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Du positif dans le changement

La technologie vecteur de changement positif

Par Sandrine Demarthe , le 19 mai 2015 | Dernière mise à jour de l'article le 18 mai 2015

L’existence est mouvement et changement, nous rappelle Henri Bergson. Dans une conférence, qu’il donna à l’université d’Oxford en 1911 (intitulée La perception du changement et publiée en 1934 dans le recueil La pensée et le mouvant), il affirme en effet qu’il « n’y a jamais d’immobilité véritable, si nous entendons par là une absence de mouvement ».

Pour lui « le mouvement est la réalité même » et « la réalité est la mobilité même ». «Le changement est continuel en nous (…) et aussi dans les choses », « le passé fait corps avec le présent et crée sans cesse avec lui quelque chose d’absolument nouveau ». Pour ce qui concerne notre propre histoire personnelle, « nous choisissons en réalité sans cesse et sans cesse aussi nous abandonnons beaucoup de choses », écrit-il aussi en 1907 dans l’Évolution créatrice. « Il y a simplement le mouvement général de la vie, lequel crée, sur des lignes divergentes, des formes toujours nouvelles ». 

Suivre le mouvement ou résister ?

Si l’on adhère à ce constat, il nous paraîtra alors bien inutile de résister d’une manière ou d’une autre. Le monde en perpétuel mouvement, son impermanence (caractéristique propre à l’existence, pour la philosophie bouddhiste, qui affirme que toute chose est constamment en train de changer et qui s’applique également à la vie mentale) doivent nous forcer à admettre qu’il est un courant contre lequel on ne pourra pas lutter. Le changement est inéluctable, il ne revêt certes pas toujours les attributs que nous souhaiterions, il peut prendre des tournures peu agréables, voire malheureuses, mais justement parce qu’il est, nous ne sommes pas prisonniers d’un état. Et tous les possibles sont alors envisageables.

Quand certains portent un regard alarmiste sur l’évolution du monde et se défient des avancées technologiques qui l’accompagnent, des expériences et des témoignages confèrent au contraire à la technologie une dimension constructive et permettent de l’envisager comme un vecteur de changement positif.

Nouveaux comportements, nouvelles approches

Les technologies induisent de nouveaux comportements sociaux. Et certains observateurs s’effraient de l’invasion d’un monde virtuel qui changerait la nature de nos échanges et notre approche de l’information. Il semblerait que nous nous éloignons de l’humain, absorbés par l’usage de nos machines. 

Pourtant, loin de réduire les échanges à des liens purement virtuels, l’usage des technologies numériques « développe les capacités à établir des contacts et le désir d’échanger », explique une enseignante en Sciences économiques sur son blog, support de ressources pour ses élèves. 

Isolement social : pas de changement !

En effet, selon une étude conduite par des chercheurs en Pennsylvanie, il y a déjà quelques années (en 2009), les technologies du numérique permettraient de « maintenir des relations de proximité, mais aussi à distance », que ce soit à travers l’utilisation des messageries ou des réseaux sociaux, et elles contribueraient à élargir et à diversifier les réseaux de contacts de chacun des utilisateurs. Les auteurs de l’étude soulignent qu’elles n’aggravent ainsi en rien l’isolement social « dont l’étendue n’a pas changé par rapport à 1985 », à une époque où le grand public n’avait pas accès à internet et où les téléphones portables ne comptaient pas parmi nos outils indispensables.

De la même manière, les technologies numériques suscitent de nouveaux rapports à l’écriture. Alors que certains anxieux s’inquiètent, une fois de plus, d’un (présumé) manque de maîtrise de la langue écrite lié à la production d’énoncés dans un style abrégé ne respectant pas les règles d’usage, d’orthographe et de grammaire, d’autres au contraire font valoir la multiplicité des situations d’écriture auxquelles les jeunes (et moins jeunes d’ailleurs) sont aujourd’hui confrontés : mails, messageries instantanées, blogs, forums, réseaux sociaux sont autant d’occasions de formuler sa pensée et de mettre en pratique, dans des contextes variés, un maniement des différents registres de la langue, en s’adaptant à son lectorat du moment.

Technologie et changement positif

Ce sont bien les avantages que l’on peut tirer d’un usage des technologies dites nouvelles et les perspectives encourageantes et favorables qu’elles laissent entrevoir que révèlent des initiatives telles que celles de l’organisme international Plan dont l’origine remonte à 1937, à l’époque de la guerre civile en Espagne. 

Depuis sa création, Plan « œuvre pour apporter aux enfants les compétences et les connaissances nécessaires pour améliorer leurs vies et leur permettre de se construire un avenir meilleur ». L’organisme « s’affaire à aider les communautés à intensifier l’accès à l’information » pour une meilleure compréhension des droits.

Une de ses actions en Ouganda vise ainsi à promouvoir l’éducation permanente, par une amélioration de « l’environnement de l’apprentissage et des taux d’inscription des enfants défavorisés à l’école », ainsi qu’un renforcement de « l’accès à l’éducation et (de) la qualité de l’enseignement ».

Les parents sont « invités à participer activement à la vie de leurs enfants à l’école, en utilisant des téléphones cellulaires ». Il s’agit de les impliquer davantage dans l’éducation de leurs enfants en les informant par un « système simple de messages texte » leur rendant compte de « l’environnement éducationnel de leurs enfants, (de) l’assiduité des enseignants et (du) rendement des élèves ».

Par ailleurs, Plan a développé des actions dans d’autres pays : ce même système d’information (par le biais de téléphones cellulaires) a été utilisé, auprès des populations du Sénégal, pour délivrer des conseils de soin de santé adaptés.

L’organisation a permis également le développement, au Kenya, d’une application publique en ligne pour informer les jeunes des nouvelles et des activités qui ont lieu dans leur communauté.

De nombreux champs d’application

On peut lire ici et là des articles titrant sur le changement et les bouleversements qu’engendrent déjà ou entraîneront bientôt les « technologies du futur » qui pénètrent des domaines très divers : monde médical, écologie et développement durable, communication,… 

On évoquera ainsi les recherches de laboratoires qui travaillent à la maîtrise de l’énergie atmosphérique, les avancées dans le domaine des nanotechnologies (comme les recherches de Nanobiotix, société de nanomédecine spécialisée en radiothérapie, qui permettraient des traitements plus ciblés, moins invasifs et plus efficaces), la réalité augmentée au service d’une information enrichie, accessible en temps réel et partageable, le carburant solaire, le transfert d’énergie sans fil, et bien d’autres découvertes encore.

Autant de changements qui interviennent dans notre environnement et qui se traduisent par de nouvelles approches, de nouveaux moyens techniques, de nouveaux matériaux qui peuvent, au-delà d’un impact économique non négligeable, concourir à améliorer les conditions de vie et de travail. Si l’on veille bien à développer la formation puisque la nature même des emplois devrait s’en trouver bouleversée, alerte Philippe Vion-Dury dans son article paru en juin 2013 sur Rue 89. 

De nouvelles compétences devront certes être développées mais une autre approche du travail et du rôle du citoyen sera également à définir, afin que les richesses et les avantages économiques ainsi produits ne soient pas confisqués par une poignée d’élites.

Vers une « révolution positive » ?

C’est sur ce thème que la revue du Cube (centre de création numérique) a organisé un débat le 12 mai dernier : il fut le lieu d’échanges et d’interventions d’acteurs du monde du numérique et de l’innovation au sujet de la « révolution positive ». 

Dans son édito du mois de mai, Nils Aziosmanoff, président du Cube, aborde cette inquiétude quant à l’émergence d’une « hyperélite maîtrisant les hautes technologies (qui) pourrait concentrer toutes les richesses et faire fonctionner les principaux rouages de la société », tout en soulignant « les gains d’opportunité » que créent les plates-formes numériques en « s’adressant à des milliards d’individus », où « la multitude connectée devient le premier producteur de la richesse créée ». Et il ajoute : « le nouveau paradigme économique du 21ème siècle nous fait passer de la production pour les masses à la production par les masses ». 

Croisant les réflexions de Jérémy Rifkin, Jacques Attali ou Pierre Rabhi,…, il convoque alors une vision plus positive, celle de ceux qui « misent sur les potentialités du numérique pour imaginer une société productrice de valeur sociale forte (…) (dotée de) modèles de consommation où l’usage prime sur la propriété et renouvelle les formes de solidarité » et où résonnent des expressions telles que « dynamiques participatives », « économie positive », « intercréativité » et « partage ».

Ainsi plutôt que lutter et nager à contre-courant, chacun de nous aura la possibilité d’« emprunter » le monde en marche et de contribuer à lui donner, par son engagement et un esprit toujours en veille, la meilleure orientation possible… 

Illustration : Erwan Guerin, licence CC, Flickr

 

Références :

 « La perception du changement », conférence de Henri  Bergson, Oxford 1911
http://fr.wikisource.org/wiki/La_Perception_du_changement/Texte_entier

« Les nouvelles technologies à l’origine du changement social… »,  blog de Lucile Ketchedji-Dubrion
http://blogdeketch.blogspot.fr/2010/09/les-nouvelles-technologies-lorigine-du.html

« Les nouvelles technologies favorisent-elles le lien social ? », lemonde.fr, 2009
http://www.lemonde.fr/technologies/article/2009/11/05/les-nouvelles-technologies-favorisent-elles-le-lien-social_1263121_651865.html#xtor=RSS-3208

« Social isolation and new technology – How the internet and mobile phones impact Americans’ social networks », November 2009
http://www.pewinternet.org/2009/11/04/social-isolation-and-new-technology/

« Écrire « sms » ne nuit pas à l’orthographe », le blog de l’équipe « éducation » du Monde, Aurélie Colas, 19/03/2014
http://lemonde-educ.blog.lemonde.fr/2014/03/19/ecrire-sms-ne-nuit-pas-a-lorthographe/

« La technologie pour un changement positif », Plan, organisation internationale de développement
http://plancanada.ca/page.aspx?pid=4861

« Les 9 technologies du futur qui vont changer le monde », Up’magazine, l’innovation pour défi
http://up-magazine.info/index.php/auteurs-et-contributeurs/140-archives-rubriques/archives-mutations/954-les-neuf-technologies-du-futur-qui-vont-changer-le-monde

« 12 technologies qui vont changer le monde (et tuer l’emploi) », Philippe Vion-Dury, Rue 89, 23/06/2013
http://rue89.nouvelobs.com/rue89-eco/2013/06/20/12-technologies-changeront-monde-mettront-beaucoup-gens-chomage-243522

« Révolution positive », édito de Nils Aziosmanoff, la revue du Cube, mai 2015
http://www.cuberevue.com/revolution-positive/3897

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