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Les enfants et les jeunes dans les camps de déplacés en RDC : webdocumentaire à voir d'urgence

Par Christine Vaufrey B , le 12 mai 2010

Pendant la deuxième guerre mondiale, plusieurs camps dans lesquels étaient regroupés ceux qui allaient bientôt être exterminés par le pouvoir nazi étaient dispersés sur le territoire français. Nombre d'habitants, parfois très proches, ignoraient ce qui se passaient derrière les barbelés.

Chaque pays possède ses zones d'ombre, ses secrets inavouables, d'autant plus que les exactions se sont parfois produites au grand jour. Mais à l'heure d'Internet et de l'information en temps réel, on se dit que de telles situations ne sont plus possibles. C'est faux.

En République Démocratique du Congo, dans la région des Grands Lacs, se poursuit une guerre qui a déjà fait cinq millions de morts (voir ici un récent point de la situation réalisé par Médecins sans frontières). Les ruraux sont les premiers touchés par les combats. Ils doivent fuit pour sauver leur peau, abandonnant tout derrière eux, et atteindre les camps de déplacés où ils survivront des mois ou des années, en attendant de pouvoir rentrer dans leur village. A Goma, la grande ville de la région, on sait à peine ce qui se passe dans les camps. Et dans le reste du monde, c'est pire. La guerre se poursuit dans l'assourdissant silence des médias internationaux.

L'Unicef, qui souhaite alerter l'opinion mondiale sur la condition des enfants et des jeunes dans les camps de déplacés de l'est de la RDC, a invité cinq jeunes Congolais de Goma à prendre la caméra et à partir à la rencontre des familles vivant dans les camps. Le résultat s'appelle Témoins du dedans, c'est un webdocumentaire qu'on peut, qu'on doit visionner sur le site de l'Unicef. 

Gloria, Félicien, Junior, Kelvin et Jeannot ont donc passé quelques jours à recueillir les témoignages des mères de famille, des enfants et des adolescents dans un camp de déplacés. Les témoignages ne sont pas spectaculaires. Pas de récits de tortures, de villages dévastés, de cadavres flottant au fil de l'eau. Non, rien que la nuit d'une vie si difficile, si différente, si pleine d'insécurité aussi. 

Une question revient, lancinante, celle de l'éducation. Un enfant raconte sa fierté d'être arrivé 8e de sa classe aux examens, et dit qu'avec l'école, "on peut devenir enseignant ou médecin". Sa maman annonce qu'il entre bientôt en 3eme année de primaire. L'école survit tant bien que mal, pour les plus jeunes, dans le camp. Une jeune fille plus âgée dit qu'elle enrage d'avoir encore perdu une année d'école. Sa tante, rentrée au village la première, l'a fait prévenir de la reprise des cours, et Magnifique (c'est son nom) a repris le chemin du lycée.

Les conditions de vie sont épouvantables dans le camp. La nourriture manque. Un homme de 31 ans, autrefois infirmier auxiliaire, dit que les enfants trouvent à manger dans les poubelles déversées par la MONUC, la Mission des Nations Unies en RD Congo, qui a ses quartiers à proximité. Le symbole est fort.

Les organisations internationales ne sortent pas grandies de ce documentaire, qui se garde bien pourtant de leur jeter la pierre. Mais, en comparant les témoignages avec les paroles de la responsable de la protection de l'enfance de l'Unicef en RDC, présentées sur le site, on se dit que de l'idéal à la réalité, il y a un gouffre. C'est tout à l'honneur de l'Unicef que de ne pas avoir retouché les images des jeunes reporters.

L'espoir n'est pas absent de ce webdocumentaire, et il vient des jeunes reporters eux-mêmes. On est impressionné par leur clairvoyance sur la situation de leur pays. Félicien par exemple dit qu'il changerait "d'abord tout ce qu'il y a comme problèmes dans le secteur de l'éducation". Que les professeurs se font rares, qui préfèrent se faire embaucher par les organisations internationales plutôt que de faire la classe, tant les conditions sont mauvaises. "L'enseignant devient un second rôle". Une maman interrogée résume bien la préoccupation de tous, qu'on pourrait d'ailleurs étendre à la majorité des migrants dans le monde entier : "Notre grand souhait, c'est de voir grandir nos enfants dans des conditions normales". Et les images des recontres entre ces jeunes gens et leurs témoins montrent qu'ils ont partagé de vrais moments de compréhension.

Jeannot, qui a 19 ans, dit qu'il faut s'attaquer à la corruption, d'abord dans le secteur minier, la RDC recélant d'immenses trésors dans son sous-sol : "Dès que vous êtes nommé à une fonction, vous devez voler vite avant d'être destitué". Gloria, excellente étudiant en droit, s'intéresse à la chose publique et se verrait bien devenir "la première femme présidente de ce pays". 

"Témoins du dedans" est composé de différents éléments. L'utilisateur peut à loisir écouter les témoignages des jeunes reporters, regarder leurs images, prendre des informations complémentaires sur certaines notions en cliquant sur des mots-clés qui ouvrent des fenêtres de texte. 

La guerre tue et déplace en masse. Souhaitons qu'une masse au moins aussi importante d'internautes voie ce webdocumentaire, de manière à ce que personne désormais ne puisse dire qu'il ne savait pas.

Témoins du dedans, webdocumentaire sur le site de l'Unicef

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