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TICE en Grande-Bretagne, une approche pédagogique

Par Martine Dubreucq , le 11 mai 2010 | Dernière mise à jour de l'article le 12 mai 2010

L'investissement des pouvoirs publics vis à vis des TICE en Angleterre a été considérable, à la hauteur de l'engouement des responsables politiques ces dernières années.

Un article de la BBC rapporte les propos d'un responsable d'éducation en Angleterre, Stephen Heppell, lors du plus grand salon des technologies de l'éducation, le BETT, qui avait lieu en janvier 2010 :
« Les écoles doivent intégrer les technologies des mobiles, les jeux, les podcasts et les réseaux sociaux, elles doivent aussi rompre avec le modèle traditionnel de la classe et des programmes. Nous avons besoin de séquences de travail moins morcelées et nous devons permettre aux jeunes de prendre en charge leur apprentissage ».
Schools must embrace mobile technology 

Vaste programme, ambitieux propos, mais qu'en est-il de la réalité ? Un rapport récent sur la formation des enseignants aux TIC réalisé pour l'OCDE par l'Université d'East Anglia permet de rentrer dans les pratiques grâce à un échantillon d'enquêtes, de résultats d'entretiens avec trois grands établissements de formation des enseignants.


Un stade d'intégration plus "avancé"

Certes en Angleterre la plupart des écoles ont leurs vidéoprojecteurs, des TBI, leur ENT et beaucoup commencent à avoir les petits boitiers que l'on appelle « voting technology ». Autant dire que l'on est déjà passé à un stade de généralisation dans l'usage des technologies. 

Dans la formation initiale des enseignants, il n'est plus vraiment question de maitriser les outils mais d'assurer un enseignement efficace grâce à un choix avisé parmi la variété des outils.

Un certain nombre de limites des référentiels de compétences TICE sont pointées : le test en ligne qui existe encore, pourtant considérablement réduit à quelques items (capacité à faire des diaporamas, utiliser la messagerie, utiliser un éditeur de textes, mettre à jour une feuille de calcul, télécharger des ressources et s'inscrire à une lettre d'information électronique) est assez violemment critiqué parce qu'il évalue des capacités uniquement technologiques. L'idée même d'un enseignement spécifique des TICE est contesté : elles doivent être « embedded », ou intégrées.


Question d'attitude

Mais embarquées dans quoi ? Dans l'acte d'enseigner, dans l'attitude.
Si on interroge les formateurs et le tuteurs sur ce que signifie « être bon en TICE », la plupart répondent en termes d'attitude, c'est à dire en termes de dispositions, d'ouverture, d'esprit d'expérimentation et par dessus tout, en terme de jugement. Etre bon en TICE, c'est faire preuve de bon sens et de recul critique vis à vis des potentialités des différentes applications.

Leçons des erreurs du passé

Les formateurs d'enseignants n'ont plus à être convaincus des apports des technologies mais ils testent aujourd'hui leurs limites et essaient d'apprendre des erreurs.

  • Des méta-compétences ?
    On ne peut se contenter d'une approche fonctionnelle des outils, leur intégration demande un haut niveau de réflexion, de la créativité et de l'imagination. Les formations à des modèles mécaniques qui se focalisent sur ces capacités techniques ne marchent plus. Une véritable formation à la création de diaporamas par exemple est une formation pédagogique à la communication dans la classe, à la présentation attractive d'idées et de contenus.
  • Education vs formation
    La préparation effective des enseignants est plus une question d'éducation que de formation, si l'on considère que la formation implique généralement d'apprendre aux gens qu'il n'y a qu'une façon correcte de faire quelque chose tandis que l'éducation  amène à être capable d'utiliser des applications dans une palette d'usages différents.
  • Fin des « salles dinosaures »
    Une salle « dinosaure » c'est une salle complètement dédiée aux TICE (pour ne pas dire informatique!). On assiste à un déplacement des salles « internet » vers des usages plus flexibles, dans les salles de cours avec des portables ou hors des heures de cours. Les TICE doivent pouvoir être utilisées lorsqu'on en a besoin, pas à l'occasion d'une séance programmée deux mois avant !
  • Quel outil pour quel usage
    Ce qui intéresse le plus les enseignants et les formateurs d'enseignants, c'est la juste appréciation de l'utilité d'un outil dans un contexte particulier. Les opinions sur la pertinence des TBI, le problème de leur absence d'interopérabilité, l'arrivée des e-portfolios très rigides et coûteux sont à cet égard très éclairantes pour les formateurs moins expérimentés.


Outils du web 2.0, réseaux sociaux et téléphones mobiles

Les praticiens sont beaucoup plus portés, on s'en doute, vers l'usage d'outils collaboratifs et de plates-formes ouvertes comme Ning, qui permettent de privilégier la participation, l'échange et la production des étudiants. Les outils du Web 2.0, "plus rentables et plus productifs", selon les formateurs experts, mériteraient plus d'attention de la part des instances de décision. De nombreuses écoles en Angleterre continuent à bloquer l'accès à certaines applications et les téléphones y sont  souvent interdits.

Les verrous vont sauter, mais qu'allons-nous trouver derrière la porte des réticences ? Les fournisseurs d'applications commerciales massives, qui privilégient des approches pédagogiques plutôt conservatrices en dépit des déclarations médiatiques (le TBI, rappelle cette étude, comporte des risques de centration sur le professeur au détriment de la participation des élèves) semblent faire la sourde oreille, en Angleterre comme en France, à l'avis des utilisateurs éclairés.

Espérons que cette étude, dont l'objectif premier est de modifier  le test de compétences TICE tel qu'il existe aujourd'hui, bloqué sur des usages fermés et obsolètes, arrive à ses fins.


Crédit photo : ChristineTM, Flickr, licence CC

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