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Ces palmarès qui déchirent

Les classements des établissements scolaires sont-ils encore de bons moyens pour évaluer l'offre pédagogique?

Par Alexandre Roberge , le 04 octobre 2015 | Dernière mise à jour de l'article le 12 octobre 2015

Les chanteurs et les écoles ont un point en commun : ils veulent tous figurer au sommet des palmarès. Si pour les premiers, cela signifie une hausse de vente de disques et de billets de spectacle, les seconds bénéficient aussi d'une publicité positive qui encourage les parents à y inscrire leurs enfants.

Pour les éditeurs, la publication de classements des établissements scolaires, pour aider les jeunes et leurs parents à choisir leur établissement, devient un succès annuel assuré. Toutefois, cet exercice ne se passe pas sans être décrié. Après tout, quel est le réel écart entre une école au deuxième ou au vingt-quatrième rang?

Un débat qui déchire le Québec

Chaque année, lorsque l'automne est bien amorcé, sont publiés au Québec des classements des écoles secondaires. Une tradition qui complète la saison des portes ouvertes de ces mêmes établissements qui se déroule en octobre. Le but étant de donner aux parents une idée plus claire où envoyer leur progéniture dans la prochaine étape de leur scolarité. D'autant plus que les inscriptions pour les écoles secondaires se font dans la foulée.

L'exercice devrait donc sembler noble et pourtant, chaque année, il sert de prétexte à un débat sanglant sur la coexistence de l'école publique et de l'école privée. Pourquoi cela? Parce que, généralement, les maisons d'enseignement privées y figurent mieux. Or, au Québec, ces écoles sont subventionnées à la hauteur de 60 %, ce qui fâche certains groupes qui considèrent, en plus, qu'elles ont des privilèges que n'ont pas les établissements publics (pouvoir choisir ses élèves, entre autres). D'autant plus que le palmarès est conçu par un groupe de réflexion reconnu pour pencher davantae pour une privatisation des services sociaux, il y a de quoi en faire sauter au plafond certains qui affirment que l'exercice est inutile et biaisé. En fait, même les enseignants du privé considèrent ce classement comme une vision très réduite de ce que sont les établissements scolaires.

Pour d'autres, comme Mario Asselin, il y a tout de même quelque chose de bon dans ce palmarès. Certes, celui-ci se base surtout sur la réussite des élèves dans cinq matières obligatoire dans le programme du MELS (Ministère de l'Éducation, du Loisir et des Sports). Cela reste très réducteur de la valeur pédagogique d'une école dans un tel contexte. Mais, selon le chroniqueur, si les parents lisaient mieux certains indicateurs aussi présents dans le palmarès, cela réduirait de mauvaises impressions que peut laisser un faible rang.

Certains tenants de ces palmarès affirmeront, d'ailleurs, que cela a obligé les écoles publiques québécoises à se fouetter, à offrir de meilleurs services. Une petite séduction de plus en plus en vigueur comme le rappelle ce reportage de Radio-Canada. Or, pour les opposants, ce classement a en fait créé une psychose de l'école publique au Québec. Soudainement, ces établissements sont perçus comme des milieux tellement pauvres pédagogiquement au point où les parents affluent vers l'école privée, surtout s'ils sentent des difficultés chez leur enfant.

Une discussion qui n'est pas prête de se terminer, d'autant plus que cette année, le quotidien La Presse a décidé de publier un palmarès des écoles primaires publiques de l'île de Montréal. De quoi susciter de durs débats dans les prochains mois et années à venir.

Une question de méthode

Pendant, ce temps, outre Atlantique, la France aussi a droit à ses palmarès. Ici, toutefois, cela concerne les établissements d'études postsecondaires. Ces classements effectués depuis 1993 par L'Étudiant ont acquis une bonne notoriété. D'autant plus qu'ils comprennent différents classements selon les critères de recherche. Mais ils ne sont pas les seuls. Le quotidien Le Figaro en réalise un aussi et celui du Financial Times est souvent cité. Et là, encore, les façons de faire ne font pas l'unanimité.

Par exemple, certains considèrent que l'Étudiant n'effectue pas de classement global des écoles d'ingénieurs. Conséquemment, certaines facultés devraient – selon eux – figurer plus haut dans les rangs. Dans un nouveau blogue décrivant les coulisses de ce long et intense travail de classification de l'Étudiant, les blogueurs (et classificateurs) admettent qu'ils doivent se méfier. Les écoles d'ingénierie sont souvent prises dans un dilemme du prisonnier. Certaines écoles ont tendance à gonfler leurs chiffres. Conséquemment, les autres se disent que si elles ne mentent pas, leurs compétitrices auront un meilleur classement qu'elles et que si elles le font, elles seront au moins à un niveau similaire. Les auteurs du blogue affirment qu'ils vérifient encore plus dans ce contexte.

Mais il reste que, là encore, les classements sont souvent remis en question sur leur pertinence, les méthodes de classification, etc. Pourtant, ce débat pourrait être bientôt vétuste. Des services en ligne comme LinkedIn pourraient bien modifier la donne puisque figurent des classements d'universités et d'écoles qui mènent à une embauche. La France n'en a pas encore, mais comme les États-Unis ou le Canada, cela devrait arriver prochainement.

Le classement ne fait pas tout

En fait, peut-être que le côté corrosif des classements est présent parce qu'il est difficile de noter une école seulement à partir des résultats de ses étudiants.

Comme le rappellent la plupart des intervenants, le milieu de vie a aussi son importance. Par exemple, la présence de stabilité au niveau du personnel enseignant ou, quand les budgets sont limités, la favorisation de l'entraide entre professeurs pour arriver à enseigner aux cas problématiques. Et puis, être au bas du classement n'a pas toujours que de mauvaises répercussions. Certes, cela démontre des problèmes intrisèques majeurs, mais peut mener à une plus grande solidarité envers cette école et plus de services offerts de l'extérieur.

Les classements scolaires ne disparaitront pas à court terme. Ils sont trop prisés par des étudiants ou parents qui veulent le meilleur pour l'avenir. D'autant plus qu'ils sont plus simples à lire et facilitent le travail de comparaison entre établissements. Il faut toutefois se rappeler qu'il ne s'agit que de chiffres qui sont la point d'un iceberg. Sous la surface des palmarès se cachent des réalités plus complexes que des résultats d'examens finaux ou des taux de placement qui sont autant, sinon plus, importants à connaître avant de s'inscrire dans un établissement.

Illustration : SILVA BROS, shutterstock

Références

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Gibertie, Patrice. "Classement Des écoles De Commerce : La Grande Cuisine." LE BLOG DE PATRICE GIBERTIE. Dernière mise à jour : 18 juin 2015. http://pgibertie.com/2015/06/18/classement-des-ecoles-de-commerce-la-grande-cuisine/.

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Leduc, Louise. "Palmarès: Quel Bulletin Pour Votre école Primaire?" La Presse. Dernière mise à jour : 31 août 2015. http://www.lapresse.ca/actualites/education/201508/31/01-4896546-palmares-quel-bulletin-pour-votre-ecole-primaire.php.

Legout, Baptiste. "Le Dilemme Du Prisonnier, Ou L’importance De Vérifier Les Données." Palmarès, Le Making of. Dernière mise à jour : 25 septembre 2015. http://blog.educpros.fr/palmares/2015/09/25/le-dilemme-du-prisonnier-ou-limportance-de-verifier-les-donnees-2/.

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Rollot, Olivier. "Ecoles De Commerce : Le « classement Des Classements » 2014-2015 (acte 1)." Il Y a Une Vie Après Le Bac !. Dernière mise à jour : 15 novembre 2014. http://orientation.blog.lemonde.fr/2014/11/15/ecoles-de-commerce-le-classement-des-classements-2014-2015-acte-1/.

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