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Dépister efficacement le décrochage scolaire à l’aide d’informations administratives

Ces données existent déjà et elles possèdent une bonne valeur prédictive.

Par Denys Lamontagne , le 17 septembre 2015 | Dernière mise à jour de l'article le 23 octobre 2015

Les jeunes qui décrochent de l’école secondaire font face à de lourdes conséquences sur le plan socio-économique et celui de leur santé. Bien des mesures sont en place pour prévenir le décrochage scolaire, mais encore faut-il pouvoir les appliquer à ceux qui en ont besoin...

Trouver lesquels

Des outils de dépistage valides et efficients, fondés sur des questionnaires auto-rapportés, ont été développés depuis longtemps pour détecter les élèves les plus susceptibles de décrocher. On demande aux élèves comment ils s’en tirent (informations auto-rapportées), On ne rencontre pas de difficultés majeures auprès des élèves candides, mais pour les méfiants, on ne les détectera pas de cette manière.

Il est difficile de cerner l’ensemble du bassin à risque sans pour autant inclure des élèves qui ne le sont pas. Pour y arriver dans des paramètres économiques et pratiques réalistes, l'idée d'utiliser les informations administratives consignées systématiquement au dossier des élèves, (retard scolaire, échecs, absentéisme, actions disciplinaires) valait la peine d'être analysée. En plus de représenter des antécédents comportementaux importants du décrochage, ces données présentent l’avantage d’être disponibles pour tous les élèves et d’être mises à jour régulièrement. De plus, des applications sécuritaires peuvent être utilisées pour compiler l’information et produire des rapports clairs et accessibles au personnel scolaire.

Par contre, les données administratives ne contiennent pas d’information sur les facteurs de risque affectifs et de ce fait paraissent être moins sensibles que les indices auto-rapportés évaluant ces risques, en plus des aspects comportementaux.  

Validation

Comme peu d’indices de risque fondés sur des données administratives ont été validés, l’étude a consisté à comparer un indice auto-rapporté et un indice établi à partir de données administratives.

L’échantillon é été composé de 1 557 élèves de deux écoles secondaires d’une même commission scolaire francophone, située dans la région des Laurentides, près de Montréal. L’une en secteur défavorisée et l’autre dans la moyenne.

L’indice auto-rapporté a aussi été comparé auprès d’un échantillon de plus de 35 000 élèves québécois. L’indice administratif a été développé par le personnel d’une commission scolaire, à partir d’indicateurs comportementaux consignés au dossier scolaire.

Des résultats prédicateurs significatifs, pouvant encore être améliorés

Les résultats indiquent que l’indice administratif présente une bonne capacité discriminante, avec une sensibilité et une spécificité adéquates.  L’instrument d’utilisation simple et économique apparait donc valide au sens où il fournit une information aidant au repérage des élèves à risque de décrocher. Les résultats liés aux deux outils de dépistage confirment aussi qu’il est important d’adapter le point de coupure (le moment où on décide d'intervenir) en fonction du sexe.

Normalement inférieure aux indices auto-rapportés, la capacité prédictive des indices administratifs s’est révélée supérieure à celle des indices auto-rapportés lorsque des données longitudinales (sur plusieurs mois ou années) ont été considérées. L’évolution des résultats scolaires au fil du temps semble particulièrement révélatrice.

Établir un indice de risque longitudinal est un peu plus compliqué qu’établir un indice reposant sur un seul point dans le temps, mais l’investissement en vaut probablement la peine puisque les indices administratifs longitudinaux demeurent plus simples d’utilisation que les indices auto-rapportés et surtout sont à jour.


Comme les outils de compilation et de traitement de grandes quantités de données se popularisent, cette utilisation des données pour détecter les élèves à risque peut aider à optimiser l’utilisation des ressources d’aide et, globalement, la performance du système scolaire.

Illustration : Lightspring, ShutterStock

Référence

Dépistage du décrochage scolaire à l’aide d’informations administratives ou auto-rapportées
Vickie Gagnon, Véronique Dupéré, Isabelle Archambault et Michel Janosz, Université de Montréal, Eric Dion UQAM, François Léveillé et Marc St-Pierre Commission scolaire de la Rivière-du-Nord,  Revue canadienne des sciences du comportement - 2015
http://marcstpierre.ca/wp-content/uploads/2015/08/Article-tableaux-de-bord-2015.pdf

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