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Les règles de la collaboration. Plus on est nombreux, plus les repères doivent être clairs.

Par Denys Lamontagne , le 11 mai 2010 | Dernière mise à jour de l'article le 11 décembre 2011

Nétiquette, règles de collaboration, règles de conduite... pourquoi sentons-nous toujours le besoin d’encadrer les relations ?

De fait, dès que nous entrons en relation nous référons à de nombreux protocoles : celui de la langue est un des premiers protocoles formels employés, mais avant celui-ci plusieurs autres sont nécessaires à la communication et sont la plupart du temps considérés pour acquis ou sont accomplis par des intermédiaires humains ou mécaniques.

Par exemple, on demande à l’interlocuteur d’être présent, d’être reconnu ou reconnaissable, de livrer sa communication selon un certain ordre, de spécifier ses attentes, objectifs ou attitudes, etc.

Même dans une simple relation à deux personnes, nous partageons normalement un certain nombre de repères et, en leur absence ou modification, soit on devra y apporter une attention et en faire la mise au point, soit rencontrer des problèmes.  Ce pourquoi on préfère souvent échanger avec certaines personnes plutôt qu’avec d’autres.

Pourquoi tu réponds pas ?

À plus forte raison quand on demande à de nombreuses personnes d’entrer en relation par Internet, plusieurs «protocoles» autant techniques que sociaux sont nécessaires.

À examiner les règles de la nétiquette (RFC 1855 Netiquette GuidelinesTraduction française) ou celles du chat (Netiquette du chat) que l’on trouve avec quelques variantes sur la plupart des sites de chat, ou même celles qui régissent les mondes virtuels (Second Life, World of Warcraft, etc.), on s’apercevra qu’elles concernent essentiellement la «lubrification» de la communication ou du service et son auto-discipline.

Si on développe un peu ces règles en fonction d’objectifs pédagogiques (Utiliser efficacement les salons de bavardage (Chat rooms) en formation à distance et à l’école), on découvre sensiblement les mêmes besoins d’identification et de responsabilisation que dans les communications en présence.

Groupes et individus

Un groupe est normalement réuni pour une raison précise; c'est la raison d’être du groupe.  Les règles visent à préserver cette raison d’être, à orienter ceux qui ne l’auraient pas compris et à neutraliser ceux qui ne la respectent pas.

Au delà des considérations disciplinaires, aux règles s’ajoutent les conditions des primes et des avantages, la valorisation de certaines actions qui stimuleront le groupe dans un sens donné.

Ainsi les individus développent-ils leur participation et un plus fort sentiment d’appartenance dans un groupe qui les valorise et dont ils acceptent et font eux-même respecter les règles, surtout si elles sont exigeantes. Une valeur et un mérite se créent à la mesure des réalisations du groupe.

Harmonisation des terminologies

En observant diverses règles des organisations internationales, on constate que beaucoup d’efforts sont mis sur l'harmonisation des nomenclatures et terminologies.  Il apparaît absolument essentiel au fonctionnement de tout groupe que les repères sémantiques et conceptuels soient les mêmes pour tous. Cela induit également un sentiment d’appartenance.

Quelle profession n’a pas son jargon ? Quel meilleur moyen de faire sentir à un nouveau venu qu’il n’est qu’un junior que de l’exposer à un jargon qu’il ne peut pas comprendre ? Quelle possibilité de compréhension ont des individus pour qui «démocratie» ou «marché» ont des sens totalement différents ?

Le phare d’Alexandrie

Induire une collaboration massive implique la gestion des relations de centaines voir de milliers d'individus aux motivations aussi diverses que possible. C’est pourquoi la pose et la défense des repères sont si nécessaires au fonctionnement et à la participation.  Elles agissent comme un phare qui oriente le parcours des navires.

Dans un contexte d’apprentissage, les repères seront forcément ceux de l'objet (ce qu'il faut apprendre) et varieront d’un domaine à l’autre. Les règles des infirmières sont bien différentes de celles des bouchers et celles des informaticiens différentes de celles des plombiers.

Mais celles de la collaboration demeurent les mêmes pour tous et elles ne sont pas compliquées :

Régles de la collaboration

  • Établir une forme de contrôle de l’accès au groupe.
    Définir les exigences et appliquer les critères de participation au groupe.
    Cela en préserve la «raison d’être».
  • Définir la terminologie clé au groupe et offrir la formation de base nécessaire à la participation.
    Cela y facilite les communications et les échanges.
  • Permettre l’identification et la reconnaissance des participants.
    Faire en sorte que les participants construisent leur réputation et puissent être imputables et valorisables.
    Ils ne sont pas des membres anonymes dans une masse informe. La reconnaissance augmente la responsabilisation des membres.
  • Établir et diffuser clairement les règles de fonctionnement et donner des outils d’autodiscipline et de recours au groupe (signalement, médiateur, etc). Les défendre au besoin.
    Cela allège les fonctions de discipline et augmente le sentiment d’appartenance; la fierté de faire partie d’un groupe exigeant.
  • Valoriser les actions qui contribuent à la mission du groupe. Reconnaître leurs auteurs. 
    Cela favorise l’appartenance et la survie à long terme du groupe.

 

Le respect de ces conditions est essentiel mais pas nécessairement facile, comme l’expérimente Wikipedia*, maintenant submergé par le nombre de révisions à faire et la baisse de la participation; dans son cas la valorisation des contributions n’est plus suffisante dans sa forme actuelle et des analyses plus fines le démontrent (voir notre article "La qualité des collaborations joue sur la qualité des articles").  Heureusement tous les projets ne sont pas de l’envergure de Wikipédia.

Wikipédia connaît une crise de croissance

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