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Tourisme et changement climatique, coupable et victime

Quel est l'impact du changement climatique sur le tourisme, s'interroge Ghislain Dubois dans sa thèse de doctorat en économie.

Par Evelyne Jardin , le 19 mai 2015 | Dernière mise à jour de l'article le 17 juin 2015

Ghislain Dubois

Ghislain Dubois investit très tôt la question des relations entre le tourisme et le changement climatique, ses travaux de recherche démarrent fin 1990.

Ainsi sa thèse de doctorat présentée sous la forme d'une compilation raisonnée de travaux retrace les évolutions méthodologiques, épistémologiques et prospectivistes de ce champ de recherche quasiment né sous ses yeux.

Le tourisme, au banc des accusés

(...) la critique environnementale de cette activité s’est longtemps cantonnée aux effets les pus visibles du tourisme (le tourisme « dévoreur de paysages »), avec deux caractéristiques :

- une mise en avant uniquement des impacts locaux du tourisme, dans la destination ;

- un poids des symboles et des images (le tourisme «volant » l’eau des locaux, le golf comme représentant l’affichage d’un luxe choquant), très marquant, avec l’affirmation de positions de principe souvent préjudiciables a une analyse raisonnée des impacts (citation page 8)

La critique environnementale portée sur le tourisme se doublait parfois d'une critique néo-colonialiste : les touristes étaient accusés de "déflorer" les populations locales, par exemple. Il faut attendre les résultats des travaux pilotés par l'Institut français de l'environnement (Ifen) pour avoir un diagnostic complet de l'impact environnemental du tourisme en France. Nous sommes en 20001. Ce rapport comporte les premières estimations des émissions de gaz à effet de serre des transports routiers et aériens liés au tourisme. Il donne naissance à des indicateurs médiatisés tel celui des émissions à effet de serre générés par une famille de 4 personnes voyageant de Paris à Nice avec des modes de transport différents.

Quittant le rapport univoque réducteur, la relation à double sens entre tourisme et changement climatique est aussi soulignée dans ce rapport. D'impact, le tourisme devient "un moyen de valoriser un environnement de qualité, donc un potentiel soutien aux politiques d’environnement" (citation p. 8). Ce positionnement ouvre la voie à de nouveaux travaux d'évaluation de politiques publiques et de prospectives.

L'atténuation

Les années 2000 sont marquées par deux conférences internationales, l'une à Djerba en 2003 (Lire la déclaration, PDF) et l'autre à Davos en 2007 (Lire la déclaration, PDF). "Ce rapport dresse un état des lieux très complet des relations entre tourisme et changement climatique, encore largement valide aujourd’hui." (citation p. 12). En effet, ce rapport accouche de la première estimation des émissions de gaz à effet de serre générées par le tourisme, soit 5% des émissions mondiales. Et une projection à 30 années prévoyait un doublement, le transport aérien étant inéluctablement amené à exploser au niveau mondial.

Source : CITEPA, 2014

Avant même de sentir ou subir l'impact du changement climatique, les populations doivent s'adapter aux politiques mises en place pour atténuer les effets du réchauffement.

Etant donné le poids croissant des transports, et notamment du transport aérien, dans les émissions mondiales, toute politique climatique sérieuse devra agir sur les transports touristiques (limitation des capacités, taxation), avec dans tous les cas un impact important sur la distribution des flux touristiques et la compétitivité des destinations. (citation p. 17)

Le slow tourisme

Le premier ouvrage scientifique sur le Slow tourism2 sort en 2012. Ghislain Dubois lance l'idée dès les années 2008 dans les colonnes du journal Le Monde3. Aujourd'hui, le secteur commence à se structurer à l'image du mouvement Slow food "d’abord avec la volonté de réinventer le tourisme d’affaires avec la construction d’offres bas carbone permettant de procurer un vrai positionnement compétitif à une destination. (...) ensuite, avec un travail sur l’adaptation du monde du voyage (agences de voyage) à cette question, ici aussi en développant des méthodes d’optimisation multicritères (prix, temps de voyage, temps efficace, empreinte carbone). Cette idée, développée d’abord en 2007 dans un séminaire de recherche, a fait depuis l’objet de plusieurs recherches de financements" (citation p. 21).

Répétons-le les travaux scientifiques sur les liens entre le tourisme et le changement climatique ne datent pas d'hier (années 1990) par contre l'engagement des politiques et des acteurs du secteur est plus récente (milieu des années 2000). Ghislain Dubois avec sa casquette du consultant a pu observer ces évolutions in situ répondant à des commandes publiques nationales ou territoriales de Tunisie, des régions Poitou-Charente ou Wallonie, etc.

Dans ses derniers travaux, il s'intéresse à la perception du climat par les touristes, mélant enquête quantitative et qualitative4. Avec son cabinet de conseils, il participe au projet de recherche Hope et anime des ateliers sur le tourisme durable, récemment à Tahiti.

Références

1 Ifen, Tourisme, environnement, territoires : les indicateurs, 2000

2 Fullagar S. et alii, Slow tourism. Experiences and Mobilities, Channel view publication, 2012

3 Dubois G. « Il est temps de revenir au tourisme lent », interview en une du journal Le Monde, février 2008

4 Ceron J.P, Dubois G. et Gossling S., Climate perceptions and preferences of french tourists: lessons for climate change impact assessment, 2012

 

En savoir plus sur Ghislain Dubois

  • Lire sa thèse de doctorat en économie, Tourisme et changement climatique : les enjeux de la prospective, soutenue en 2012 à l'université de Limoges, téléchargeable (PDF)
  • Il anime le Master « Tourisme et Environnement » à l'université Versailles-Saint-Quentin en Yvelines (UVSQ) et il est chercheur au Centre d'économie et d'éthique pour l'environnement et le développement (C3ED), Unité Mixte de Recherche (UMR) entre l'UVSQ et l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD).
  • Depuis 13 ans, Ghislain Dubois est aussi directeur de TEC (Tourisme, Transports, Territoires Environnement Conseil), un cabinet de recherche et de conseils en politiques climatiques. Voir son profil sur LindekIn.

A venir

COP21, conférence internationale sur le climat, du 30 novembre au 11 décembre 2015, Paris

Et aussi Make it Work, le théâtre des négociations co-organisé par Sciences Po Paris et le théâtre des Amandiers. Durant trois jours, 200 étudiants venus de monde entier participeront, en public, à une simulation de la Conférence internationale sur le climat, la COP21. C'est du 29 au 31 mai 2015 au théâtre des Amandiers, Nanterre.

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