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La leadership du chef d'établissement

L'enjeu du contrôle, au sein de l'école, questionne la capacité des responsables à exercer leur pouvoir.

Par Federica Minichiello , le 07 décembre 2015 | Dernière mise à jour de l'article le 28 janvier 2016

De primus inter pares (premier parmi les pairs) à manageur, du manageur au leader?

Cette question, en ouverture de l'ouvrage "Leadership éducatif. Entre défi et fiction" résume bien l'évolution du métier de chef d'établissement vers une responsabilité à 360°, un pari qui frôle parfois l'invraisemblable.

Citons un exemple parmi d'autres. Une réforme éducative a récemment enflammé la société italienne ; parmi les points controversés, la possibilité pour les établissements d'être financés par des donations privées et la figure centrale du "directeur-dictateur" : un chef d'établissement qui évaluerait les enseignants et disposerait de moyens pour primer les plus méritants.

Faux dilemme pour certains, danger de super-pouvoirs pour d'autres... Tout est là : les enjeux de contrôle, le pouvoir et la capacité à les exercer au sein de nos écoles.

Définition de leadership

Selon G. Pelletier, la leadership "repose sur deux bases du pouvoir : la référence (susciter l'émulation, l'envie d'identification) et l'expertise.

D. Goleman a modélisé le comportement d'un leader en six styles différents :

  • le directif, particulièrement d'actualité en temps de crise. Son motto " Faites ce que je vous dis";
  • le chef de file exemplaire :  "Regardez et faites comme moi";
  • le visionnaire, celui qui fédère et mobilise autour d'une vision :  "Venez avec moi";
  • le collaboratif, qui prône la cohésion : "Mes collaborateurs d'abord";
  • le participatif, qui recherche le consensus : "Intelligents à plusieurs";
  • Le coach, qui investit sur les personnes. Sa devise : "Essayez".

En réalité aucun de ces styles ne prime sur les autres, chacun a ses points faibles : le manque de collaboration, trop d'écoute au défaut de l'action, l'écrasement de la diversité....   La bonne réponse serait donc un juste équilibre entre les six.

Si nous considérons que ces capacités ne sont pas innées mais peuvent être acquises, la question de la formation des chefs d'établissementsse pose. Sont-ils préparés à devenir des leaders ?

Formation et pratiques

Selon le rapport Eurydice "Chiffres clés des enseignants et des chefs d’établissement en Europe" dans de nombreux pays la première condition pour le métier de chef d'établissement est d'avoir exercé la profession d'enseignant pendant au moins cinq ans.

Une formation spécifique est généralement proposée, portant à la fois sur la gestion, la communication, l'encadrement d'équipe etc. ; elle peut varier d'un programme d'une semaine, comme en Roumanie, à un master de 60 crédits ECTS (environ un an) à Malte. Il existe également des académies spécialisées, comme l'Académie de leadership en Autriche, proposant notamment une formation à l'innovation.

Cette période de formation est couplée, en fonction des pays, à une expérience administrative (ex. un chef d'établissement adjoint) ou à des expériences pratiques sur le terrain, comme au Royaume-Uni.
La leadership serait souvent partagée avec des équipes de gestion, mais le rapport admet que "les approches innovantes sont plutôt rares".

L'enquête internationale TALIS (2013) de l'OCDE nous livre le témoignage de professionnels sur leur leadership, explicitée à la fois comme l'action d'encadrement ou d'innovation pédagogique, la gestion de la relation avec les familles, la résolution de problèmes disciplinaires, l'organisation du temps scolaire, le développement de l'école. Dans certains cas de décentralisation poussée, cela va jusqu'à la recherche de fonds, sans oublier la collaboration avec d'autres chefs d'établissement dans une approche « systémique ».

Quelques outils

  • Le Best evidence programme (BES) du ministère de l'éducation néozélandais. Synthèse de 134 cas pratiques, cette interface se veut un outil d'accompagnement pour les chefs d'établissement en herbe : des prototypes de documents (des calendriers d'école, des tableaux de gestion du temps), une section sur les cadres réglementaires, l'optimisation des finances de l'école, de bons conseil pour gérer la communication ... jusqu'au choix de la musique d'attente sur le répondeur ! 
  • Le site européen "School leadership", une panoplie d'outils pour le chef d'établissement: un guide d'élaboration d'indicateurs, des grilles pour estimer le niveau d'implication des différentes parties prenantes (élèves, enseignants, familles) des méthodes d'évaluation de risques, notamment du "degré d'irritation": la réticence de certains collègues, premier signal d'un changement de culture en marche, au sein de l'école.


Illustration : Shutterstock, Lightspring

Références

1) Commission européenne (Eurydice). Chiffres clés des enseignants et des chefs d’établissement en Europe (2013). http://eacea.ec.europa.eu/Education/eurydice/documents/key_data_series/151FR.pdf

2) OCDE. New insights from Talis 2013. Teaching and Learning in primary and upper secondary education. http://www.keepeek.com/Digital-Asset-Management/oecd/education/new-insights-from-talis-2013_9789264226319-en#page1

Pour en savoir plus :

NORMAND Romuald, DEROUET Jean-Louis (dir.). La question du leadership en éducation. Perspectives européennes. L'Harmattan, Éditions Academia (2014). Acheter sur Decitre : http://www.decitre.fr/livres/la-question-du-leadership-en-education-9782806101754.html

DUTERCQ Y., GATHER THURLER M. , PELLETIER G. Le leadership éducatif, entre défi et fiction. De Boeck (2015). Acheter sur Decitre: http://www.decitre.fr/livres/le-leadership-educatif-entre-defi-et-fiction-9782804190989.html

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