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Marcher, pour méditer, apprendre et inventer

Penser avec ses pieds

Par Frédéric Duriez , le 02 juin 2015 | Dernière mise à jour de l'article le 01 juin 2015

Un sketchnote pour démarrer

En quoi la marche nous aide-t-elle à apprendre ? Les auteurs qui nous encouragent à nous chausser pour parcourir les chemins de forêt sont nombreux. La marche nous aiderait à nous connaître, à méditer, à nous sentir libre. Mais elle nous procurerait aussi une connaissance plus vive que ce que les livres nous apportent. Enfin, la marche favorise l'émergence d'idées, elle stimule la créativité...

Pour rassembler autant d'idées, nous vous proposons un sketchnote, c'est-à-dire une prise de note dessinée que nous détaillerons ensuite.

sketchnote sur la marche

La marche : pour découvrir

Sans entrer dans des considérations physiologiques ni s'attarder sur l'aspect physique de la marche, c'est le rapport au temps, et la disponibilité à laquelle oblige la marche qui expliquent comment la marche incite à la réflexion.

Frédéric Gros est philosophe. Il est aussi l'auteur de marcher, une philosophie.  Selon lui, la marche ne nous rend pas plus intelligent, mais elle nous rend disponible à la pensée.  Le philosophe nous explique que de nombreuses oeuvres philosophiques ont été conçues en marchant.

Jean-Jacques Rousseau fait partie de ces auteurs qui affirment avoir beaucoup appris et découvert en marchant. A l'occasion de digressions, il a pu observer des plantes et des minéraux. Mais Rousseau fait aussi partie de ces auteurs qui ont opposé l'apprentissage en marchant dans la nature à la fréquentation des bibliothèques. Rimbaud, dans son poème "Les assis", Nietzsche qui se moque de l'érudition des philologues, David Thoreau comparant les livres à du foin... Ils sont nombreux à nous dire de quitter nos livres pour nous immerger dans la nature.

Pour inventer et créer

La marche offre ces moments de détachement qui favorisent la découverte créative. Cédric Villani, dans Théorème Vivant nous rappelle que l'invention arrive non pas dans le moment de forte concentration et de recherche, mais dans une activité plus tranquille, lorsque notre esprit prend un peu de distance. La concentration est donc nécessaire, mais le temps d'évasion qui suit l'est tout autant. Cédric Villani nous décrit les abords de l'Université de Princeton, où l'on peut voir d'éminents chercheurs marcher la nuit.

Le commissaire Adamsberg, héros des romans de Fred Vargas éprouve lui aussi le besoin de marcher pour faire émerger l'intuition qui lui permet de résoudre ses enquêtes.

Beaucoup d'auteurs utilisent la métaphore des chemins forestiers pour évoquer les méandres d'une pensée qui finit par aboutir à des idées ou des créations nouvelles. Dans son dernier livre, Michel Serres montre que les inventions, les innovations et les découvertes sont souvent le fait de "gauchers boiteux", qui ne suivent pas les routes que les autres ont tracées.

En écho, Henry David Thoreau, auteur du petit livre La marche, nous dit :

"A quoi bon emprunter sans cesse les mêmes vieux sentiers ? Vous devez tracer des sentiers vers l'inconnu. Si je ne suis pas moi, qui le sera ?"

Pour se découvrir

C'est encore Frédéric Gros et David Le Breton qui nous éclairent. La marche fait tomber les masques et les rôles. Les marcheurs partagent une fatigue, un rythme. Ils n'ont plus le souci d'une apparence sociale.

Les deux auteurs semblent ne jamais avoir randonné avec des raseurs. C'est exceptionnel, mais sur une vingtaine de kilomètres, c'est long...

La marche est un déplacement lent, elle oblige celui qui la pratique à se consacrer du temps à lui-même, parfois des heures. David Le Breton souligne le côté surprenant de cette pratique quand nos contemporains font plutôt l'éloge de la vitesse.

Prendre son temps est une subversion du quotidien.

Thoreau, dans son livre la marche insiste sur le sentiment de liberté qu'elle procure. Ce petit livre se situe dans la lignée des écrits de Ralph Emerrson, Walt Whitman et Jack Kerouac, qui regrette la disparition des vagabonds aux Etats-Unis.
 

 Bonjour Monsieur Courbet

Pour l'expérience esthétique

Frédéric Gros nous explique qu'il y a dans la contemplation du paysage par le marcheur un sentiment de gratitude. Le paysage apparaît comme la récompense d'un effort. La marche a aussi une dimension corporelle. Le marcheur sent la fatigue, il a parfois mal, il respire. Il se sent vivant !

De manière plus générale, un espace que vous appréhendez par la marche, vous ne le dominez pas simplement par le regard en sortant de la voiture (une prise de vue), car vous l'avez inscrit progressivement dans votre corps.

De manière plus prosaïque, marcher, c'est aussi s'aérer... Et nombreux sont les auteurs qui nous rappellent que Kant partait se promener tous les jours à la même heure, à 15h30, pour suivre le même parcours.

Mais vous en avez assez lu. Mettez vos chaussures, éteignez votre ordinateur, et sortez pour vérifier vous-même ce que vous venez de lire !

Illustrations : Frédéric Duriez

Ressources

Le vagabond américain en voie de disparition Jack Kerouac folio 1960, réed. 2002 92 p.
Petite bibliothèque du marcheur Frédéric Gros Champs Classiques avril 2011 289 p.
Marcher, une philosophie, Frédéric Gros, éditions Carnet Nord, 2009, 200 p. http://www.carnetsnord.fr/titre/marcher-une-philosophie
De la marche Henry David Thoreau Mille et une nuit avril 2003 78 p.

"Prendre son temps, une subversion du quotidien" David Le Breton consulté le 20 mai 2015
http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/06/24/prendre-son-temps-une-subversion-du-quotidien_1540126_3232.html

Bibliographie sur le thème l'homme qui marche, l'élan vital par
 
“Pursue some path, however narrow and crooked, in which you can walk with love and reverence.”
Henry David Thoreau
"Do not go where the path may lead, go instead where there is no path and leave a trail."
Ralph Waldo Emerson

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