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Quand l'identité nationale du pays voisin est plus forte que la nôtre

La tentation de la différence

Par Sandrine Benard , le 01 février 2016 | Dernière mise à jour de l'article le 08 février 2016

Le Drapeau De La Catalogne

Chaque pays a son identité nationale propre, certains de ses habitants le montrent plus que d’autres et sont fiers de leur patriotisme. À l’inverse, d’autres personnes présentent un aspect différent à l’idée d’identité nationale.

En effet, bien que géographiquement et politiquement attachés à un pays, l’identité nationale ressentie sera souvent celle du pays voisin, voire celle d’un point de vue historique…

L’Exemple de l’Alsace

Dirigeons-nous en premier lieu vers l’Est de la France, plus précisément du côté de l’Alsace-Lorraine, deux régions françaises qui ont, de tous temps, été en ballotage entre l’Allemagne et la France.

Ce partage outre-Rhin s’inscrit avant tout dans l’Histoire. En effet, tour à tour, elle a appartenu à la France, puis à l’Allemagne…Occupée, annexée, certes, l’appartenance n’a pas toujours été volontaire, mais elle a bien été là. À tel point que pendant la Seconde Guerre Mondiale (1939-1945), bon nombre de jeunes Français Alsaciens ont dû même se battre du côté allemand, recrutés bon gré, mal gré, mais recrutés quand même…

Déchirée depuis le temps de Charlemagne, cette région a toujours connu la dualité culturelle et linguistique propre à chacun des deux pays. D’ailleurs, les noms mêmes de lieux, villes, villages (Entzheim), rues (Schlutfeld) et noms de familles (Schneider) ont des sonorités allemandes, sans oublier bien sûr les vins célèbres de la région, les fameux blancs d’Alsace (Gewürztraminer, Riesling), de même que les spécialités culinaires (la choucroute, la Flammenkuche), qui font fureur d’un côté comme de l’autre !

Autre singularité, ici, presque tout le monde comprend et parle l’allemand, mais attention, ici, on parle Alsacien ! Il faut dire que Strasbourg est à moins de 5 km de la frontière allemande ! Ce qui explique aussi le fait que bon nombre de Français traversent régulièrement cette même frontière pour aller travailler outre-Rhin, où la situation économique est meilleure. Demandez maintenant à un Alsacien s’il se sent Français ou Allemand. Il vous répondra presque toujours « Français », mais à les voir, à les entendre, à vivre dans ce coin de pays, on se demande vraiment si on n’est pas en Allemagne… Quoiqu’il en soit, cette région au charme si particulier est l’une des plus visitées de France et cela se comprend !

L’Exemple du Languedoc-Roussillon

Notre deuxième étape se fera en pays cathare, dans le sud de la France, région bordée de mystères et d’Histoire, où le combat linguistique dure depuis des décennies.

Comme son nom l’indique, dans le Languedoc, dès le Moyen-Âge, on parlait… la langue d’Oc, ou encore l’Occitan… ce qui explique aussi que cette région est également appelée Occitanie de nos jours.

Il est judicieux de noter que le baromètre Calvet mesurant le poids des langues, en 2012, a classé cette langue 46e sur les 563 langues de plus de 500.000 locuteurs). Il faut dire que l’Occitan est la langue officielle de la Catalogne (Espagne), de 109 communes Italiennes, de la Communauté de Travail des Pyrénées (en France, Espagne et Andorre) et du Groupement Européen de Coopération Territoriale (GECT Pyrénées-Méditerranée).

De plus, la Catalogne fait aussi parler d’elle depuis quelques années avec son profond désir d’indépendance par rapport à l’Espagne. Ce qui est plus étonnant, c’est de voir que la région frontalière française, à savoir celle du Languedoc-Roussillon, souhaite rejoindre ce mouvement et valoriser son appartenance à cette Occitanie. D’ailleurs, dans les petits villages et même dans les villes, comme Perpignan, tous les panneaux routiers sont bilingues : Catalan (qui est encore une autre version de l’Occitan et de la langue d’Oc) et Français.

Aussi peut-on lire « Gare ferroviaire » / « Estacio » ou encore à l’entrée même de la ville : « Perpignan » / « Perpinyà ». Ici, tout comme en Alsace, on se sent davantage en Catalogne qu’en France, que ce soit au niveau gastronomique, historique ou encore socio-culturel.

La volonté de faire vivre cette langue est si forte que les enfants peuvent fréquenter des écoles catalanes et que chaque samedi soir, un journal télévisé exclusivement dans cette langue est émis sur la chaine nationale. La proximité de l’Espagne, surtout de la Catalogne, est visible partout. Là encore, on sent l’intérêt pour le pays voisin, mais surtout la volonté de revendiquer une appartenance linguistique.

Finalement ?

En conclusion, peut-on encore parler de patriotisme à 100% ? Bonne question… On peut être patriote, aimer son pays, mais avoir beaucoup d’intérêt pour le pays voisin. Aussi ne doit-on pas s’étonner à voir l’attachement de l’Alsace à l’Allemagne ou du Languedoc-Roussillon à l’Espagne.

La proximité géographique et le contexte historique jouent indubitablement sur la proximité linguistique. Après tout, n’est-ce pas finalement le meilleur des compromis, que celui de prendre un peu des deux pays qui nous font vivre ? Jouer sur une certaine dualité peut être profitable en ce sens et offrir une ouverture culturelle et linguistique bien plus importante !

Illustrations : Drapeau Catalan, nito, Shutterstock
La ville de Colmar, en Alsace, StevanZZ, Shutterstock

Références

Occitan, Wikipedia
Alsace, Wikipedia

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