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Cours magistral ou formation hybride : quel avenir pour l’Université?

Les cours magistraux universitaires s’enrichissent de nouvelles approches pédagogiques

Par Élodie Lestonat , le 19 octobre 2015 | Dernière mise à jour de l'article le 18 novembre 2015

Doit-on supprimer les cours magistraux à l’Université considérés comme vieillots et non adaptés à un monde qui intègre une dimension de plus en plus technologique et numérique ? Cette question, au centre des réflexions du monde universitaire, fait débat depuis plusieurs années.

En 2012, Vincent Berger, nommé rapporteur général des Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche affirmait « Le cours magistral est devenu désuet ». Certes les explications avancées donnaient le ton vers une orientation faisant la part belle aux technologies numériques.

Dans leur article de la revue Distances et médiations des savoirs (DMS) « Les étudiants entre cours magistraux et usage des TIC », Cathia Papi et Viviane Glikman citent Thierry Karsenti

« on n’apprend plus uniquement du professeur et du livre. Internet est maintenant pour plusieurs la première source d’accès à la connaissance : il transforme de façon durable les manières de penser, d’enseigner et de communiquer avec les étudiants. (2007) ».

Cependant le cours magistral a encore une place majeure dans les universités françaises et si de nouvelles méthodes pédagogiques sont à envisager à l’avenir, il est nécessaire de définir tout d’abord ce qu’est un cours magistral en 2015 et aussi de s’interroger sur le nouveau paradigme d’apprentissage. Les professeurs André Aoun et Michel Jacob, respectivement Maître de Conférences à l’Université Paul Sabatier-Toulouse 3 et directeur du département TIC (Informatique) ont insisté sur ce point lors du colloque "PédagoTICE 2013" (Université Toulouse II-Le Mirail /(SiUP) de l’Université de Toulouse).

Marcel Lebrun, professeur en technologies de l’éducation et conseiller pédagogique à l’Institut de Pédagogie universitaire et des Multimédias (IPM) de l’UCL (Université catholique de Louvain, Belgique) s’interroge sur les concepts apprendre/enseigner et en vient à la conclusion que l’enseignant accompagne et favorise la compréhension des savoirs et savoir-faire.

Le cours magistral, une définition difficile

La définition est d’autant plus difficile que le cours magistral est loin d’être resté immuable et que certains cours dits magistraux ont depuis longtemps intégré de nouvelles techniques pédagogiques interactives et utilisent des nouveautés technologiques dont le numérique.

La définition diffère aussi selon les parties prenantes. Pour présenter un état des lieux de l’enseignement magistral à l’Université, l’article de Cathia Papi et Viviane Glikman cité ci-dessus se base sur une enquête universitaire réalisée entre 2012 et 2014.

Les étudiants interrogés lors de l’enquête définissent le cours magistral de la façon suivante :

« Un cours magistral est un cours où un professeur développe son cours et les étudiants prennent des notes, en n’intervenant que très peu, ils ne sont pas sollicités par les profs. »

Mais certains ajoutent:

« Le cours magistral, c’est un cours où le professeur est face à un amphi et apporte des connaissances théoriques sur une notion. Parfois, il va beaucoup trop vite pour prendre en note. Et le fait de répéter ou de parler doucement est appréciable, car cela permet d’assimiler les choses. Dans certains cours, on ne comprend pas forcément ce que l’on écrit, et on le redécouvre le soir. Cependant, certains professeurs arrivent à rendre le CM interactif et utilisent des exemples. »

On a donc aujourd’hui un cours magistral qui est protéiforme, oscillant entre conservatisme et modernisme. L’écoute et la prise de note s’enrichissent désormais d’échange entre professeur et apprenant. Certes cette nouvelle orientation est loin d’être massive à l’Université mais elle ne fait que débuter.

Pour accélérer cette nouvelle dynamique, certaines universités se dotent désormais d’ingénieurs pédagogiques dont le rôle est de promouvoir et d’accompagner les enseignants spécialistes dans la construction d’un scénario pédagogique impliquant davantage l’apprenant et l’usage du numérique.

Le cours magistral vers l'hybridation

Le cours magistral a l’avantage de dispenser connaissances à des groupes d’étudiants toujours plus nombreux. Les amphis craquent dans certaines filières et le niveau d’exigence devient proportionnel à l’écrémage nécessaire. Si les études révèlent un niveau de stress chez les étudiants élevé dû à une pression amplifiée par une crise économique qui n’en finit plus, un sentiment de décalage est observé entre le monde professionnel, qui n’a cesse d’exiger des génies informatiques dans tous les métiers, et un haut niveau de connaissances universitaires qui ne trouvent pas de terrain d’expérimentation dans le cadre professionnel.

Comment alors s’adresser à un groupe d’étudiants dont certains ont parfois investi les halls d’amphis une heure avant le début du cours pour pouvoir trouver une place assise, sous pression d’une réussite et malmenés par des redoublants qui tentent aussi de sauver leur peau ? Certains professeurs universitaires ont depuis longtemps pris la mesure de ce sentiment de malaise d’une génération d’apprenants et cherchent à créer ce lien si attendu entre l’enseignant et l’étudiant. Les techniques sont diverses et empruntent à la fois à des méthodes classiques qu’à des méthodes faisant la part belles à la technologie et au numérique.

Les boitiers de vote

Ces boitiers permettent une réelle interaction entre le professeur et les étudiants qui sollicités régulièrement dans le cours, agissent sur le déroulé du cours, les réponses et le degré d’explication de l’enseignants. Pour rompre avec la monotonie d’un diaporama (60 diapositives en une heure est d’un ennui mortel…) on propose aux étudiants de participer à quelques questions. Le groupe agit même comme un avantage car noyé dans la masse l’étudiant n’est plus angoissé par une mauvaise réponse. Les boitiers de vote pouvant être anonymes, l’étudiant ne risque pas d’être repéré. Pour l’enseignant c’est une aubaine car il agit en véritable pédagogue soucieux de la compréhension de son public et de l’assimilation des connaissances.

Ces boitiers peuvent être utilisés au sein de groupes important. Comme le souligne Romy Sauvayre « Je les sollicite tout le temps, pour chaque diapositive, j'adore les débats. Dans tous les cas, je ne peux pas m'empêcher de les faire réagir. Je les sonde d'abord à l'oral et je présente les résultats. Cela me permet également de créer une transition entre les thèmes que j'aborde, une question de départ qui amène à une discussion et qui lance un développement. Ensuite, les réponses me permettent d'ajuster ma pédagogie, mon cours ne sera pas présenté de la même façon. J'ajuste sans cesse, c'est très dynamique, aucun cours n'est rigoureusement identique. »

Les boitiers de vote sont un exemple du large éventail pouvant dynamiser un cours en amphithéâtre. D'autres technologies et techniques pédagogiques existent. On trouve des systèmes équivalents qui se servent des appareils portables que possèdent les étudiants.

Illustration :  wk1003mike - ShutterStock

Références

Salvaing, Emilie. "Vincent Berger : « Le Cours Magistral Est Devenu Désuet » VousNousIls." VousNousIls. Date de publication 21 décembre 2012. http://www.vousnousils.fr/2012/12/21/vincent-berger-le-cours-magistral-est-devenu-desuet-539404.

Cathia Papi et Viviane Glikman, « Les étudiants entre cours magistraux et usage des TIC », Distances et médiations des savoirs [En ligne], 9 | 2015, mis en ligne le 26 mars 2015, consulté le 19 octobre 2015. URL : http://dms.revues.org/1012

André Aoun, and Michel Jacob. "La Classe Inversée Ou La Réorganisation De L’espace-temps Dans La Dualité Des Paradigmes "Enseigner - Apprendre" / André Aoun, Michel Jacob - Université Toulouse Jean Jaurès (Toulouse II-le Mirail) - Vidéo." Canal-U. - Juin 2013. http://www.canal-u.tv/video/universite_toulouse_ii_le_mirail/la_classe_inversee_ou_la_reorganisation_de_l_espace_temps_dans_la_dualite_des_paradigmes_enseigner_apprendre_andre_aoun_michel_jacob.12890.

Université Blaise Pascal Clermont-Ferrand II. "Favoriser L'apprentissage Actif." Boitiers De Vote. Date de consultation 19 octobre 2015. http://boitierdevote.univ-bpclermont.fr/content/favoriser-lapprentissage-actif.

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