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Que veulent les petits malades imaginaires?

Derrière leur comédie, les enfants qui simulent des maux cherchent à exprimer quelque chose...

Par Alexandre Roberge , le 03 mai 2015 | Dernière mise à jour de l'article le 12 mai 2015

Le monde tourne et évolue. Les modes changent, la technologie s'améliore et les découvertes scientifiques se succèdent sans pause. Et pourtant, que ce soit en 1965, en 1985 ou en 2015, les enfants continuent de simuler des maux pour éviter d'aller à la garderie ou à l'école. Une tendance qui, nous pouvons l'affirmer sans trop nous tromper, se poursuivra aussi dans les années à venir.

Cette tentative de manipulation classique part d'une idée simple : leurs parents qui les aiment plus que tout n'auront tout de même pas l'audace de les envoyer en classe avec un mal de ventre, une nausée ou une douleur dans les oreilles. Ça ne leur ressemblerait pas… Ce « chantage » peut amuser ou fâcher les parents. Pourtant, il n'est jamais sans raison. En fait, les adultes devraient peut-être porter un peu plus attention et aller au-delà de la prestation de leurs petits comédiens qui interprètent des malades imaginaires.

L'expression d'un malaise

Pas besoin d'être docteur pour faire la distinction entre réel problème de santé et un bobo imaginaire. Normalement, un mal véritable chez un enfant se manifeste par l'apparition de plusieurs symptômes à la fois. Le malaise imaginé est bien souvent très localisé – après tout, l'enfant doit pouvoir « guérir » rapidement – et il a aussi tendance à apparaître lors de situations très précises comme avant d'aller à l'école, de faire une corvée, de se mettre au lit, etc.

Ces troubles sont, la plupart du temps, une façon pour les jeunes enfants d'exprimer un sentiment qu'ils n'arrivent pas eux-mêmes à décrire. Ça peut être, par exemple, l'angoisse de la séparation parentale ou de la peine par rapport à un divorce ou un déménagement récent. Ne trouvant pas le vocable approprié, l'enfant y va du langage universel de la douleur physique qu'il connaît depuis qu'il est bébé. Il sait que manifester une souffrance attirera de la sympathie et de l'attention.

Et puis, il y a des symptômes réels qui sont causés par de la somatisation. L'enfant qui angoisse à l'idée de faire un exposé oral la journée même se retrouvera soudainement avec un haut-le-coeur important. C'est donc dans ces moments que le parent a le devoir de parler avec lui pour comprendre ce qui se passe, lui faire exprimer ce qu'il ressent et le rassurer et l'encourager.

Il arrive aussi, surtout chez les plus petits, que ce type d'interprétation ne soit qu'un moyen pour obtenir ce qu'ils veulent (privilège, congé, etc.). À manipulateur, manipulateur et demi se disent alors certains parents. Ceux-ci déclareront à leurs petites têtes blondes que puisqu'ils sont malades, ils ne peuvent pas regarder la télé ou jouer dehors et doivent par conséquent se coucher. En général, cette approche guérit « miraculeusement » plusieurs de ces imaginations fécondes. Il y a aussi certains enfants qui imitent les parents qui se plaignent souvent de maux divers à voix haute devant eux. Une façon pour eux « d'accompagner » leur papa et leur maman dans leurs malaises physiques.

Une vraie maladie qui en provoque des fausses

Et il faut faire attention avant de toujours crier à la supercherie des malades imaginaires. Comme nous le disions plus tôt, ces « symptômes » sont des façons de communiquer un malaise psychologique. Et dans certains cas, il peut s'agir d'un mal profond sur lequel les experts commencent tout juste à comprendre : la phobie scolaire.

En effet, il existe des enfants et adolescents pour qui l'école cause une angoisse immense. Ils ont peur du professeur, d'être grondés, d'avoir de mauvaises notes, d'être ridiculisés par les élèves, d'être harcelés, etc. Bref, l'espace scolaire les terrifie. Selon cet organisme dédié à cette phobie, 1 % à 5 % des enfants occidentaux scolarisés serait atteint de cette phobie. Évidemment, cela se manifeste vite par des affections somatiques, l'enfant n'étant souvent même pas capable d'identifier qu'il s'agit d'une peur pure et simple de l'école. Plusieurs d'entre eux qui en souffrent vont aussi, tout en sachant qu'ils vont physiquement bien, s'inventer des maux pour ne pas y aller. Cette blogueuse de 22 ans décrit très bien son sentiment phobique qui a grandi au fil du temps.

Cela peut se manifester dès le début comme en plein milieu d'un parcours scolaire. Le travail des psychologues est donc de chercher les causes de cette phobie (angoisse de séparation, événement traumatisant à l'école, etc.) et de la soulager par diverses approches thérapeutiques. Il n'y a pas encore de réel traitement officiel, heureusement, le phénomène est de plus en plus reconnu, particulièrement grâce aux témoignages des parents d'élèves et anciens phobiques. Ceux-ci désirent que cette peur soit mieux diagnostiqué et que les traitements soient améliorés afin que l'école cesse d'être un calvaire pour ces enfants.

Derrière les bobos imaginaires, il y a majoritairement une raison cachée. Bien souvent, leur malaise ne veut pas un caprice ou une paresse, mais plutôt un problème qu'ils n'arrivent pas à exprimer. Les adultes autour d'eux ont donc tout intérêt à prendre un peu de temps et tenter de comprendre ce qui se cache réellement derrière un soudain mal de ventre.

Illustration : maxim ibragimov, shutterstock

Références :

Berland, Lucile. "Phobies Scolaires : Comment S’y Attaquer ?" Le Monde.fr. Dernière mise à jour : 15 septembre 2014. http://www.lemonde.fr/ecole-primaire-et-secondaire/article/2014/09/15/phobies-scolaires-comment-s-y-attaquer_4487726_1473688.html.

Bourassa, Marie-Ève. "Les Enfants Qui Font Semblant." Mamanpourlavie. Dernière mise à jour : 5 janvier 2015. http://www.mamanpourlavie.com/enfant/3-a-5-ans/psycho/relations-avec-les-autres/10537-les-enfants-qui-font-semblant.thtml.

Bourque, Solène. "Les Petits Malades Imaginaires." Mamanpourlavie. Dernière mise à jour : 3 avril 2011. http://www.mamanpourlavie.com/sante/psycho/enfants/2831-les-petits-malades-imaginaires.thtml.

Phobie Scolaire. Consulted le 28 avril 2015. http://www.phobiescolaire.org/.

""Tu N'es Pas Malade, Retourne En Cours" ... Phobie Scolaire, Une Maladie ? Voici Mon Histoire." Tendrement ... Moi. Dernière mise à jour : 14 juin 2014. http://tendrement-moi.blogspot.ca/2014/06/tu-nes-pas-malade-retourne-en-cours.html.

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