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OCDE. Elèves et nouvelles technologies. Réactions

Les données PISA 2012 donnent (de nouveau) matière à écrire ....

Par Federica Minichiello , le 18 septembre 2015 | Dernière mise à jour de l'article le 21 octobre 2015

L’OCDE vient de diffuser son dernier rapport sur les compétences en lecture et mathématique en environnement numérique: "Connectés pour apprendre ? Les élèves et les nouvelles technologies".
Encore une fois, l’enquête PISA nomme ses élus : Singapour, Corée du Sud, Japon, Canada et Australie… et donne matière à de nombreuses interrogations.

Les données

Clarifions le périmètre. Les données sont issues de PISA 2012 ; les compétences digitales évaluées sont la navigation interactive et la réalisation de graphiques à partir d’une grille de données et d’une calculatrice en ligne.
En ce qui concerne les "nouvelles technologies" l’OCDE précise que PISA couvre de façon imparfaite des supports comme les projecteurs ou les tableaux interactifs, ainsi que les smartphones. Le taux de technologies utilisées à l’école, particulièrement bas pour la Corée et Shanghai, (respectivement 42% et 38%), doit être lu en conséquence.

Dans le rapport on trouve plusieurs données intéressantes : si la majorité des jeunes de 15 ans bénéficie au minimum de 5 ans d’expérience avec des ordinateurs, l’âge de première découverte est variable: 6 ans ou moins pour les pays scandinaves, par exemple. De nombreuses informations émergent des pratiques d’usage : au Japon on utilise plus la messagerie électronique que les réseaux sociaux, la Serbie serait particulièrement friande de jeux vidéo, environ 80% des jeunes australiens recourent à Internet pour leurs devoirs. (Pour ceux qui voudraient explorer ces données, tout est dans le GPS de l’éducation de l’OCDE).

Les résultats

L'OCDE dévoile une fracture numérique en baisse, avec un taux d'accès moyen à "l’ordinateur" particulièrement élevé (96% à la maison, 72% à l’école). Une alerte est aussi lancée sur l’intensité d’utilisation des technologies: la modération prévaudrait sur toute autre pratique, en termes d'acquis d'apprentissage, notamment sur un usage excessif.

Enfin, LE point qui fait couler beaucoup d’encre : pas de lien prouvé entre investissements numériques et amélioration « notable » des résultats des élèves.  Dans un contexte de pénurie budgétaire généralisée, le sujet est sensible...

Comment ses résultats ont-ils été accueillis ? Les articles se succèdent à travers le monde depuis plusieurs jours.  Voici une petite sélection.  

Les réactions

Le questionnement sur le retour sur investissements des TICE a inspiré de nombreux articles.

En France, dans un contexte de lutte aux inégalités (et un plan numérique pour 2016), on déclare que "les élèves français se débrouillent au final mieux sur ordinateur que sur papier", mais que "le bénéfice des technologies est limité pour ceux dont  les compétences de base restent faibles".

Au Royaume-Uni, la BBC utilise les résultats OCDE  pour alerter le public sur une dépense prévisionnelle en TICE, en 2015, de 623 millions de livres, pendant que l’Irish Times définit sarcastiquement le manque d’ordinateur, en Irlande, comme une « bénédiction ».

Le réseau Edupronet évoque également une demande croissante, au Maroc et en Tunisie, en faveur de l’équipement des élèves en tablettes, mais regarde vers des pays comme l’Australie, la Corée du Sud, la Norvège, où « l’enseignement numérique a été intégré dans les méthodes pédagogiques depuis de nombreuses années »… Tout en rappelant que la méthode PISA peut aussi être questionnée.  

Peter Skillen, dans son article « Headline Madness: Myths & Misrepresentation! “ nous livre une amusante revue de presse de titres alarmistes autour du rapport, comme ce site anglais qui recommande de ne pas acheter d’ordinateurs du tout : Don't bother buying computers for schools, More access to technology has ZERO impact.

Et les éternels "bons élèves", que disent ’ils ? En Corée les résultats OCDE ne semblent pas susciter autant d’intérêt. Le Korea Times consacre ses derniers articles à la pensée créative, en regardant l’Australie comme modèle de méthodes d'enseignement et prône une évolution des curricula et du matériel pédagogique.

Quid de l’Australie, "bon élève" qui passe plus de temps sur l’ordinateur que la moyenne (et qui a largement investi dans les nouvelles technologies ?). Là où les résultats sont positifs, on trouve plus de critiques sur la méthodologie : on dénonce, par exemple, un regard un peu superficiel des "compétences digitales" : PISA aurait pu évaluer des tâches plus complexes comme l’utilisation de tableurs pour organiser et analyser des données....

La conclusion?

Le carrousel de réactions ne se substitue pas à la lecture de ce rapport, très intéressant, qui promeut le bon sens.

Le bilan de l’OCDE est qu’il faut progresser dans nos capacités d'allier technologie et éducation. Le point crucial reste la formation, pour mieux intégrer les TICE dans les pratiques pédagogiques. Un axe fondamental à part entière et la condition sine qua non de tout le reste.

On termine par un constat. Les résultats PISA s’affirment encore une fois comme "la bonne parole" à travers le monde. PISA 2018 ambitionne un périmètre d’évaluation beaucoup plus large : "les compétences globales en éducation", comme explique A. Schleicher, directeur de l'éducation de l'OCDE, dans cette interview.  Quelle sera la suite ? 

Décidemment, les données PISA ne cesseront pas de faire parler d’elles.  

 

Références

1. OCDE. PISA. Connectés pour apprendre ? Les élèves et les nouvelles technologies. (Septembre 2015)
http://www.keepeek.com/Digital-Asset-Management/oecd/education/students-computers-and-learning_9789264239555-en#page1

2. Revue de presse (articles parus en septembre 2015):

3. Pour en savoir plus sur PISA 2015 et 2018
http://www.oecd.org/pisa/pisaproducts/pisa-2018-documents-for-bidders.htm

(Dernière consultation le 18/09/2015)

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