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Nouveaux espaces de formation : l’innovation en formation n’a pas de prix...

... mais elle a un coût

Par Denis Cristol , le 16 novembre 2015 | Dernière mise à jour de l'article le 24 novembre 2015

...mais elle a un coût.

Le renouvellement des salles de formation s’accélère. Ces salles connectées, ces laboratoires, ces lieux de co-working, ces incubateurs en tout genre font appel à des tendances de domestication des espaces. Puisqu’il convient d’être « the best place to work », de lâcher prise, d’être « cool » pour développer de la créativité, alors, pourquoi ne pas créer le même type de repères qu’à la maison ?

Il s’agit de fournir plus de mètres carrés par personne, de disposer de meilleurs éclairages, d’assises plus confortables, de fluidifier les déplacements, de promouvoir le travail collaboratif, d’intégrer une variété de fonctionnalité pour répondre aux besoins des nouveaux rapports au savoir.

Ces besoins sont notamment les suivants :

  • se connecter aux bases de données extérieures,s
  • se rencontrer au-delà du seul échange du patronyme, du grade et de la fonction,
  • expérimenter de nouvelles façons d’entrer en relation et d’interagir,
  • rechercher en groupe des informations,
  • construire des savoirs plutôt que de les recevoir,
  • faire œuvre de plus de créativité,
  • prototyper des services, des processus, des objets nouveaux,
  • exposer des travaux de sous-groupes.

Ces fonctionnalités permettent d’évoluer de pédagogie cognitiviste et behavioriste centrées sur le transfert de savoir, de pratiques, de comportements à des pédagogies socioconstructivistes ou  connectivistes engageant plus fortement la construction de savoir partagés en groupe en présence ou à distance. Sur le papier on peut être séduit, mais que coûte l’installation de ces nouvelles fonctions qui étayeraient le désir d’apprendre ?

Voici quelques coûts (non exhaustifs) qu’il est possible de repérer :

  • les cloisons, des murs à abattre, ou installer (compter 1000 euros pour abattre une cloison bien plus s’il s’agit d’un mur porteur);
     
  • les tableaux blanc ou vidéoprojecteur interactif (400 à 600 euros selon les modèles, plus cher que les traditionnels vidéoprojecteurs) ou encore les tables numériques tactiles (4000 euros) ;
     
  • les serveurs, les écrans d’ordinateurs, les tablettes  numériques, Ipad (de 150 à 2000 euros selon la puissance) ;
     
  • les logiciels gratuits ou les licences payantes (de 3 euros à plus de 50 euros l’utilisateur selon les effectifs à pourvoir) ;
     
  • les mobiliers plus modulaires (plateau de table rétractable, chaise sur roulette, mobiliers de rangement) (en moyenne plus de 20% plus cher qu’un mobilier standard) ;
     
  • l’aménagement avec des canapés, tables hautes et autre mange-debout ou luminaire (budget qui peut s’avérer élevé selon l’effort de design) ;
     
  • la maintenance d’une variété plus élevée d’équipement qui renchérit le changement d’une  pièce ;
     
  • la peinture d’un mur écritoire et des feutres associés ;
     
  • le linoléum ou revêtement de sol pour absorber les sons, faciliter les déplacements de mobiliers ;
     
  • le coût d’équipement électrique, de mise en réseau ou d’éclairage sur mesure, à base de led ou luminaire ;
     
  • les panneaux acoustiques pour atténuer les sons dans des salles organisées en ilots ;
     
  • l’installation de wifi, de bornes relais, le câblage électrique démultipliant la mise à disposition d’électricité ;
     
  • tous les accessoires et matériel non conventionnel d’apprentissage permettant la créativité  (la liste est limitée par la seule imagination des animateurs. Pour donner quelques exemples elle va de la pâte à modeler, à des bases d’images, des légos, des éléments de maquette en bois  etc.).
     

Entre les matériaux standards répertoriés par des centrales d’achats (par exemple l’UGAP pour les établissements publics en France), aux prestataires privés de mobilier cherchant à être à la pointe de l’innovation type SteelCase, une immense gamme de possibilité est ouverte. Au final l’addition peut s’avérer salée.

A ces coûts il faut ajouter les coûts organisationnels de transformation des habitudes. En effet, il s’agit de disposer d’expressions de besoin en aménagement, en mobilier en logiciel plus fines qui peuvent engendrer des études complémentaires. Il s’agit encore de développer des compétences d’aménagement de salles pédagogiques spécifiques. Il convient surtout de penser la maintenance de tous ces équipements et de modifier les habitudes administratives en vigueurs en associant plus étroitement logique administrative et logique pédagogique. Et sans compter le coût et le temps de formation des animateurs ou facilitateurs pour maîtriser les nouveaux usages.

On le voit il ne suffit pas de rejeter des salles rectangulaires sommairement équipées et d’acclamer les nouveaux espaces, il faut se retrousser les manches pour traiter chaque problème technique et s’assurer que les choix réalisés apportent un plus à la pédagogie soutenue.

Illustration : racorn - ShutterStock

Références

UGAP - Union des Groupements d'Achats Publics - http://www.ugap.fr/

SteelCase - http://www.steelcase.com/eu-fr/

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