Articles

Musées, écomusées et économusées

Quelques réflexions sur le patrimoine, l'économie et le marché

Par Francine Clément , le 29 septembre 2015 | Dernière mise à jour de l'article le 05 octobre 2015

Carte Des écomusées

Les institutions vouées au patrimoine peuvent-elles, veulent-elles ou se voient-elles dans l'obligation de prendre part au marché du patrimoine ?

Même si ce n’est pas toujours admis et reconnu par les instances de financement, on sait le poids important qu’ont les institutions muséales et patrimoniales pour l’économie des villes et le développement économique des régions en dehors des grands centres, mais on s’excuserait presque d’écrire sur les liens avec des activités lucratives au sein de ces institutions, tant les termes musées, produits et entreprises ne vont habituellement pas de pair et semblent contradictoires.

Selon les statuts de l’ICOM, le Conseil international des musées, un musée est une

«institution permanente sans but lucratif au service de la société et de son développement ouverte au public, qui acquiert, conserve, étudie, expose et transmet le patrimoine matériel et immatériel de l’humanité et de son environnement à des fins d'études, d'éducation et de délectation

Malgré leur apport économique indéniable, le désengagement financier trop répandu des gouvernements dans la culture et auprès des institutions patrimoniales fait en sorte que ces dernières se voient parfois contraintes d’emprunter au secteur commercial des types d’activités et des collaborations qui y sont, sinon souhaitées, bien présentes.

Qu’on pense aux commandites d’expositions par des corporations privées, aux riches entreprises mécènes qui contribuent aux activités éducatives ou à la construction de bâtiments qui abritent les collections, ou, plus simplement, aux omniprésentes boutiques de musée qui vendent, sur place ou en ligne, les reproductions d’œuvres, catalogues, objets inspirés des artefacts, artisanat, jouets, livres et autres produits dérivés, pour arriver à engranger un peu de revenus et faire face à la désaffection financière des États. De nombreuses institutions muséales louent également leurs espaces pour des événements qui ont, ou pas du tout, un rapport avec le patrimoine ou la culture, au risque de faire des accrocs (contrôlés) à leur mission première et d'ajouter à leur tâche.

Deux types d’institutions, l’une muséale, l’autre en partie patrimoniale pourrait-on dire, ont parmi leurs objectifs de jouer d'une autre manière un rôle économique actif et direct dans la société et le territoire où ils évoluent.

Écomusées : acteurs économiques, agents de développement et de partage

L'écomusée est un musée enraciné dans la culture vivante des habitants et il fait partie des instruments de la dimension culturelle du développement local (Hugues de Varine, l’un de ses instigateurs).

La FEMS (Fédération des écomusées et musées de société en France) regroupe près de 200 écomusées, musées de société et centres d’interprétation. Ces institutions à but non lucratif  se définissent notamment, en sus de leurs activités de conservation et de mise en valeur des patrimoines d’un territoire et d’une communauté, comme des acteurs à part entière de l’économie touristique […] qui participent à un développement raisonné de leur territoire par le maintien d’activités et d’emplois.

La fédération des écomusées et musées de société présente par exemple en ligne une boutique collective qui met en valeur et en vente la micro-production des musées-membres dans le respect des savoir-faire conservés dans ces musées (madeinmusees.com).

Le dépliant promotionnel de la Fédération, disponible en ligne, comporte une carte et la liste des écomusées et des musées de société français. On y retrouve des musées tels que le Musée des métiers du verre, en Bretagne, l’Écomusée de la Sainte-Baume, en Provence, dédié à la protection d’un lieu, de paysages, de savoir-faire et de produits de grande qualité, ou l’Écomusée d’Alsace, pour n’en nommer que quelques-uns.

Sur les sites de ces écomusées, on retrouve à des niveaux divers des ressources sur les objets, les lieux, les savoir-faire qu’ils s’efforcent de préserver en collaboration avec les membres de la communauté sur leur territoire. Les projets réalisés dans les écomusées prennent appui sur les patrimoines naturel, culturel, matériel et immatériel pour développer un territoire, tisser des liens dans la communauté tout en assurant la mise en valeur, la collecte et le partage de ces patrimoines. On peut notamment consulter en ligne la très intéressante exposition virtuelle Sortez des clichés ! Le patrimoine culturel immatériel vu par les musées de société  publiée sur le site de la FEMS.

Économusées

L’économusée est une marque déposée qui semble contraire au concept même de musée tel que défini par l’ICOM, puisque l’aspect commercial y prime : on y vend des objets artisanaux et, par ailleurs, on tente de mettre en valeur un savoir-faire précis.

On y réalise des activités de transmission d’un patrimoine, sans doute à différents niveaux selon les entreprises, mais ces éléments de muséologie semblent se situer au second plan par rapport au commerce des produits de l’artisanat. Sur le site du réseau des économusées, qui regroupe plus d’une soixantaine d’artisans à travers le monde, on lit d’ailleurs que l’objectif est de permettre aux artisans et aux entreprises à caractère artisanal de mettre en valeur et transmettre in situ leurs métiers et leurs savoir-faire inspirés de la tradition afin d’offrir au public un produit culturel et touristique de qualité. La transmission d’un patrimoine artisanal se réalise par le biais de la vente de produits à un client-visiteur et le savoir-faire de l’artisan est mis en valeur et interprété autour d’un produit à vendre.

Ces économusées sont présents en ligne et on peut voir leur répartition géographique sur une carte interactive publiée sur le site bilingue du réseau international des économusées, Artisans à l’œuvre.

L’onglet Magasinage en ligne y est bien en vue et reflète la philosophie et les buts premiers des économusées.

Sur les sites des économusées eux-mêmes, on retrouve des ressources sur des savoir-faire précis, par exemple celui d’un artisan qui construit des embarcations traditionnelles en bois aux îles Féroé, une entreprise familiale qui fument les poissons et fruits de mer d’Irlande selon les méthodes traditionnelles ou l’Économusée du salage et du séchage de poisson à Ste-Thérèse-de-Gaspé, l'un des 33 économusées au Québec.

Sources [consultées le 28 septembre 2015]

FEMS Fédération des écomusées et musées de société
http://www.fems.asso.fr/

World Interactions.eu, Hugues de Varine
http://hugues-interactions.over-blog.com/

Réseau des économusées Artisans à l'oeuvre
http://www.economusees.com/fr/


Images
: Captures d'écran : FEMS Fédération des écomusées et musées de société (France), Exposition Sortez des clichés ! sur le site de la FEMS et Réseau des économusées.

Avez-vous apprécié cette page?

Voir plus d'articles de cet auteur

Accédez à des services exclusifs gratuitement

Inscrivez-vous et recevez des infolettres sur :

De plus, indexez vos ressources préférées dans vos propres dossiers et retrouvez votre historique de consultation.

M’abonner
Je suis déja abonné