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Echanger en petits groupes : vers l'empathie et la complémentarité

Quand les personnalités des uns et des autres se combinent pour augmenter le savoir et la richesse d'un sujet

Par Julie Trevily , le 23 mars 2015 | Dernière mise à jour de l'article le 22 avril 2015

Davantages habitués à communiquer par médias interposés et très sensibles au jugement de l'autre, de nombreux apprenants sont en difficulté lorsqu'il s'agit d'échanger au coeur de la classe. Ces jeunes (ou moins jeunes) ne parviennent pas toujours à trouver leur place dans la dynamique de groupe, ni même à alerter l'enseignant en cas d'incompréhension.

Ils sont paralysés par le poids du groupe, vu comme un danger pour l'amour-propre. Le travail en petits groupes se révèle alors une solution intéressante pour établir un climat plus adapté, ainsi que pour envisager un problème dans sa complexité. Des étudiants en médecine utilisent ce procédé pour augmenter rapidement leurs compétences en la matière.  

Le groupe pour trouver sa place à soi

Il existe plusieurs formules de travail de groupe dont l'apprentissage par pairs est le plus connu. Il s'agit d'un apprentissage qui se construit sans passer par un formateur, à dimension plus verticale dans la transmission du savoir.

Dans ce cadre, il s'agit d'un échange horizontal entre élèves, de niveaux parfois très différents. L'idée est à la fois de développer l'intelligence interpersonnelle et de faciliter la construction du savoir. Nous avons l'habitude d'y recourir par le biais des médias et des forums, mais il est aussi possible de le mettre en place physiquement dans une classe. Dans une séquence d'apprentissage par pairs ou tout autre travail en petit groupe, l'apprenant quitte son statut de spectateur (parfois très passif!) pour devenir acteur de la circulation du savoir.

Les "meilleurs" élèves prennent alors pour quelques instants la place du formateur pour trouver une explication plus en phase avec le fonctionnement du camarade. Se produit alors une double motivation : aider l'autre à intégrer un élément de cours pour l'un, comprendre afin de rendre son partenaire satisfait pour l'autre.

Il est bien sûr important de s'arranger pour que l'élève le plus "faible" de l'activité devienne à son tour expert d'un autre domaine ou d'une autre question. Cela reste assez facile dans la mesure où chacun dispose de ses propres domaines de compétences, y compris hors scolaire. C'est important pour éviter l'écueil majeur, celui de la comparaison qui peut s'avérer gênante pour l'apprentissage du plus faible lorsqu'il s'agit d'un échange uniquement réalisé sur des connaissances supposées identiques. Outre l'aspect purement pédagogique, le travail en petits groupes peut aussi s'avérer rassurant pour les apprenants plus timides ou réservés. Ils y trouvent un nombre de pairs restreint, où la pression du jugement s'avère souvent moins forte, moyennant quelques précautions lors de la constitution de ces derniers.

Le groupe pour écouter l'autre

Il existe de multiples exemples aujourd'hui de situations liées au manque d'écoute ou d'empathie. Travailler en petits groupes disparates est un bon moyen de comprendre que les réflexions les plus globales nécessitent la prise en compte de ceux qui nous entourent. Donner un challenge à chaque entité, achevé par une présentation ou un partage devant la classe, est un moyen très simple de s'assurer de la bonne volonté nécessaire pour l'échange constructif. Pour parvenir à un résultat, il devient nécessaire pour les apprenants de s'entendre : aussi bien en s'organisant autour d'un consensus qu'en écoutant l'autre.

La meilleure manière de mettre en exergue le rôle de l'écoute consiste à laisser chaque groupe travailler à sa manière. Un "debriefing" permettra de tirer les avantages et les défauts de leur pratique pour en extraire des règles de bon fonctionnement, plus facile à intégrer par la suite. Cette approche permet autant de s'ouvrir à l'autre, que de comprendre la complémentarité du groupe. Aussitôt, une relation de respect, de confiance et de bienveillance apparaît au sein de la classe : les autres sont devenus autant de ressources pour avancer qu'ils étaient considérés comme des dangers auparavant. Le fait de changer régulièrement les membres des groupes oblige tous les apprenants à faire des concessions et à apprendre qui qui se cache derrière son partenaire, sans travailler uniquement avec les copains. Il devient par ailleurs plus difficile pour un membre du groupe de se désolidariser de l'effort.

Le groupe pour enrichir un sujet

La prise de conscience des forces et faiblesses des membres du groupe s'avère un atout pour obtenir un travail de recherche complet, quelque soit le niveau d'études. Chacun disposant de sa propre personnalité et de ses filtres culturels, d'une habileté dans un ou plusieurs domaines et d'une capacité plus ou moins grande à organiser le groupe, la collaboration des différents profils renforce la confiance des plus fragiles, diminue la prise de contrôle des plus extravertis et assure une vraie collaboration (même temporaire).

L'ambiance est alors davantage ancrée sur l'écoute et l'empathie grâce au respect de la parole de l'autre. Ce n'est évidemment pas sans effet sur le niveau de la classe, ainsi que sur celui d'énergie du formateur... Cette force de la collaboration, de la co-construction, est utilisée depuis longtemps dans les entreprises qui travaillent dans l'innovation, quelqu'en soit le domaine. Peu à peu, des structures plus petites y ont recourt afin d'élargir leur vision de l'environnement en combinant des spécialités parfois très différentes.

Illustration : alphaspirit - ShutterStock

Références

Apprentissage entre pairs : par nous, pour nous, entre nous  - PedagoForm
http://www.pedagoform-formation-professionnelle.com/article-l-apprentissage-entre-pairs-se-former-entre-nous-par-nous-et-pour-nous-119416809.html

Conflits et apprentissage: régulation des conflits sociocognitifs et apprentissage (Impact de la formation par petits groupes à l'université) Buchs, Céline, Darnon, Céline, Quiamzade, Alain, Mugny, Gabriel. Butera, Fabrizio - Revue Française de Pédagogie.
http://archive-ouverte.unige.ch/unige:15949

L'apprentissage par pairs : quand l'apprenant devient partenaire - Gamra ZENAIDI - Thot Cursus
http://cursus.edu/dossiers-articles/dossiers/15/apprentissage-par-les-pairs/articles/4146/apprendre-par-les-pairs-quand-apprenant

Programmes d’apprentissage en petit groupe basé sur la pratique
Synthèse critique - Eman Zaher
http://www.cfp.ca/content/58/6/e310.full

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