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Apprendre et enseigner le français dans un monde virtuel

De futurs enseignants et des apprenants de FLE plongés dans (une) Second Life

Par Federica Minichiello , le 14 avril 2015 | Dernière mise à jour de l'article le 18 mai 2016

Logo Du Projet Second Life InterCulturel

La dimension sociale des mondes virtuels a vite perdu en intérêt face à la popularité des réseaux sociaux.

Cependant, ces univers évolutifs peuvent révéler des potentialités intéressantes en pédagogie, car ils véhiculent un sentiment d’appartenance : par les avatars, l’espace en trois dimensions, on se sent immergés dans un environnement en évolution qui incite à l’interaction avec les autres.   

Dans sa thèse en didactique des langues et cultures la chercheuse A. Bayle a plongé dans un monde Second Life des futurs enseignants en français langue étrangère (FLE) et des apprenants américains. Elle a étudié, en particulier, comment se construit la relation pédagogique dans cet univers virtuel : voilà l’origine du projet Second Life InterCulturel (SLIC).

Le projet

Le projet SLIC réunit, d’un côté, 14 étudiants français du master professionnel « Didactique des langues et cultures, français langue étrangère et seconde » de l’Université Blaise-Pascal et de l’autre, 21 étudiants américains de la Carnegie Mellon University de Pittsburgh.

Il y a une certaine asymétrie dans la situation de départ. Au-delà d’un écart évident dans la maîtrise de la langue (maternelle pour les uns, niveau B1-B2 pour les autres) il y a aussi une divergence dans les objectifs de formation : l’apprentissage de la culture française et la pratique de l’expression orale pour les apprenants américains, la formation à la didactique du FLE, en particulier la scénarisation pédagogique et les dispositifs de FOAD, pour les futurs enseignants.

Les participants sont répartis en plusieurs groupes, composés à chaque fois de 2 étudiants français et de 2 à 4 étudiants américains. Un rôle d’animateur est prévu pour animer les discussions, gérer les tours de parole dans les séances et coordonner le travail collectif. Cette tâche est réservée aux étudiants français (à tour de rôle), car considérée trop lourde pour les participants américains. 

Le déroulement des séances est imaginé sur la base d’une alternance entre travail individuel et collectif, chaque étape étant composée par une phase préalable de préparation individuelle, une séance de travail collectif dans le monde virtuel et la restitution d’un produit collaboratif sur la plateforme Moodle.  Le scénario pédagogique est structuré en cinq étapes : les « langues » (compléter et présenter un passeport de langues), « l’identité »  (les traits d’identité d’une culture et la notion de stéréotype), « les symboles », « l’actualité » et une phase conclusive de « bilan » du projet.  

Une parenthèse technique

Une partie de la thèse est consacrée aux aspects techniques du projet. Dans le monde Second Life tout est pensé pour faciliter la rencontre des participants. Par exemple, l’environnement propose un espace réunion, un lieu privilégié pour les séances de travail collectif, avec canapés, table basse et toute une offre de services : un bloc-notes collaboratif, la possibilité de glisser-déposer des images etc.  

L’attention est portée aussi sur la spécificité du recueil des données de clavardage et des échanges audio. Si la sauvegarde des communications « texte » est automatique, l'enregistrement audio passe par un avatar-chercheur, dont les capacités de captation dépendent de son emplacement. En cas de difficulté, on peut exploiter plusieurs fonctionnalités techniques : par exemple, dissocier la vue – et le point d’enregistrement - de l’avatar, parcelliser le terrain pour cloisonner le son ou acheter directement dans le marché virtuel un kit caméra ! 

Les conclusions

L’objectif de la thèse était d’étudier comment les participants occupent l’espace virtuel pendant les séances et les interactions langagières, dont A. Bayle propose une analyse très fine. L’audio et le clavardage sont étudiés et quantifiés, en termes de temps et nombre de tours de parole, nombre de mots etc.  On retiendra, par exemple, l’importance du silence, équivalent à presque la moitié de la durée cumulée des cinq séances collectives.

La chercheuse étudie aussi la verbalisation, notamment lors des premiers échanges (la présentation et le passeport des langues). Les étudiants français, par exemple, tendent à se présenter comme  « inscrits en M1 ou M2 FLE » face à des étudiants américains probablement déconcertés par une telle terminologie…
Pour ceux qui voudraient en savoir plus, l’intégralité de ces données est disponible sur l’archive ouverte de l’université dans le corpus d’apprentissage du projet SLIC.

A partir de son analyse, A. Bayle conclut que l’animateur français occupe une place prédominante dans l’ensemble des échanges, dans une sorte de rapport d’autorité qui semble être accepté par tous les étudiants américains. 

Malgré l’absence d’un enseignant les étudiants s’organisent vite dans un schéma hiérarchique et interagissent comme s’ils étaient liés par un contrat didactique implicite, reproduisant un schéma classique enseignant-étudiant, sans pour autant exploiter toutes les potentialités offertes par le monde virtuel.  

Illustration : Présentation du projet SLIC

 

Pour en savoir plus

Aurélie Bayle. La construction de la relation pédagogique à distance. Etude d'un dispositif de télécollaboration au sein d'un monde virtuel pour la formation des enseignants de FLE. Université Blaise Pascal, Clermont Ferrand. Laboratoire de Recherche sur le Langage.
Soutenue en décembre 2014, sous la direction d’Anne-Laure Foucher. (consultée le 09/04/15)

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