négociée avec ses collègues et explicitée aux participants. Pour faire sens, une formation doit avoir des objectifs, une chronologie, un chemin transparent. Il s’agit de restaurer l’image qu’a de soi l’apprenant mais aussi de l’insérer dans un système de valeurs communes. Savoir où l’on va, comment, pourquoi et au nom de quoi facilitent l’adhésion à un projet d’apprentissage.

Il n’y a pas de recettes magiques

Bien-sûr, rien n’est aussi simple que dans cet article. Il y a des conflits difficilement solubles. Nous sommes dans des interactions sociales et émotionnelles. L’échec existe, les solutions mises en place ne sont pas toujours adaptées. Les élèves tout comme les enseignants ne sont pas des robots. Il n’y a donc pas de solutions miracles, ni de baguette magique. Pourtant, l’élève perturbateur reste une valeur ajoutée pour la classe.

C’est d’abord un talent à exploiter au service de la réussite de tous comme de la sienne. Il oblige l’ensemble de la communauté éducative à s’interroger sur les mesures de résolution du conflit. Pour l’aider, l’équipe bouge les lignes, innove et parfois échoue. Même dans ce cas-là, elle peut espérer une réussite future car d’autres ont surement la solution. Il faut savoir transmettre le témoin à d’autres car l’éducation est une course de relais. C’est le travail de tous qui permet au jeune de grandir et de s’épanouir.

Enfin, l’élève en difficulté est une valeur ajoutée car l’innovation pour l’un bénéficie à tous. Elle permet au formateur de progresser et donc d’avoir des méthodes pédagogiques plus efficientes.

Illustration : Tyler Olson - ShutterStock

Sources

Insee : http://www.insee.fr/fr/methodes/default.asp?page=definitions/valeur-ajoutee.htm

Jean-Pierre Astolfi, Eliane Darot, Hélène Ginsburger-Vogel, Jacques Toussaint, Mots-clés de la didactique des sciences, De Boeck, 2008.

Sous la direction de Benoît Galand et Etienne Bourgeois, (Se) Motiver à apprendre, PUF, 2006.

Richard Thaler, Cass Sunstein, Nudge, La méthode pour inspirer la bonne décision, Vuibert, 2010.  http://www.amazon.fr/gp/product/2266227998

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