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Le beau mirage de l'économie du partage

Les services de l'économie du partage comme Uber ont un succès grandissant auprès des consommateurs, mais s'agit-il vraiment de nouvelle économie?

Par Alexandre Roberge , le 27 septembre 2015 | Dernière mise à jour de l'article le 28 octobre 2015

Vous dites qu'Internet a tout changé ? Parlez-en à l'industrie de la musique qui s'est retrouvée à perdre une partie de ses profits à cause des plateformes de téléchargement illégal faciles à utiliser. Il lui a fallu modifier ses méthodes comme miser davantage sur les spectacles, vendre la musique à petit prix en version dématérialisée et s'allier à des sites comme Spotify pour renflouer les coffres. Toujours dans le domaine culturel, Netflix a obligé certains diffuseurs américains à proposer leur mouture pas trop chère de plateforme légale de visionnement (ex. : HBO Now) pour contrer le piratage.

La nouvelle économie

Il semble que ce soit le nouveau jeu économique. Des petites gazelles naissent, proposent un service demandé à des prix très avantageux, deviennent populaires et obligent les industries plus anciennes à bouger. Par exemple, Über est en train de pousser le secteur du taxi dans ses derniers retranchements. En effet, pour des tarifs bien moindres, un citadin peut se servir de l'application et trouver un chauffeur qui le conduira à bon port.

Certains l'appellent «la nouvelle économie». Pourtant, ce terme a d'abord été employé à la fin des années 90, par les économistes qui voyaient bien la croissance des entreprises dans le secteur des télécommunications. Aujourd'hui, des observateurs l'appliquent à cette poussée de jeunes compagnies sur le Net qui font littéralement trembler l'économie plus traditionnelle. Et ce, dans tous les secteurs d'activités.

Le commerce de détail souffre toujours plus de la présence des Amazon et eBay de ce monde, obligeant les enseignes à proposer davantage de vente et de service en ligne. Airbnb vient directement toucher l'industrie hôtelière avec l'échange de logements entre usagers. Dans le domaine du divertissement vidéoludique, Steam a littéralement révolutionné la façon dont s'achetait les jeux sur ordinateur en menant vers une dématérialisation et en offrant de nombreux rabais sur des titres souvent vendus plein prix sur consoles.

Bref, sur Internet, les nouveaux services prennent de plus en plus de place et gagnent des adeptes. Près d'un quart des Français ont affirmé en 2015 avoir utilisé un service d'économie de partage comme Über ou Airbnb. Et 30 % comptent s'en servir dans la prochaine année. Peu à peu, « l'uberisation » économique gagne sa place dans le cœur des gens. Une bonne nouvelle pour certains qui y voient une façon de repenser l'économie et la place de l'État dans celle-ci. « Enfin, des services qui se préoccupent vraiment des consommateurs! » affirment-ils.

Quand l'illusion se confronte à la réalité

Évidemment, cette nouvelle économie fait mal aux plus anciennes industries. Les chauffeurs de taxi en France et ailleurs dans le monde ont réagi, parfois violemment, à la concurrence qu'ils considèrent « déloyale » d'Über. Après tout, ces personnes – contrairement aux participants de l'application – doivent payer des permis onéreux.

Et puis, ce modèle économique relativement nouveau oblige les législateurs à se pencher sur celui-ci pour, d’un, tenter de garder des emplois dans tous les secteurs et, de deux, protéger les consommateurs. Bien souvent, les règles actuelles n'ont pas été conçues en ayant en tête des applications ou commerces virtuels. De plus, cette nouvelle économie des freelancers, occasionne une précarité encore plus grande de l'emploi. D'ailleurs, certains services comme Homejoy ont dû fermer leurs portes par des actions en justice contre eux pour reclasser les travailleurs indépendants en salariés (avec les avantages qui viennent avec).

Cette économie du partage est aussi beaucoup décriée pour son hypocrisie. Certains dénoncent le fait que les médias parlent de nouvelle économie, alors qu'en réalité, ces applications n'ont fait que commercialiser nos voitures, nos maisons, etc. Il ne s'agit pas d'une économie coopérative comme certains semblent le croire, mais d'un modèle similaire aux anciens où les présidents-directeurs généraux et actionnaires font énormément de profits tandis que les usagers eux n'ont que les miettes.

D'autant que l'économie de partage ne partage pas tant que ça. Du moins, pas avec le fisc. La plupart de ces entreprises placent leurs bénéfices dans des paradis fiscaux. D'autres remettent en cause ces services virtuels et particulièrement des données sensibles qui se partagent en masse sur ces applications. Le piratage d'Ashley Madison durant l'été 2015 en était un signal d'alarme.

Malgré ces critiques, l'économie de partage n'est pas prête de s'essouffler. Ces services offerts actuellement à petit tarifs font beaucoup trop la joie des consommateurs pour connaître un déclin. Par contre, la crise contre Über et certaines autres commencent à faire planer des ombres sur cette économie émergente. La question étant de savoir si nous n'avons pas ignoré l'éthique pour être conduits, logés et comblés de biens à faibles prix…

Illustration : Alexey Boldin, shutterstock

Références

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