Articles

La compréhension graphique, grande inconnue

La profusion de nouvelles formes de visualisation relance le débat sur la compréhension humaine des graphiques

Par Federica Minichiello , le 12 octobre 2015 | Dernière mise à jour de l'article le 12 novembre 2015

Le "visuel" est en plein essor dans les médias, en raison de ses présupposées vertus pédagogiques. Les représentations graphiques sont généralement acceptées comme un moyen de communication immédiat, qui dépasse les barrières linguistiques, géographiques, voir culturelles.

Malgré d'importants travaux sur la compréhension graphique (cf. J. Bertin, E. Tufte) la profusion de nouvelles formes de visualisation relance le débat sur la capacité humaine à comprendre les messages véhiculés par des images.

La thèse de M. Ashraf "Catégorisation de graphiques par les enseignants et les élèves" s'empare de ces interrogations et les inscrit dans une approche comparative.

Périmètre d'étude

Après avoir illustré la diversité de traitement de la compréhension graphique dans les curricula (particulièrement mise en valeur aux États-Unis et en Australie), l'auteur se concentre sur deux cas-pays : la France et le Pakistan.

L'analyse quantitative montre des manuels français caractérisés par une variété d'éléments visuels et un usage plus poussé de la couleur, face à des manuels pakistanais plutôt en blanc et noir, avec les tableaux comme forme visuelle récurrente. Si cette disparité est la conséquence probable d'un niveau inégal de dépense nationale en éducation, l'abondance graphique française ne se traduit pas, pour autant, par une meilleure familiarité avec ces outils.

Les enquêtes « terrain »

Le chercheur a mis à l'épreuve dix enseignants (issus des deux pays) de deux disciplines qui présupposent l'utilisation de graphiques dans l'enseignement : la géographie et la physique. Confrontés à la même série d'exemples, les enseignants se montrent confiants en la capacité des élèves à comprendre les formes les plus répandues « déjà vues auparavant » (cartes géographiques, tableaux, courbes etc.) , mais deviennent beaucoup plus sceptiques face à des formes hybrides, associant plusieurs typologies d'éléments visuels. Aucun glossaire commun n'émerge, lorsqu'on demande aux uns et aux autres de catégoriser ces graphiques.

Les mêmes considérations apparaissent du côté des apprenants. Un échantillon de 50 graphiques, extraits de manuels de lycées et de titres de presse internationaux, a été testé sur vingt étudiants du master 1 en Sciences de l'éducation de l'Université de Grenoble. Objectif : par une méthode de tri des cartes, construire des groupes par association.
Un tiers des images a été considérée comme "difficile à comprendre et à catégoriser" et, encore une fois, l'hybride a été source d'incompréhension.

Perspectives

Compte-tenu de l'évolution de la communication média vers des images de plus en plus complexes, les résultats de cette thèse appellent inévitablement d'ultérieurs travaux de recherche dans le domaine.

Ils confirment également l'opportunité :

  1. d'une meilleure formation (y compris des enseignants) à la visualisation des données, comme par exemple les MOOCs proposés sur la plateforme JournalismCourses.org (voir en particulier le travail d'A. Cairo sur son blog The functional art).
     
  2. d'une meilleure association entre finalités visées et solutions graphiques, comme l'excellente ressource "Quel graphique vous convient le mieux?" et l'outil de prise de décision "Slide chooser", un très bon point de départ pour toute envie graphique.

Illustration : Zelig-/Foter

Références

Muhammad Ashraf. Teacher and student categorization of graphics into graphical genres. Sciences de l'éducation. Université Grenoble Alpes (2014) https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01200726

Avez-vous apprécié cette page?

Voir plus d'articles de cet auteur

Accédez à des services exclusifs gratuitement

Inscrivez-vous et recevez des infolettres sur :

De plus, indexez vos ressources préférées dans vos propres dossiers et retrouvez votre historique de consultation.

M’abonner
Je suis déja abonné