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Etat de l’insécurité alimentaire dans le monde en 2015 : enjeux et perspectives

Récoltes désèchées et plantations inondées ne nourrissent personne.

Par Philippe Menkoué , le 13 octobre 2015 | Dernière mise à jour de l'article le 19 octobre 2015

A quelques semaines de la 21e conférence des parties (COP 21) qui se tiendra à Paris, le monde semble désormais ne vibrer qu’au rythme de l’évolution des taux de CO2 et des initiatives mises en œuvre ici et là afin de lutter contre le réchauffement de la planète.

Mais au cœur de cette grande bataille, figure une autre tout aussi importante et qui résulte parfois des conséquences de ce réchauffement climatique : l’insécurité alimentaire. Un problème qui malheureusement aujourd’hui, touche environ 795 millions de personnes (soit environ 10% de la population actuelle), réparties essentiellement dans les pays en développement. C’est du moins ce que nous enseigne le rapport sur L’État de l’insécurité alimentaire dans le monde 2015.

Publié conjointement par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), le Fonds international de développement agricole (FIDA) et le Programme alimentaire mondial (PAM) en mai dernier, ce rapport dresse un état des lieux de la crise de la sous-alimentation dans le monde. Une analyse des progrès accomplis depuis 1990 par chaque pays en vue de réaliser le premier des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD N°1 – Réduire l’extrême pauvreté et la faim), qui pose également les jalons pour l’après-2015 en matière de développement durable pour l’après-2015.

Toutefois, ce rapport ne se limite pas à la seule problématique de la sous-alimentation. Elle évalue également la prévalence de l’insuffisance pondérale chez les enfants de moins de cinq ans, un autre facteur essentiel pour analyser les progrès accomplis dans ce domaine.  Car, rappelle-t-il : « Une analyse de ces deux indicateurs et de leur évolution dans le temps et à l’échelle des régions permet d’appréhender la sécurité alimentaire dans sa complexité ».

Que retenir de ce rapport ?

Définissant une personne en situation de sous-alimentation comme « toute personne qui ne mange pas assez pour mener une vie active et être en bonne santé », il tire alors la sonnette d’alarme sur l’une des plus grandes crises de notre époque.

Bien que l’on observe des améliorations à l’échelle globale, beaucoup reste encore à faire pour éliminer la faim et instaurer la sécurité alimentaire dans toutes ses dimensions. Ce rapport nous apprend ainsi par exemple que, près de 795 millions de personnes souffrent encore de sous-alimentation (soit une personne sur neuf) dont 780 millions vivant dans des pays non industrialisés et pauvres. C’est tout de même 11 millions de moins qu’en 2014, mais l'Afrique subsaharienne reste la région avec la plus forte prévalence de la faim (une personne sur quatre y est concernée). L'Asie à elle seule abrite deux tiers des personnes sous-alimentées dans le monde.

Le rapport révèle d’ailleurs, graphiques à l’appui, que : « La proportion de personnes sous-alimentées dans la population (…) est passée de 18,6 pour cent en 1990-1992 à 10,9 pour cent en 2014-2016, ce qui montre que dans une population mondiale qui ne cesse d’augmenter, le nombre de personnes sous-alimentées est en diminution ». De même que « sur les 129 pays en développement ayant fait l’objet du suivi, 72, soit plus de la moitié, ont atteint la cible 1c de réduction de la faim. La plupart de ces pays ont bénéficié de conditions politiques stables et d’une bonne croissance économique et ont souvent mis en place en parallèle des politiques de protection sociale en faveur des groupes vulnérables ». Mais…

Des chiffres à relativiser peut-être

Comme l’affirme Rémy Baroux du journal Le Monde : « D’autres raisons poussent à tempérer l’optimisme. Le calcul de la sous-alimentation repose sur des moyennes réalisées sur l’année, n’intégrant pas la sous-alimentation à court terme. Il ne prend pas en compte les inégalités dans la répartition de la nourriture au sein des populations et des familles. De plus, indiquait en janvier 2014 Olivier de Schutter, rapporteur spécial des Nations Unies dans son rapport à l’assemblée générale du Conseil des droits de l’homme sur le droit à l’alimentation, « les calculs sont basés sur un seuil peu élevé de besoins énergétiques quotidiens qui suppose un mode de vie sédentaire, alors que beaucoup de personnes pauvres ont des activités qui exigent des efforts physiques importants ».

Des réalités qui mériteraient peut-être d’être mieux prises en compte dans l’agenda post-2015.

 

Sources :

- L’État de l’insécurité alimentaire dans le monde 2015. Objectifs internationaux 2015 de réduction de la faim : des progrès inégaux. FAO, 2015. Lien : http://www.fao.org/3/390d48ec-d6bb-4b1a-a60e-059070715fb0/i4646f.pdf

- Faits et chiffres sur la faim. Programme alimentaire mondial. (Consulté le) 12 octobre 2015. Lien : http://fr.wfp.org/faim/faits-et-chiffres

- Barroux, R. Malgré de nets progrès, 795 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde. Le Monde, 27 mai 2015. Lien : http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/05/27/malgre-de-nets-progres-795-millions-de-personnes-souffrent-de-la-faim-dans-le-monde_4641428_3244.html

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