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Danser en tout contexte

Les bienfaits de la danse, une exploration mouvante et émouvante.

Par Sandrine Demarthe , le 28 avril 2015 | Dernière mise à jour de l'article le 27 avril 2015

Les apports bénéfiques de la danse pour le bon fonctionnement de notre corps ne sont plus à prouver. Pratiquée avec un entraînement régulier, accessible dès le plus jeune âge, elle permet un travail sur la coordination et la précision des mouvements, une meilleure maîtrise du corps. Elle maintient le muscle cardiaque en bonne condition, assouplit les articulations et stimule la circulation sanguine.

Au-delà des bienfaits physiques, elle permet à chacun d’exprimer sa créativité, d’évacuer angoisses et soucis, de canaliser ses émotions. Elle est un vecteur de cohésion sociale aussi, elle permet de tisser et de resserrer des liens, elle gomme ou au contraire valorise les différences.

Moyen d'expression libre ou encadré et régi par des règles et codes propres à un style particulier, pratiqué en mode individuel ou collectif, il s’intègre dans tous les milieux sociaux, se fait expression d’une identité, et touche toutes les générations.

Ses manifestations sont multiformes : Hip Hop des banlieues consacré sur scène au travers d’initiatives intégrant de jeunes amateurs ou encore tango s’invitant dans les thés dansants et même les maisons de retraite.

La danse et notre cerveau

Les recherches nous apprennent que la danse contribuerait à limiter la dégradation des fonctions intellectuelles liée à l’âge. Une étude réalisée par des chercheurs en neurologie aux États-Unis a permis de constater en effet que, pratiquée assidûment, la danse « diminue de 76 % le risque d’apparition de démence sénile », grâce aux stimulations intellectuelles et aux interactions sociales qu’elle suscite. 

Profitable à tout individu, elle a des incidences également sur notre capacité de mémorisation qu’elle permet d’entraîner par la répétition de gestes dans un ordre défini, tout en améliorant la concentration et les réflexes.

C’est pourquoi elle est un appui précieux dans des contextes très variés.

Danser en milieu médical

La danse s’introduit de plus en plus dans l’univers médical. Elle serait capable de réduire les sensations de vertige ou encore les phénomènes de dépression

Parce qu’elle permet aux patients souffrant de troubles de l’équilibre de se réapproprier leur corps, une collaboration s’est ainsi nouée entre la danseuse Milena Gilabert et le service de Médecine Physique et de Réadaptation de Reims. La danseuse mène depuis 2012, au CHU, des ateliers de pratique du mouvement. Elle 

« n’est pas venue comme quelqu’un de soignant mais elle a donné aux personnes la possibilité d’avoir une expression, un plaisir oublié avec leur corps »,

souligne le docteur Edwin Regrain, praticien hospitalier spécialisé dans les troubles de l’équilibre.

Danser en milieu scolaire

Dans son article paru dans la revue Animation et Éducation de l’OCCE et consacré à la danse à l’école, Anne Sachs explique comment le « danser ensemble convoque des aventures qui développent l’empathie : capacité de ressentir ce qu’éprouve l’autre, de communiquer avec l’autre ». Elle souligne la nécessité d’en développer la pratique, à condition toutefois « d’être dans l’incertitude accueillante de ce qui va arriver », au-delà de « méthodes didactiques préétablies ».

En éducation spécialisée, la danse s’exerce par exemple à travers des jeux d’imitation qui « visent à entrer dans une communication la plus ajustée possible ». Pour des élèves ayant des « difficultés de comportement qui vont de l’inhibition à l’adaptation », et dont les manifestations corporelles se font le reflet, elle est un médium qui permet à l’imaginaire de s’exprimer librement. Le jeu des contraires permettra ainsi à « l’enfant d’accepter ses tendances contradictoires, faces d’une même pulsion », explique Jacqueline Raulo dans son dossier publié sur le site Recherches et Éducations.

La danse peut se révéler dans sa dimension libératrice quand elle ouvre de nouveaux horizons à des adolescents « fâchés » avec le système scolaire. Leur offrant une meilleure image d’eux-mêmes, elle devient le catalyseur d’énergies auparavant vouées à la dissolution.

Depuis septembre 2013, la Mission de Lutte contre le Décrochage Scolaire de Bourg-en-Bresse œuvre dans ce sens avec le danseur-chorégraphe Fred Bendongué. À travers un atelier de Hip Hop, celui-ci tente de « transmettre des valeurs positives, d’aider l’élève à se structurer, à comprendre que les obstacles sont des défis à relever. (Il s’agit de) canaliser la violence et (de) la transformer en création (…) » en partageant un même langage.

Les partenaires et acteurs de ce projet s’accordent tous sur les objectifs qu’ils souhaitent atteindre : la reprise de confiance en soi et en les autres, l’estime de soi, le travail en groupe, le goût de l’effort, le vivre-ensemble, le respect, la persévérance. Un ensemble de valeurs et d’exigences qui concourent à une meilleure relation à soi, aux autres, au monde, à un un mieux-être en somme.

Quand les laboratoires de recherche s’en mêlent

Des manifestations et des événements offrent des temps et des espaces de recherche qui apportent une dimension théorique à ces diverses expériences dont on ne trouvera ici qu’un infime aperçu. 

Le labodanse, « incubateur de recherche interactive en danse, neuroscience cognitive et nouvelles technologies » s’applique ainsi à étudier « les interactions interindividuelles en mettant en avant la dimension intersubjective de la danse ». Il est le lieu d’une « collaboration innovante entre des chercheurs en neurosciences cognitives, un chorégraphe et des spécialistes en interaction homme-machine » autour d’un « projet de recherche interdisciplinaire réunissant la danse, les neurosciences et les sciences humaines (…) afin d’étudier les processus cognitifs qui sous-tendent la production et la réception de la danse (…) via l’élaboration d’une plate-forme partagée destinée au développement en ligne de mesures physiologiques et neurophysiologiques des interactions danseur-danseur, danseur-chorégraphe et danseur-spectateur ».

Les rencontres dansessciences soutenues notamment par l’Institut du cerveau et de la moelle épinière et le Centre National de la Danse se déroulent un jeudi par mois au CND à Pantin. Elles sont « fondées sur l’idée que la danse et les neurosciences cognitives peuvent s’enrichir mutuellement ». 

Cette approche récente est pourtant essentielle, comme on peut le lire sur la page du site consacrée à la présentation des différents thèmes des rencontres :

« c’est seulement dans la dernière décennie que les scientifiques ont  découvert  que la danse constitue un sujet d’investigation d’une grande valeur ».

Parce qu’elle est  « multifonctionnelle (elle conjugue une activité physique, un lien social, l’expression d’émotions, la transmission de valeurs) », elle représente pour la science « un système fortement développé, offrant de nombreuses possibilités pour étudier le cerveau humain et le comportement en contexte social ». 

 

Nul besoin en tous les cas d’étude pour ressentir les bienfaits de cette pratique ancestrale, il suffit d’écouter les refrains d’aujourd’hui ou les rengaines d’autrefois pour se détendre, et parfois même se mettre en joie, juste avec quelques petits pas de danse ! 

Illustration : Remyyy, Licence CC, Flickr, et la vidéo ici

Références :

« Danser et chanter pour mieux vieillir », Denis Sergent, la-croix.com
http://www.la-croix.com/Culture/Actualite/Danser-et-chanter-pour-mieux-vieillir-2014-06-14-1164483

« Leisure activities and the risk of dementia in the elderly”, the New England journal of medicine,
http://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa022252#t=articleResults

« De la danse à l’hôpital », sur le site du Manège de Reims, scène nationale,
http://www.manegedereims.com/une-maison/ici-cest-comme-ca/quand-la-danse-sinvite-en-reeducation

« Quand la danse s’invite en rééducation », partenariat artistique entre le manège de Reims et le CHU,
http://www.manegedereims.com/media/reims/20-quand_la_danse_s_invite_en_r_ducation.pdf

« Arts de la scène : entrer en danse », Animation et Éducation, revue pédagogique de l’Office Central de la Coopération à l’École,
http://animeduc.occe.coop/spip.php?page=presentation_revue&id=223

« Maux parlés ou le corps en rééducation », Jacqueline Raulo, Recherches et Éducations, revue généraliste de recherches en éducation et formation,
http://rechercheseducations.revues.org/303#tocto2n4

« Séances de Hip Hop , les élèves de MLDS ont bénéficié d’une semaine de regroupement autour du Hip Hop », sur le site du lycée Marcelle Pardé, à Bourg-en-Bresse,
http://www.marcelleparde.fr/seance-de-hip-hop

Le labodanse, incubateur de recherche interactive en danse, neuroscience cognitive et nouvelles technologies,
http://labodanse.org/


          


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