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Peut-on enseigner à être heureux?

Le bonheur, pouvons-nous vraiment l’apprendre et l’enseigner ? Une chercheuse de l'Université de Sherbrooke nous propose son modèle conceptuel du bonheur

Par Federica Minichiello , le 22 juin 2015 | Dernière mise à jour de l'article le 26 août 2015

L’auteur de cette thèse «Education des adultes au bonheur : modélisation du bonheur, caractérisation des modalités et des principes d’apprentissage» définit son champ d’étude comme improbable, impalpable, « un sujet sur lequel tout, et son contraire, a été dit » :  le bonheur, objet d’une quête universelle séculaire, considéré par certains comme inatteignable, source de questionnements les plus divers. 

Les propos du professeur en psychologie positive Ilona Boniwell nous servent d’introduction: si on demande à des parents ce qu’ils souhaitent pour leurs enfants, on peut raisonnablement s’attendre en réponse « leur bonheur ». Et finalement, qu’apprend-on à l’école ? Jamais le bonheur.

Mais ce bonheur, pouvons-nous vraiment l’apprendre et l’enseigner ? Est-il possible de le conceptualiser ? Voilà le pari de la chercheuse Marie-Pierre Feuvrier, de l’Université de Sherbrooke.

Modéliser le bonheur

La première partie de la thèse nous propose une étude documentaire des différentes théories sur le processus du bonheur, caractérisé par un ensemble de paramètres intérieurs et extérieurs, parmi lesquels la personnalité individuelle, le vécu et les relations interpersonnelles jouent un rôle primordial.

Confrontée à de nombreuses contradictions entre les concepts de bonheurs étudiés, la chercheuse a décidé d’élaborer son propre schéma – présenté ci-dessous - : toute action est mobilisée par une motivation (ou besoin) et requiert des ressources pour être menée (temps, argent, effort intellectuel etc.).
Le bonheur résulte d’une force motivationnelle, qui traverse différents types de motivation ou de besoin, comme la motivation sociale, cognitive, les sentiments. Cette force guide des actions et une gestion de ressources, dans un environnement interactif, changeant, dans lequel la personne évolue et évalue son propre bonheur.

Modèle du bonheur © Marie-Pierre Feuvrier

 

Eduquer au bonheur

L’éducation au bonheur est définie comme  « faire apprendre à d'autres le processus qui nous a permis de l’être ». Pléthore de dispositifs pédagogiques existent : ateliers, formations, conférences, cours en ligne, manuels etc. La chercheuse a choisi un angle de vue bien précis. Elle ne s’est pas tant intéressée aux apprenants, mais aux formateurs : les personnes qui choisissent de se consacrer à l’éducation au bonheur, plus précisément dans le cadre de la formation des adultes.

Quatre profils « type » sont identifiés : des enseignants-formateurs, des formateurs type coach-consultant, des psychologues et des professionnels divers (managers, juristes etc.), tous témoignant d’une expérience personnelle d’apprentissage du bonheur, en dehors des expériences éducatives traditionnelles.

En analysant différentes méthodes pédagogiques, la chercheuse a défini un échantillon sur lequel elle a testé son modèle du bonheur, par un cycle d’entretiens semi dirigés portant sur la définition de bonheur, les raisons du choix de cet enseignement, les méthodes employées et les apprentissages proposés.

En modalités d’apprentissage, on n’apprend rien d’exceptionnel : exercices, travail personnel, jeux de rôles, témoignages, mises en situation.  Mais dans les contenus le périmètre devient beaucoup plus fluctuant : méthodes exploratoires de soi, introspection, méditation, bonnes pratiques pour passer d’une situation inconfortable à une plus confortable …

Les approches pédagogiques sont hétérogènes : l’appréhension des besoins, la réussite, les suppressions des facteurs d’entrave, mais toutes convergent vers un objectif commun : les personnes accompagnées, lors de ces formations, témoignent d’un effectif passage d’une situation de malheur, à une de bonheur. Eduquer au bonheur passerait notamment par la suppression des freins – sociaux ou individuels - dans les émotions, la pensée, les comportements.

L’ambition de cette thèse est de contribuer à mieux comprendre la demande de bonheur et imaginer des réponses possibles, en termes de formation.

Le constat est que l’éducation au bonheur nécessiterait une professionnalisation, mais la question reste ouverte: quel est le rôle véritable du formateur ?

Illustrations : modèle du bonheur © Marie-Pierre Feuvrier
 Vignette : ShutterStock, Natalia Dobryanskaya

Références

Education des adultes au bonheur : modélisation du bonheur, caractérisation des modalités et des principes d’apprentissage.
Thèse de M.P. Feuvrier - Faculté d’éducation, Université de Sherbrooke (avril 2015)
http://savoirs.usherbrooke.ca/handle/11143/6806

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