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Le savoir-faire musical

Le développement du savoir-faire musical, entre mouvement et tradition

Par Federica Minichiello , le 14 décembre 2015 | Dernière mise à jour de l'article le 12 janvier 2016

Le chercheur P. Rojas s'est intéressé, pour sa thèse, au développement du savoir-faire musical, avec l'ambition de "remettre à plat la conception du phénomène musical".

Le savoir-faire musical est vu à la fois comme un savoir entendre et une dextérité du geste, héritage d'un bagage traditionnel qui se perpétue dans le temps... Sans oublier la participation essentielle de celui qui écoute, toujours ignare, au préalable, des émotions que l'expérience musicale suscitera en lui.

Méthodologie

Le périmètre de recherche est un recueil longitudinal de données, entre 2010 et 2012, issues d'enregistrements de cours de conservatoire : guitare, piano et violon.

Dans chaque cours, le chercheur a suivi et analysé l'apprentissage d'un morceau (différents morceaux selon les niveaux de scolarité). À partir de ces données, en puisant également dans sa propre expérience de guitariste, l'auteur identifie deux composantes essentielles de l'apprentissage musical : le mouvement et la tradition.

"Mouvoir et se mouvoir"

Le chercheur a voulu démontrer son intuition de musique comme mouvement. Pour chaque apprenti, il y a une phase fondamentale d'exploration de l'instrument, qui lui permet de peaufiner son oreille, ses gestes et d'acquérir la maîtrise d'un mouvement, conditionné à la fois par les caractéristiques de l'instrument et sa propre morphologie.

Jouer devient ainsi un engagement presque physique, une participation corporelle ; une gamme se transforme de simple succession de notes à parcours à suivre avec son corps... C'est une histoire de perception : un ensemble complexe de postures, touchers, perceptions, des palettes sonores, des colorations... « Un champ continu entre mouvoir et se mouvoir ».

Le savoir-faire musical répose également sur une relation entre mentor et élève, sur la base de techniques du corps qui se transmettent de génération en génération. En puisant dans l'histoire, notamment du XIX siècle, l'auteur montre comment la recherche de la virtuosité a porté à séparer la composition musicale de l'exécution et, au sein de cette dernière, l'interprétation de la pure technique. Également comment le mythe d'un son "pur" a fait son apparition dans la pratique musicale.

Le schéma ci-dessous, très intéressant, est reporté par l'auteur : "le tableau du cycle de tonalité de Scriabine". Scriabine, dans sa quête d'art total et multi-sensoriel, avait imaginé une représentation circulaire de la musique, la reliant à l'univers... Quand la maîtrise d'un instrument devient une "maîtrise de soi".

  Tableau du cycle de tonalité de Scriabine

 



Illustration : Foto_Michel via Foter.com

Références

Pablo Rojas. Le développement du savoir-faire musical. Anthropologie sociale et ethnologie. EHESS, Paris (2015). https://hal.archives-ouvertes.fr/tel-01231756

Pour en savoir plus sur Scriabine : Patrick Crispini. "Alexandre Scriabine, prophète de l’extase" in Revue Terra. Voir la musique (2009). http://terrain.revues.org/13768#tocto1n10

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