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L'art de la scénarisation pédagogique, revu et corrigé

Un peu de mesure change tout !

Par Denys Lamontagne , le 21 septembre 2015 | Dernière mise à jour de l'article le 31 janvier 2018

Derek Muller a conçu Veritasium - un service vidéo de vulgarisation scientifique qui compte des dizaines de millions de vues - comme preuve expérimentale de sa thèse de doctorat qui posait la question «Comment produire de meilleurs films scientifiques ?»

Curieux de savoir quelle efficacité réelle en termes d’apprentissage avaient les explications des films scientifiques, il a développé un système d’évaluation original qui non seulement tenait compte de la justesse des réponses des étudiants mais également du degré de confiance qu’ils accordaient à leurs réponses, indépendamment du fait qu’elles étaient justes ou fausses.

Ce qu’il a découvert était tout simplement renversant : d’après les tests passés avant et après, les étudiants n’apprenaient pratiquement rien à regarder des films scientifiques «standards».

Ces films qu’ils évaluaient eux-mêmes comme étant «clairs, concis et faciles à comprendre» n’avaient que renforcé leurs convictions, même si elles étaient fausses.  Ils n’étaient même pas en mesure de se rappeler correctement ce qui leur a été présenté 5 minutes plus tôt.

Misère !

Comment faire alors ?

C’est que ces films «objectifs» s’appuient sur une fausse prémisse, celle qui suppose que les étudiants ne connaissent rien du sujet abordé. Au contraire, ils en connaissent tout un rayon par leurs interactions avec le monde réel, même si ce qu’ils connaissent est souvent faux, scientifiquement parlant. 

En conséquence, les étudiants ne prêtent pas attention à ce qu’ils savent déjà et ne remarquent pratiquement que ce qui confirme leurs impressions, quitte à tout déformer pour les faire correspondre à ce qu’ils «savent».

Pour attaquer le problème, M. Muller a produit des films où deux personnes discutent de leurs conceptions opposées d’un même phénomène.  Les étudiants ont estimé que ces films généraient de la confusion dans leur esprit et n’étaient ni clairs, ni faciles à comprendre. Ces films n’auraient pas gagné de prix de popularité.

Avec pour effet que leurs résultats aux tests ont doublé !

Le facteur clé

Quel était donc le facteur qui a provoqué un tel changement ?  Il semble que l’effort mental exigé dans le second type de film était largement supérieur au premier, tout comme le niveau d’attention nécessaire.

Il détenait apparemment la réponse à sa question de la scénarisation de film scientifique : le spectateur doit fournir un effort. Un bon moyen pour qu’il en fournisse un est de commencer par ce que le spectateur croît savoir et de le confronter. Moins facile, moins agréable mais combien plus efficace !

Par exemple, demandez aux gens pourquoi la gravité est plus faible sur la Lune : ils vous répondront en majorité que c’est parce qu’il n’y a pas d’air sur la Lune !  De quoi démarrer une bonne discussion !

En pratique, il s’agit de demander à plusieurs personnes ce qu’elles pensent de…. et de là concevoir les explications pour d’abord provoquer le doute pour ensuite communiquer les nouvelles données qui feront que la personne se sera ouverte et aura appris quelque chose.

Ce qui s’applique assurément aussi bien à des cours en ligne qu’à des vidéos comme le fait Veritasium. Avec le succès de ses vidéos, plus de 100 millions de vues, on serait tenté de le croire.

Références

Derek Muller - The key to effective educational science videos
https://www.youtube.com/watch?v=RQaW2bFieo8

Derek Muller of Veritasium Interview on The Tomorrow Show
https://www.youtube.com/watch?v=2N7NfjJD6JQ

Veritasium
https://www.youtube.com/user/1veritasium

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