Articles

A quoi reconnait-on un bon logiciel éducatif ?

Sans rétroaction, point de salut.

Par Philippe Menkoué , le 23 novembre 2015 | Dernière mise à jour de l'article le 14 janvier 2016

Face à la pléiade de logiciels éducatifs qui s’offrent à eux aujourd’hui, l’une des questions qui taraudent les esprits des professionnels de l’éducation favorables à une intégration pédagogique des TIC, est bien celle de savoir comment séparer le bon grain de l’ivraie. Car, si les outils d’apprentissage en ligne sont légion, ils ne se valent certainement pas tous. Et si les débats sur leur efficacité semblent sans fin, c’est que les différences observées dans leurs caractéristiques les unes les autres, ont parfois de quoi nous laisser perplexe. Ainsi, à quoi reconnait-on un bon logiciel éducatif ?

C’est la question à laquelle Sjödén Björn, étudiant au département des sciences cognitives de l’Université Lund, en Suède, tente de répondre dans sa thèse de doctorat sobrement intitulée « Quelles sont les caractéristiques d’un bon logiciel éducatif ? ».

Des caractéristiques d’un logiciel éducatif pertinent

Dans sa thèse, Sjödén Björn propose une analyse critique des principales caractéristiques faisant des logiciels éducatifs des outils d’apprentissage efficaces.

Pour y parvenir, il a procédé à l’analyse de 100 applications dites « éducatives ». Une analyse à l’issue de laquelle, le chercheur énonce un certain nombre de caractéristiques inhérentes à un logiciel éducatif de qualité. Il estime ainsi que, la pertinence d’un logiciel éducatif dépend d’un certain nombre de critères tels que :

  • Sa capacité de rétroaction adaptée à chaque utilisateur

    D’après Sjödén Björn, un logiciel éducatif digne de ce nom devrait pouvoir permettre de commenter les performances de ses utilisateurs certes, mais pas seulement. Il devrait également pouvoir le guider et même lui proposer des alternatives, en vue de l’orienter vers ce qui est réellement attendu de lui. Car, comme l’explique le chercheur : 

    « la plupart des outils numériques d'apprentissage utilisés dans les écoles ne sont pas satisfaisants et permettent seulement de tester les connaissances que les élèves ont déjà acquis ».
     
  • Sa capacité à faire acquérir de nouvelles compétences à l’apprenant.

    Au-delà de la seule évaluation d’une connaissance ou d’une compétence, un logiciel éducatif pertinent devrait pouvoir apporter un plus par rapport aux autres outils d’enseignement et/ou d’apprentissage déjà disponibles dans une salle de classe, estime le chercheur. Malheureusement, d’après lui aujourd’hui

    « probablement plus de 90% des outils d'apprentissage disponibles en ligne permettent tout simplement de tester les connaissances des apprenants. Ils ne fournissent aucune information explicative, en plus de la bonne réponse. Ainsi, les élèves qui les utilisent jouent tout simplement contre le temps et ne bénéficient pas d’une meilleure compréhension du sujet abordé ».
     
  • Sa capacité à trouver un bon équilibre entre ses aspects techniques et la pertinence pédagogique de chacune de ses fonctionnalités.

    Car, la qualité d’une application éducative n’est pas forcément tributaire de sa complexité technique d’après le chercheur. Il serait donc important que chacune de ses fonctionnalités soit pensée de manière à favoriser l’acquisition de nouvelles connaissances et/ou compétences.
     

Des caractéristiques et bien d’autres qui, au final, (re)placent les sciences cognitives au centre de tout dispositif favorable à la transmission et l’acquisition des connaissances.

Du rôle des sciences cognitives dans l’amélioration de la qualité des logiciels éducatifs

Sjödén Björn insiste en second lieu, sur la manière dont les sciences cognitives peuvent contribuer à améliorer la qualité des logiciels éducatifs. Il propose à cet effet plusieurs types d’approches méthodologiques dont les concepteurs de ce type de logiciel devraient s’inspirer afin de les rendre plus utile à l’éducation. Celles-ci impliquent notamment des approches d’observation ou encore des approches quasi-expérimentales avec réplications conceptuelles pour ne citer que celles-là.

Au final, sans toutefois désavouer les logiciels éducatifs, Sjödén Björn invite les enseignants à avoir un regard un peu plus critique sur ces outils, dont les limites sont rarement perceptibles. Il reconnait bien évidemment leur potentiel pédagogique mais en appelle à plus de réflexion dans leur conception et leur élaboration. Car, comme il le reconnait lui-même :

« les outils d'apprentissage numériques peuvent fournir de grands avantages éducatifs, tant qu'ils ne deviennent pas de simples livres sur un écran, mais mettent également à contribution leurs avantages numériques.

Cela implique par exemple la fourniture de bons commentaires, montrant qu'il existe différentes façons de penser pour atteindre un but (...)».


Référence 

Sjödén, B. (2015). What makes good educational software? Lund University Cognitive Studies, 164.
https://lup.lub.lu.se/search/publication/7991505

Avez-vous apprécié cette page?

Voir plus d'articles de cet auteur

Accédez à des services exclusifs gratuitement

Inscrivez-vous et recevez des infolettres sur :

De plus, indexez vos ressources préférées dans vos propres dossiers et retrouvez votre historique de consultation.

M’abonner
Je suis déja abonné